Stagiaires : 10 Règles que votre Maître de Stage devrait Respecter

Stagiaires : 10 Règles que votre Maître de Stage devrait Respecter

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Et si nous arrêtions de voir le stage comme une opportunité de faire travailler un étudiant pour presque rien ? Si le stage devenait un vrai investissement productif ? Pour cela, voici 10 règles que toute entreprise responsable accueillant des stagiaires devrait respecter.

Les stages en entreprise font désormais partie intégrante de la vie de presque tous les jeunes qui intègrent la vie active. Pour les étudiants, c’est un moyen de valider les acquis de sa formation par une expérience de terrain. Pour les entreprises c’est un moyen à la fois de dénicher et de mettre à l’essai des jeunes talents à peine sortis des études, mais aussi de former des jeunes en montrant aux formations supérieures ce qu’elles attendent de leurs salariés.

Pourtant, le stage peut devenir une expérience très pénible, à la fois pour le stagiaire et pour l’entreprise. Entre les stages photocopies, les stagiaires qui partent en plein milieu de leur contrat, les rémunérations précaires… difficile de faire du stage une expérience enrichissante pour les deux partis. Mais tout n’est pas perdu ! En suivant ces 10 commandements du maître de stage responsable, toute entreprise devrait pouvoir trouver des stagiaires compétents, motivés et productifs.

1 – Un stagiaire n’est pas un salarié avec 3 ans d’expérience

Les stagiaires ne sont pas des salariés. Ils sont en formation, et le stage fait partie de leur processus d’acquisition des compétences. Pourtant, énormément d’entreprises recrutent des stagiaires comme si elles cherchaient un salarié avec de l’expérience. Il n’est pas rare que dans des annonces de stage, l’employeur demande des expériences préalables dans le même secteur, ou demande des compétences qui ne peuvent être acquises qu’en ayant déjà travaillé. Il ne faut pas oublier que le stage a avant tout pour objectif de permettre au stagiaire d’apprendre et de se former. L’idée n’est pas de fournir un salarié sous payé aux recruteurs peu scrupuleux. De toute façon, il est difficile d’être aussi bien formé qu’un salarié qui a 3 ans d’expérience quand on n’est encore qu’en bac +4…

2 – Un stagiaire ne sort pas forcément d’HEC ou de Polytechnique

stage rémunération

Toutes les entreprises veulent des “bons” stagiaires, des stagiaires “compétents”, résultat, dans beaucoup d’entreprises (surtout les grandes), le recrutement des stagiaires est d’office limité aux grandes écoles de commerce, aux IEP ou aux écoles d’ingénieur. En plus d’être illégale, cette pratique peut-être complètement contreproductive dans certains cas. Pourquoi recruter un stagiaire sortant de la plus prestigieuse des écoles si c’est pour lui donner un poste qui ne correspond pas à sa formation ? Pourquoi ne pas donner sa chance à un étudiant sortant de l’Université si ses compétences et sa motivation correspondent aux attentes du recruteur ? Pourquoi se limiter d’office à certains profils sans prendre le temps de penser hors des sentiers battus ? Être un recruteur responsable c’est d’abord être un recruteur ouvert à tous les profils. De plus en plus d’entreprises et de start-up misent (avec succès) sur des recrutements alternatifs, et même sur des personnes n’ayant pas de diplôme. C’est d’ailleurs en recrutant dans d’autres milieux que certaines entreprises révolutionnent leur secteur et leurs méthodes de travail.

3 – La transparence est fondamentale

Faire miroiter des missions géniales, une bonne rémunération et des possibilités de recrutement en fin de stage pour se retrouver dans un placard pendant 6 mois ? Rien de plus décevant pour un stagiaire. Le rôle d’un recruteur est d’être transparent dès le départ, notamment sur les opportunités que représentent le stage. En effet, le stage est un investissement pour l’entreprise comme pour le stagiaire, et être clair dès le départ évite les malentendus. Attirer un stagiaire en lui promettant un CDI qu’il n’aura jamais est la meilleure façon de dégrader sa marque employeur, fondamentale pour attirer les meilleurs talents.

