Hydroliennes fluviales : l’énergie des fleuves pour produire de l’électricité

Hydroliennes fluviales : l’énergie des fleuves pour produire de l’électricité

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by Niels de Girval Niels de Girval
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Si vous lisez e-RSE.net depuis quelques temps, vous devez commencer à connaître les hydrolienne. Principalement utilisées pour fournir une énergie marine renouvelable basée sur les courants et les marées, on a tendance à oublier qu’elles peuvent très bien être installées dans les fleuves pour profiter du courant. Cette “énergie fluviale” se développe à travers des petits projets et propose une solution intéressante à nos difficultés énergétiques. Et si c’était une solution toute trouvée pour une énergie renouvelable de proximité, concurrentielle et sans impact paysager ? 

Utiliser l’énergie des fleuves pour faire de l’électricité grâce aux hydroliennes fluviales

Voilà une chose que l’on sait faire depuis plus longtemps encore que le moyen âge ! Si les moulins à eau sont tombés en désuétude au fil des améliorations technologiques, le principe de l’hydrolienne fluviale reste fondamentalement le même.

aqua libre et son hydrolienne pour les fleuves

Il s’agit d’immerger au fond d’un fleuve ou d’une rivière possédant un débit suffisant une turbine, entraînée par la force du courant. Tout comme les hydroliennes marines, la puissance délivrée par la turbine dépendra du courant, plus important en période hivernale qu’à l’étiage en Été. Mais ici s’arrête la comparaison : les turbines à l’essai dans le monde sont d’une taille bien plus petite que leurs cousines mouillées en mer, les courants et la profondeur disponible n’étant pas du même ordre.

Les hydroliennes fluviales répondent à un besoin local, comme source d’énergie principale ou secondaire. En effet certaines zones éloignées des centres de production ou des pays sans infrastructure de transport d’électrécité disposent avec ces turbines d’une façon écologique de produire de l’énergie. Mais c’est aussi le cas pour les gros consommateurs d’énergie situés proches des fleuves comme les papeterie ou certaines usines chimiques : en période de pointe ces gros consommateurs tirent sur le réseau une énergie qu’ils pourraient trouver plus proches d’eux. Et en cet hiver froid, cette problématique énergétique est plus que jamais présente ! Ainsi sans être la solution absolue, les hydroliennes fluviales peuvent peser dans le max énergétique local.

Hydroliennes fluviales : des technologies en plein boom

hydrolienne mouillée dans le fleuve à Orléans

La technologie est encore jeune mais prometteuse. C’est Orléans qui a eu l’honneur d’accueillir ce qui est considéré comme la première hydrolienne fluviale française, raccordée au réseau, fin 2014. Le pionnier est Grenoblois et se nomme HydroQuest, avec une petite turbine de test de 30 KW. En ce début 2017 il s’agit de l’entreprise la plus avancée en Europe dans l’exploitation de l’énergie des fleuves, puisqu’elle a été retenue par la CNR (Compagnie Nationale du Rhône) pour fournir 39 hydroliennes fluviales à installer dans le Rhône d’ici 2020 !

La technologie est simple mais robuste : mouillée dans le courant, la turbine capte l’eau dans une tuyère qui concentre le flux pour le faire passer dans deux hélices verticales. Ce sont elles qui vont fournir l’énergie en tournant avant que celle-ci ne soit transmise au réseau par un câble d’export.

énergie des fleuves exploitée par HydroQuest

Un autre projet devrait se concrétiser cette année, c’est celui d’une zone de test pour les nouvelles turbines développées par les industriels. Aucune zone de ce genre n’existe dans le monde, les seuls polygones de test existant étant situés en mer, en Écosse (EMEC) ou au large du Croisic. Pas très pratique pour tester une hydrolienne fluviale destinée à un estuaire…
C’est sur la Gironde que le projet est en cours de réalisation : au pied du pont de Pierre à Bordeaux, une barge flottante et deux emplacements permettront de développer et de valider les nouvelles technologies hydroliennes. Géré par la Compagnie de la Lune, le site de test dispose d’un courant et d’une profondeur suffisante pour tester tout type de turbines à partir de l’été prochain.

Quelques questions restent encore en suspend

Si cette technologie permet d’offrir une énergie compétitive, écologique et sans impact paysager, quelques questions restent en suspend quant à son impact sur le milieu.
On le voit bien souvent avec les crues printanières, les fleuves et les estuaires sont soumis à des épisodes qui peuvent être violents, en cas de crue massive entraînant son lot de débris dans son sillage. Quel sera la résistance de ces turbines à ces épisodes de crue ? La solution retenue à l’heure actuelle repose sur le choix du lieu d’exploitation, qui évite les cours d’eau sujet à ces violents épisodes.

hydrolienne en route pour le fleuve

Une autre question se pose quant à l’impact écologique que peuvent avoir des hydroliennes sur la faune des cours d’eau. Personne ne souhaite bien entendu créer un “barrage” composé de turbines en travers d’un fleuve, mais la question de la cohabitation avec la faune piscicole des rivières se pose, à l’heure où le bon état écologique incite à lever les barrages aux migrations le long des fleuves. Un corridor écologique d’une certaine largeur ne devrait il pas être prévu dans les cas de grandes fermes d’hydroliennes ?

Enfin, il est à l’heure actuelle interdit en France pour un particulier d’exploiter l’énergie d’un cours d’eau traversant sa propriété. Mais si les hydroliennes fluviales continuent leur croissance, la question de la fourniture d’énergie aux habitants isolés se posera tôt ou tard et le législateur devra se pencher sur la question.

Alors l’hydrolienne fluviale, menace pour l’écologie de nos cours d’eau ou véritable chance pour un max énergétique plus local et respectueux de l’environnement ? La réponse à ces questions devrait être apportée dans les années prochaines, qui verront le passage des fermes d’hydroliennes de l’état de projet à celui d’exploitations grandeur nature.