12 000 milliards d’opportunités business pour les entreprises plus responsables

12 000 milliards d’opportunités business pour les entreprises plus responsables

entreprise-responsable-odd-parts-de-marche
Lisibilité
by Clément Fournier Clément Fournier
A- A A+

Et si devenir une entreprise plus responsable était un moyen d’acquérir de nouveaux marchés, de débloquer des potentiels d’innovation et d’emploi, et de créer plus de richesses ? C’est en tout cas ce que révèle un rapport de la Business and Sustainable Development Commission.

On le sait, le gros problème de la RSE et du développement durable dans les entreprises, c’est son business model, son retour sur investissement. Toutes les entreprises auraient intérêt à être plus responsables, à mieux protéger l’environnement et à construire une société plus juste. Le problème c’est que cela coûte cher, que les normes RSE sont des contraintes qui peuvent peser sur le business. Vraiment ? Le récent rapport du Business and Sustainable Development Commission donne une toute autre idée de la RSE. Au contraire, ce rapport l’affirme, si les entreprises investissent pour devenir plus responsables et se conformer aux Objectifs du Développement durable (ODD), c’est une opportunité de business de près de 12 000 milliards de dollars qui s’offre à elles. Explications.

Devenir plus responsables : innover et inventer de nouveaux business models

Pour beaucoup, la RSE, les engagements de responsabilité, le développement durable semblent être des mesures consistant à continuer à faire son business en améliorant ses outputs. Par exemple, il s’agirait de produire en recyclant mieux, en utilisant mieux ses ressources ou en faisant des économies d’énergie. Il s’agirait de continuer à produire la même chose, mais en répartissant un peu mieux les salaires et les profits. Et en effet, ce type d’actions fait partie intégrante d’une transition vers un monde plus durable.

Mais est-ce vraiment l’essence de la transformation dont notre économie a besoin pour être vraiment durable ? D’après la Business and Sustainable Commission (BSC), pas vraiment. Faire la transition vers une économie soutenable ne veut pas seulement dire optimiser un business model existant, mais au contraire le transformer en profondeur. Que ce soit via l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité, l’économie collaborative, le biomimétisme, il est désormais possible de réfléchir à une vraie transformation de nos façons de produire. Il ne s’agit pas seulement de réduire à la marge nos émissions de CO2, mais de penser une façon de produire qui évite globalement de produire du CO2. Autrement dit, inventer de nouveaux business models.

C’est une tendance que l’on commence déjà à observer : l’exemple le plus évident en est peut-être l’auto-partage. Réduire sa dépendance à la voiture individuelle, réduire les émissions de CO2, faire des économies, recréer du lien social : voilà les défis auquel commence à répondre le covoiturage et les autres tendances de car sharing. Ce tout nouveau business model a été inventé il y a quelques années à peine, et il prend déjà une importance telle qu’il concurrence les acteurs traditionnels des transports. Et en même temps il contribue à rendre notre économie un peu plus durable. Dans le domaine de la construction, on peut aussi donner l’exemple de la construction durable : régulièrement de nouveaux matériaux, de nouvelles techniques et de nouvelles technologies sont développées pour permettre à nos logements d’être mieux isolés, plus efficients. Il ne s’agit pas de simples ajustements RSE, mais d’une nouvelle façon de produire qui est le fruit d’une véritable stratégie d’innovation.

Autrement dit, pour devenir plus responsables, les entreprises doivent réfléchir à de nouveaux business models, qui intègrent pleinement les variables environnementales, sociales et économiques et plus généralement qui visent à atteindre les ODD.

12 000 milliards d’opportunité de marchés pour les entreprises responsables qui investiront dans ces niches

À l’heure actuelle, ces marchés sont des niches, ou ils commencent à peine à émerger globalement. C’est le cas par exemple de l’agriculture bio, qui a réinventé totalement son modèle de production et de distribution et qui commence petit à petit à intégrer l’économie globale. Mais des exemples de ce type devraient se généraliser à l’avenir. Selon la BSC, il existe dans pratiquement tous les secteurs économiques des opportunités gigantesques de se réinventer pour être plus durables et responsables, et bien entendu des marchés à conquérir.