4 – La rémunération du stagiaire est importante

Malgré le développement de la rémunération des stagiaires, beaucoup de stages en France ne sont pas encore rémunérés. C’est le cas pour la majorité des stages d’une durée inférieure à 2 mois, pour laquelle la rémunération n’est pas obligatoire. Pourtant, rémunérer son stagiaire, c’est donner de la valeur à son travail et donc le motiver. Or on sait qu’un employé (ou un stagiaire) motivé est un stagiaire plus efficace au travail ! Payer son stagiaire c’est aussi lui permettre éventuellement de se loger et cela permet aux étudiants qui ont peu de moyens de sortir des difficultés financières.

5 – Il faut intégrer et accueillir votre stagiaire dans l’entreprise

L’autre facette, c’est aussi d’accueillir correctement le stagiaire : le présenter à ses collègues, le mettre dans l’ambiance, lui donner accès à tous les avantages de l’entreprise (cafétéria, salle de repos…). Le stage représente la première vraie expérience en entreprise pour beaucoup de jeunes, et le mettre dans de bonnes conditions pour est donc le meilleur moyen de créer les conditions d’une bonne ambiance de travail.

6 – Un stagiaire doit être formé et avoir un vrai tuteur dans l’entreprise

stagiaires obligation légale

Encore une fois, le stage est d’abord une période d’apprentissage pour un stagiaire. Beaucoup d’entreprises considèrent qu’un stagiaire doit être pleinement opérationnel dès son arrivée dans l’entreprise. Or il est d’abord là pour acquérir des compétences et la première mission d’un maître de stage, c’est de former son stagiaire : lui expliquer les missions, l’accompagner, valider ses progrès et suivre l’évolution de son travail. Faire débarquer un stagiaire sans lui expliquer le fonctionnement de l’entreprise, sans le former à ses nouvelles missions, c’est la meilleure recette pour un stage non-productif.

7 – Un stage doit respecter certaines règles

Il semble que tous les employeurs ne soient pas au courant, mais les stagiaires ne sont pas des esclaves, même quand ils ne sont pas payés. La présence d’un stagiaire dans une entreprise est soumise à un certain nombre de règlementations que tout employeur responsable se doit de respecter. Par exemple, un stagiaire ne peut pas rester plus de 35 heures par semaine au travail, même si les autres salariés travaillent au forfait jour. Il faut aussi prévoir des périodes d’absence lors d’un stage : par exemple pour les rendez-vous pédagogiques avec l’école du stagiaire, voire que l’étudiant puisse rédiger son mémoire et/ou son rapport de stage. Un stagiaire doit également bénéficier des mêmes avantages que les salariés de l’entreprise (ticket restaurants ou comité d’entreprise par exemple). Enfin, l’employeur a l’obligation de rembourser 50% des frais de transport de son stagiaire (et ce remboursement doit s’effectuer en plus de la rémunération mensuelle).

8 – Le stagiaire n’est pas là pour faire des cafés

Puisqu’être stagiaire, c’est apprendre, un stage doit impliquer véritablement le salarié sur des missions concrètes. Les stages “machine à café” et “photocopieuse” inutiles pour le stagiaire comme pour l’entreprise. Un stagiaire sera toujours plus utile sur des missions réelles sur lesquelles il a été formé que si on le met dans un placard. Le stagiaire n’est pas non plus là pour effectuer toutes les missions rébarbatives que les salariés de l’entreprise ne veulent plus faire. Compiler des données sur Excel 8 heures par jour ne va pas former votre stagiaire à grand chose… Les jeunes qui entrent sur le marché du travail aujourd’hui cherchent des jobs qui ont du sens, qui les aident à s’épanouir. Cela ne veut pas dire qu’ils refusent toutes les taches ingrates, mais qu’elles ne doivent pas représenter 100% de leur travail. D’autre part, le stagiaire n’a pas d’obligation de production comme on peut en donner à un salarié. Les missions doivent donc être adaptées pour être productives mais surtout pédagogiques.

