L’IntelliProspérité : comment la construction d’une stratégie RSE peut-elle devenir collective ?

L’IntelliProspérité : comment la construction d’une stratégie RSE peut-elle devenir collective ?

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by Marion Laperrouze Marion Laperrouze
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Et si la RSE arrêtait de se la jouer perso ? Si les acteurs de la RSE jouaient collectif, s’ils construisaient ensemble leur vision stratégique sur la RSE et le Développement durable ? C’est l’idée qu’ont eu les canadiens avec leur concept d’IntelliProspérité.

À l’heure actuelle, la RSE et le développement durable sont encore des initiatives et des concepts qui se développent de façon isolée dans les entreprises. Chaque entreprise, chaque collectivité a sa stratégie RSE propre, avec ses objectifs et ses modèles d’actions individuels. Bien souvent, la stratégie d’une entreprise X sera complètement isolée de celle d’une entreprise Y, y compris si elles sont proches économiquement ou territorialement. Mais ne serait-il pas plus efficace de penser la RSE et le Développement Durable en commun, collectivement ? C’est l’idée de l’IntelliProspérité.

En février 2016, de nombreux acteurs économiques et institutionnels canadiens œuvrant pour une amélioration commune de l’économie et de la préservation de l’environnement, se sont réunis autour du concept qu’est l’IntelliProspérité. Focus sur cette initiative qui met les opérations collectives au coeur du développement durable, et surtout, sur les leçons que peuvent en tirer les entreprises dans leur gestion RSE / DD !

L’IntelliProspérité qu’est-ce que c’est ? L’action collective au service de la RSE

comites-ethique-entrepriseDans le langage commun l’IntelliProspérité signifie « une économie florissante, un environnement sain et une qualité enviable obtenus en cassant le lien entre le succès économiques et les dommages environnementaux ».

L’intelliProspérité c’est aussi une initiative canadienne, une nouvelle manière de penser l’environnement et l’économie de leaders canadiens venant de divers horizons : universitaire, industriel, du monde de la recherche, des peuples autochtones, des organisations non gouvernementales et de la jeunesse. Tous ces acteurs partagent les valeurs suivantes : l’inclusivité, l’innovation, la collaboration et le pragmatisme. De cette réunion où les différents acteurs ont partagé leur vision des choses est né un plan de transition soutenu par La Prospérité durable, un centre d’études et de recherche national canadien. 

Ce programme de transition comporte un plan d’action prenant en compte les atouts et les ressources du Canada (ressources naturelles, l’agriculture, les technologies propres et les différents atouts économiques et commerciaux du pays) afin de favoriser l’innovation, la politique et le commerce. L’accent est mis sur l’accélération de la cadence dans la lutte contre le changement climatique.

Les objectifs 2020 de l’Intelliprospérité

Le plan d’action s’appuie sur une discussion collective pour remplir les objectifs suivants :

  • Des entreprises propres et innovantes

Le programme vise à encourager les entreprises à investir dans l’efficacité énergétique ou la gestion des déchets, intégrer la protection de l’environnement au niveau de la fiscalité ou des stratégies d’affaire, lancer des initiatives de durabilité avec les partenaires publics et privés.

Par exemple, l’entreprise Carbon Cure Technologie a investi dans une innovation afin de réduire les émissions de CO2 produites lors de la production de béton.

  • Des communautés vertes:

Le Canada fait partie des pays les plus urbanisés, 80% de sa population réside en ville. L’objectif est d’établir des indicateurs de mesures du progrès environnemental et économiques appropriés aux attentes et besoins des communes. Ces indicateurs peuvent être liés à la consommation d’eau, d’énergie ou du CO2 par exemple. L’objectif est d’établir un classement des indicateurs les plus performants afin de s’aligner sur les nations qui oeuvrent en la matière.

