Peuples racines et Protection de l’Environnement : quel Rôle pour les Entreprises ?

Peuples racines et Protection de l’Environnement : quel Rôle pour les Entreprises ?

Lisibilité
by Éric Julien Éric Julien
A- A A+

A l’heure où la culture occidentale semble arriver à son apogée, quelques cultures, souvent indigènes, continuent de perpétuer la tradition de leurs ancêtres. Ce sont les peuples racines. Riche d’un mode de vie fondée sur le respect de la nature et la protection de l’environnement, favorisant la coopération et donc le vivre ensemble, ces sociétés dites primitives se révèlent d’une richesse culturelle exceptionnelle. Les Indiens Kogis en sont peut être le plus bel exemple : 4 000 ans d’existence sans rupture historique et une société toujours en état de marche. Quel beau témoignage de durabilité !

Eric Julien, fondateur de Tchendukua, nous éclaire sur l’enjeu de préservation des peuples racines et les activités de l’association en interaction avec les entreprises.

Biodiversité, développement économique, devoir de protection de l’environnement… Quels sont les enjeux pour les peuples racines ?

Dans les hauts vallées de la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombie, vie une communauté d’indiens précolombiens Kogis riche de plus de 4 000 ans d’histoire.

La Sierra Nevada de Santa Marta est un lieu unique en termes de biodiversité. Elle est aujourd’hui reconnue par le CNRS comme le « hot spot de biodiversité » le plus irremplaçable et le plus vulnérable au monde. C’est une pyramide montagneuse de 80 km de long qui s’étend sur plus de 12 000 km2. La proximité de la mer, mais aussi l’altitude (5 800 mètres à moins de 45 km de la mer), son isolement de la cordelière des Andes, ainsi que la présence des alizés expliquent la richesse naturelle de la Sierra. Dans les parties de moyennes et hautes altitudes, on retrouve 13 « formations végétales » ou « écosystèmes », comprenant 96 espèces de plantes endémiques et 7 % des espèces vivantes sur la planète.

En moins de 30 ans, la couverture forestière du massif de la Sierra Nevada de Santa Marta a perdu environ 70 % de sa surface. Cette disparition massive de la couverture végétale et de la biodiversité, associée à une augmentation des besoins en eau et une régression des précipitations, provoque de grandes variations dans les régimes hydrauliques des principaux cours d’eau. L’eau est en passe de devenir un enjeu majeur pour les 1,5 millions d’habitants qui vivent au pied du massif.

La communauté des Indiens Kogis, comme d’autres peuples racines de la région, fait face à de nombreuses pressions économiques du fait d’un développement mal maitrisé : déforestation, tourisme, exploitations minières, construction de barrages et de routes, etc. Ces activités, ainsi que les conflits multi-usages autour des ressources naturelles telles que l’eau, bois et terres (irrigation, exploitation, valorisation) fragilisent des écosystèmes entiers et amènent les populations à migrer. Les Indiens partent de plus en plus haut vers les sommets du massif, sur des terres peu habitables, ou en ville, ce qui contribue à la fragilisation de leur culture. De la nécessité d’une protection de leur environnement.

Face à cela l’association Tchendukua – Ici et Ailleurs a mis en place un processus de rachat et de restitution de terres ancestrales au bénéfice des Indiens Kogis. Depuis 1997, plus de 1200 ha de terres ont été restituées à 70 familles et des dizaines d’espèces sont préservées.

Pourquoi aider les indiens Kogis ?

La présence de nombreux acteurs en situation de conflit d’intérêts nécessite une médiation. L’intervention d’une organisation « neutre », en appui d’acteurs de terrain, peut parfois modestement contribuer à apaiser la violence, voire faire émerger des solutions négociées.

Rendre des terres à un peuple dépossédé, souvent illégalement, est une solution adéquate et efficace pour les protéger. C’est en tout cas la réponse à la demande exprimée par les Indiens Kogis : retrouver leurs terres ancestrales de moyenne et basse altitude pour protéger la Sierra Nevada et donc perpétuer leur mode vie en harmonie avec la nature. Les accompagner dans ce chemin, dans ces démarches de protection de leur environnement, de restitution de terre, nécessite de respecter leur rythme, leur choix et de suivre ces actions dans le temps. C’est un vrai engagement.

Une fois réinstallés sur leurs terres ancestrales, les Indiens Kogis empêchent la déforestation et participent au maintien de l’équilibre des écosystèmes avec des techniques de « régénération naturelle assistée ». Grâce à leur présence les terres les plus déforestées retrouvent leur équilibre et leur état primaire au bout de 15 à 20 ans. Ce qui est en soi exceptionnel.

Aider les peuples racines comme les Indiens Kogis c’est donc permettre :

  • La préservation et la reconstitution de la biodiversité d’écosystèmes uniques ;
  • La préservation d’une diversité culturelle irremplaçable et de connaissances précieuses pour notre humanité.

RSE et peuples racines : comment une entreprise peut-elle agir ?

Ce sont les leviers sociaux et environnementaux de la RSE qui sont visés. De multiples actions sont possibles :

  • Prendre en compte les « externalités négatives » directes et indirectes de ses activités sur le terrain, les anticiper et les réduire dans la mesure du possible. Et en particulier dans les lieux protégés en termes de diversité biologique et culturelle ;
  • Respecter les droits de l’Homme des minorités ethniques (droits à la terre et à l’accès aux ressources naturelles) ;
  • Prendre contact avec des organisations locales représentantes des minorités concernées ou qui accompagnent celles-ci pour bénéficier d’une expertise et d’un cadre de confiance afin de dialoguer avec les populations concernées ;
  • Participer à un programme rachat et de restitution de terres au profit des Indiens Kogis ou à une action de préservation de la biodiversité et de l’environnement ;
  • Alerter ses parties prenantes de ces problématiques environnementales, sensibiliser ses salariés et managers ;
  • Mais avant tout, prendre conscience de leur différence, de leur vulnérabilité et de l’urgence de protection de cette minorité.

 

Ils ne sont que 12 000 aujourd’hui et avec le rythme effréné de notre développement, quelle place auront-ils à la fin du siècle ?