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9 – Un stagiaire n’est pas un outil remplaçable à volonté

Le stagiaire n’est pas le petit jeune qui vient pendant 6 mois pour être remplacé par un autre petit jeune au même poste. Légalement, un stage ne doit pas être proposé pour :

  • remplacer un salarié en cas d’absence, de suspension de son contrat de travail ou de licenciement,
  • exécuter une tâche régulière correspondant à un poste de travail permanent
  • faire face à un accroissement temporaire d’activité,
  • occuper un emploi saisonnier

Si dans votre entreprise vous avez vu passer 5 stagiaires différents pour faire la même chose, ou si votre stagiaire effectue des tâches qu’un salarié devrait accomplir, c’est que quelque chose ne va pas ! De plus, il est désormais obligatoire pour un recruteur de respecter un délai de carence équivalent à un tiers de la durée du stage avant de reprendre un stagiaire au même poste. Fini les stagiaires “kleenex” !

10 – Faire preuve d’humanité

Encore une fois, le stage est souvent une première expérience professionnelle pour les jeunes. Faire preuve d’humanité et de compréhension est donc une bonne idée pour permettre au stagiaire de s’épanouir dans l’entreprise, mais aussi d’être utile dans l’entreprise. Tout cela contribue à une bonne ambiance au bureau.. Quand on sait l’importance du bien-être au travail pour la productivité dans l’entreprise, on se dit qu’être humain est peut-être la meilleure façon de manager un stagiaire et une équipe !

Bonus : Lui proposer un CDI en fin de stage

Les entreprises responsables le savent : former ses employés, les engager, leur donner des opportunités d’avancement est le meilleur moyen de devenir plus compétitif, d’attirer les jeunes talents. Lorsque l’on prend un stagiaire, il faut voir cela comme un investissement. Six mois de stage à l’échelle d’une entreprise, c’est déjà beaucoup de temps et (un peu) d’argent investi : pourquoi ne pas rentabiliser cet argent en recrutant le stagiaire que vous avez mis si longtemps à former ? Il n’en sera que plus motivé et plus investi.

 

Crédits image : Stagiaire Café, stagiaire overbooké, stagiaire formation, stagiaire tuteur

 

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  • Gérard

    Article qui fait preuve de bonne volonté, mais qui est autant à côté de la plaque que tous les mantras qu’entendent actuellement les jeunes pour les aider à se farcir le marché du travail. En gros, les stages c’est soit tranquille à n’en rien apprendre, soit plus gratifiant mais en même temps de l’exploitation. J’ai franchement un bon stage en comparaison à beaucoup d’autres (diversité des tâches, ambiance de travail, salaire), mais il m’arrive parfois de me coltiner des tâches compliquées pour lesquelles personne ne veut s’impliquer: la hiérarchie fait que ça finit toujours par retomber sur le plus faible et malléable. N’ayant aucune expérience (et l’ayant dit à maintes reprises), j’ai encore 15 jours pour coordonner l’organisation d’une soirée qui saoule tout le monde sauf le grand chef. Cela comprend l’organisation d’un concert avec 12 musiciens (soundcheck entre le spectacle et le diner…), avec les musiciens dans une mise en scène théâtrale avec plusieurs vidéos (ce n’est pas moi qui les réalise, mais je les recevrai juste 1-2 jours avant), un intervenant externe à contacter et des lycéens à inviter (aucune nouvelle: tous les collègues sont en vacances), un script à faire pour la modération etc. etc. Et je dois en même temps racler dans les coûts de la technique: ma cheffe avait juste dit qu’il n’y avait rien de plus à louer, mais si le groupe ne peut pas jouer, c’est sur moi qu’on viendra se plaindre… Pour ne rien arranger, c’est de l’argent public jeté par les fenêtres en période de crise: outrageant! Il ne faut pas s’étonner si les jeunes sont dans la rue: 1968 c’était de la rigolade à côté de ce que beaucoup d’entre nous subissent.