C’est aussi un bon moyen de mettre en place des initiatives comme l’utilisation multi fonctionnelle des infrastructures, le Waternet, le réseau de surveillance internet « en nuages » afin de limiter les pertes d’eau à cause de l’usure des tuyaux, l’exploitation des espaces libres et des services communautaires ou encore les réseaux intelligents de consommation d’électricité comme les lampadaires à détection urbaine.

  • Des politiques intelligentes et stimulantes:

Une politique est dite « intelligente » lorsqu’elle vise à réduire ou limiter les répercussions économiques et environnementales, optimiser les débouchés liés à l’innovation et donc promouvoir et inciter les personnes visées à prendre des solutions créatives. Les politiques écofiscales, d’efficacité énergétique, d’approvisionnement durable ou d’innovation propre sont considérées comme intelligentes.

Ces dernières années le changement s’est fait ressentir en matière de politiques intelligentes. Le Canada s’est engagé à éliminer les pluies acides et stopper la détérioration de la couche d’ozone avec le Canada’s Oil Sands Innovation All et l’Entente sur la forêt boréale canadienne.

En outre, le pays a mené des politiques intelligentes telles que la mise en place de la taxe carbone en Colombie Britannique, le Programme d’élimination graduelle du charbon et des obligations vertes en Ontario, le Régime de gestion des déchets en Nouvelle Écosse, l’incubateur de technologies propres ou encore la tarification carbone en Alberta ou au Québec.

L’intelliprospérité n’est pas une utopie mais un modèle (collectif) à suivre

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L’idée de l’IntelliProspérité, ce n’est pas de tout reconstruire mais d’encourager les entreprises à se réinventer ensemble tout en favorisant l’émergence des entrepreneurs qui investissent sur des technologies propres. Pour cela, les acteurs proposent cinq grandes actions :

  • Appuyer l’écoentrepreneuriat par des initiatives publiques et privées stimulant l’innovation et l’adoption de technologies propres dans tous les secteurs.
  • Stimuler l’efficacité énergétique et la productivité des ressources en créant une économie à haut rendement et faible empreinte environnementale.
  • Récompenser les marchés qui optent pour une tarification des déchets et de la pollution.
  • Mettre en œuvre les base d’une économie propre au moyen d’investissements intelligents à long terme dans le domaine de l’infrastructure et de la technologie de pointe.
  • Protéger le capital naturel en s’engageant à renouveler les accords relatifs à la préservation et à la valorisation de la nature ou la mise en place de paiements incitatifs aux propriétaires.

 

Pour mener ces actions, les acteurs se sont engagés à fournir des conseils et une expertise afin de mener de présenter et proposer des options abordables pour les intéressés. L’accent est mis sur l’innovation, un bon moyen pour développer les objectifs et accélérer le rythme du changement.

Mais la vraie différence d’IntelliProspérité, c’est que c’est une opération collective, menée de concert par plusieurs acteurs économiques, institutionnels ou de la recherche. Ce type d’opérations collectives, où des acteurs se réunissent pour acquérir de nouvelles pratiques technologiques ou commerciales, peuvent aussi contribuer au développement de l’expertise en matière de développement durable. En se rassemblant et en agissant collectivement, les entreprises apprennent à s’approprier de nouveaux enjeux économiques, sociaux, et environnementaux ainsi que les outils de gestion. Elles développement un regard nouveau, plus global et holiste sur les problématiques de RSE. À ce titre, c’est peut-être un modèle à suivre pour les acteurs de la RSE et du développement durable français : un modèle plus inclusif et plus collectif, où la RSE devient une question stratégique et systémique globale.

L’intelliProspérité est une prise de conscience active pour le Canada, afin de développer une nouvelle culture et approche des enjeux environnementaux, économiques et sociétaux dans l’activité et la gouvernance du pays. C’est aussi un pari qui vise à faire participer tous les acteurs du pays sur les questions énergétiques malgré les tensions qui existent entre l’Est et l’Ouest.

 

Les résultats de cette opération collective sont à suivre pour les dix prochaines années, mais ils tracent peut-être d’ores et déjà la route d’une nouvelle façon de faire de la RSE. Place au collectif !