La BSC identifie 4 grands secteurs qui vont devoir se réinventer dans les décennies à venir : l’alimentation et l’agriculture, la construction et l’urbanisme, l’énergie et les matériaux, et la santé et le bien-être. Dans chacun de ces domaines, les entreprises vont devoir non seulement optimiser, mais inventer de nouvelles façons de produire, de vendre, de gérer. Qu’il s’agisse des smart cities, des micro-fermes urbaines, des services individualisés de santé, de nouvelles formes d’énergie, de son stockage, ou des matériaux innovants, il y a des dizaines de possibilités de développer de nouveaux business plus responsables. La BSC identifie 60 tendances à suivre, qui sont 60 opportunités de marchés à conquérir pour les entreprises :

opportunités entreprise responsable

380 millions d’emplois, des marchés nouveaux, une nouvelle vision de l’économie

Ces marchés, ce sont 12 000 milliards d’opportunités business à saisir pour les entreprises, mais aussi 380 millions d’emplois directs. Mais surtout, si le système économique se tournait vers ces nouveaux business models, ce serait probablement une nouvelle vision de l’économie qui émergerait, avec de nouveaux codes et une nouvelle vision du travail. Non seulement cette économie nouvelle devra être plus écologique, plus juste, mais elle sera aussi plus sociale. En effet, selon la BSC, la transition vers une économie durable sera aussi celle vers un nouveau contrat social, fondé sur l’autonomie, et l’équité. Parmi les 380 millions d’emplois créés, la majorité aidera des populations pauvres ou qui subissent le travail forcé à s’émanciper et à construire leur autonomie.

D’après le rapport, ceux qui s’investissent dans ces tendances et alignent leurs objectifs business aux Objectifs de Développement Durable dès aujourd’hui auront de 5 à 15 ans d’avance sur leurs concurrents dans les années à venir. Cela signifie qu’il faut dès aujourd’hui investir dans ce basculement économique, et pas seulement pour être une entreprise plus engagée mais aussi pour tenir dans la course économique qui aura inévitablement lieu sur ces sujets. Alors comment s’y mettre ? La BSC propose 6 pistes d’actions à mettre en place dans les entreprises

  1. Pousser pour la démocratisation des ODD dans votre business et au-delà
  2. Incorporer les ODD dans votre stratégie business, y compris dans votre supply chain
  3. Collaborer avec les acteurs de votre secteur pour transformer votre marché : si quelques pionniers isolés se transforment, cela n’aura pas plus d’impact que des ajustements mineurs des systèmes productifs. Pour que les opportunités de business se développent plus vite, il faut bouger avec l’ensemble de votre secteur y compris si besoin vos concurrents.
  4. Travailler avec le secteur public pour développer des incitatifs adaptés : si vous êtes seuls à investir dans des nouveaux business plus écologiques, au départ vous perdrez un avantage compétitif. En revanche, si par exemple un prix du carbone est fixé, chaque acteur économique devra payer pour les externalités de ses activités. Et cela incitera l’ensemble de l’économie à mettre plus de moyens dans la transition
  5. Pousser pour l’incorporation des ODD dans les critères d’évaluation financiers : si la performance n’est plus le seul critère d’investissement des marchés financiers mais que s’y ajoutent la stratégie de développement durable, alors toutes les entreprises qui font cette transition recevront en principe plus de financements. Rien de tel pour accélérer le mouvement !
  6. Reconstruire le contrat social avec toutes les parties prenantes, c’est à dire rétablir la confiance entre les entreprises et les consommateurs, les pouvoirs publics et les acteurs associatifs afin de pouvoir créer les conditions d’une émulation collective sur la transition. Cela passe par plus de transparence, plus d’ouverture, plus de dialogue et bien sûr, par le respect des règlementations et des normes éthiques.

 

Voilà un vaste programme à mettre en place dans le monde de l’entreprise aujourd’hui. Mais ceux qui s’y mettent dès aujourd’hui seront aussi ceux qui en bénéficieront le plus. Alors n’attendez-plus, engagez votre entreprise pour qu’elle soit plus durable et qu’elle participe du mouvement des Objectifs du Développement Durable.