Végétarien, omnivore, bio, locavore : l’impact environnemental de notre alimentation décrypté

Végétarien, omnivore, bio, locavore : l’impact environnemental de notre alimentation décrypté

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Premier épisode de notre dossier spécial dédié à l’alimentation responsable ! Quel est l’impact environnemental de notre alimentation ? Réchauffement climatique, pollution des sols, contamination des eaux… L’agriculture et la production de denrées alimentaires ont des impacts énormes sur notre planète. Mais comment réduire l’empreinte carbone de notre alimentation ? Quel régime alimentaire est le plus “éco-friendly” ? Lequel choisir pour protéger l’environnement et la planète ? Décryptage en profondeur, au-delà des idées reçues.

Face à tous les problèmes environnementaux qui affectent la planète, nous prenons de plus en plus conscience du rôle que nous devons jouer pour protéger la nature. Parmi les gestes quotidiens que nous faisons pour l’environnement, un compte plus que les autres : la façon dont nous nous nourrissons. L’alimentation est l’un des domaines avec les impacts environnementaux les plus forts. En effet, pour produire de la nourriture à échelle industrielle, il faut des terres, sur lesquelles on utilise bien souvent des engrais, des pesticides, des herbicides ou encore des fongicides. Il faut des machines pour faire les récoltes, des véhicules pour transporter la nourriture, la conserver. Au total, on estime par exemple que le secteur alimentaire (toute la chaîne) pourrait représenter jusqu’à un quart des émissions de gaz à effet de serre humaines.

Pratiquement chaque aliment que nous consommons a contribué à la fois à l’utilisation de produits chimiques, à occuper des sols, à émettre des gaz à effet de serre. Lorsque nous consommons des produits alimentaires, nous avons donc une responsabilité vis-à-vis de la planète et de l’environnement. Mais comment s’alimenter au mieux si l’on veut éviter de détruire l’environnement ? Nous décryptons pour vous les différents régimes alimentaires pour mieux comprendre leurs impacts environnementaux.

Le régime végétarien est-il meilleur pour la planète ?

vegetarien changement climatique impact environnemental

En termes d’impacts environnementaux, on entend souvent que le régime végétarien est moins nocif. En effet, produire de la viande a un impact environnemental énorme, en particulier pour les ovins et les bovins. D’abord, parce que produire 1 kg de viande a un coût environnemental plus élevé que de produire par exemple 1 kg de pomme de terre. Pour produire 1 kg de boeuf, il faut le nourrir, donc faire pousser sa nourriture (céréales, foin, ou autre) et utiliser de l’eau. Il faut utiliser de l’espace et notamment des sols. Il faut ensuite transformer l’animal en viande consommable (abattage, découpe, transformation, emballage…). Tout cela contribue à émettre des gaz à effet de serre et à certaines pollutions. Pour la pomme de terre, il “suffit” de la planter, de l’arroser et de lui donner certains nutriments (engrais par exemple).

En plus de cela, les animaux de l’élevage produisent eux-mêmes des gaz à effet de serre : ainsi on estime qu’un boeuf américain élevé pour sa viande émet chaque année entre 70 et 120 kg de méthane, gaz dont l’effet sur le réchauffement climatique est 23 fois plus fort que le CO2.

L’empreinte carbone d’un régime végétarien est donc généralement considérée comme plus faible que celle d’un régime contenant de la viande. Une étude menée par Shrink That Footprint a ainsi étudié 5 régimes alimentaires : le “Meat lover”, le régime alimentaire moyen américain, le régime sans boeuf, le régime végétarien et le régime vegan. Résultats ? Les régimes végétariens et vegans sont ceux avec l’empreinte carbone la plus faible, avec respectivement 1.7 et 1.5 tonnes équivalent CO2 par an et par personne. Dans le même temps, les “meat lovers” émettent 3.3 tonnes équivalent CO2 par an et par personne, soit 2 fois plus que le régime vegan. En revanche, en supprimant simplement le boeuf et l’agneau de son alimentation (tout en gardant les autres viandes et produits animaux) on se rapproche de l’empreinte carbone d’un régime végétarien avec 1.9 tonnes équivalent CO2 par an et par personne.

empreinte carbone vegetarien omnivore viandePourquoi les choses ne sont pas si simples en matière d’impact environnemental de l’alimentation ?

Néanmoins, en matière d’alimentation, les choses ne sont pas si simples, car les données ne traduisent pas toujours la réalité concrète et globale. Ainsi, la plupart des études consacrées à l’impact environnemental de l’alimentation sont basées sur des données provenant des Etats-Unis, ce qui oriente de fait leurs résultats. Par exemple, aux Etats-Unis on consomme 125 kg de viande par an et par personne selon la FAO. C’est 20% de plus qu’en France. Les américains consomment également 53 kg de boeuf par an et par personne, pour 23 kg “seulement” dans l’Union Européenne. La comparaison des régimes alimentaires sera donc différente si l’on s’adapte au contexte géographique.

De la même façon, le calcul de l’empreinte environnementale de la production de viande se réfère à des pratiques agricoles américaines, où l’élevage est fait à base de céréales et de soja essentiellement. Or l’élevage au soja et aux céréales augmenterait considérablement les émissions de méthane des bovins : un boeuf élevé à l’herbe naturelle, riche en Omega-3, émettrait jusqu’à 20% de méthane de moins qu’un boeuf élevé de façon conventionnelle. Et faire pousser de l’herbe n’émet pas de CO2. Or en France, 60% de l’alimentation bovine est constituée d’herbe. L’impact carbone d’1 kg de boeuf en France est donc largement inférieur à celui d’1 kg de boeuf aux Etats-Unis.

De plus, il est impossible pour ces études de prendre en compte tous les critères entrant dans l’impact carbone des aliments. Ainsi, concernant les sols, on sait désormais que l’élevage sous forme de pâturages est meilleur que la culture céréalière ou légumière en termes climatiques, puisqu’il contribue au développement des prairies, qui absorbent le CO2. Concrètement, 1 hectare de pâturages dédié à l’élevage contribue à réduire fortement le CO2 atmosphérique quand 1 hectare de cultures contribue à l’augmenter légèrement. Or cette donnée n’est jamais comptabilisée dans les études d’impact environnementaux.

Enfin, si l’on élargit le regard à d’autres facteurs que le CO2 (comme la pollution des sols, des eaux, la biodiversité), les choses se compliquent encore. Ainsi, la culture de fruits, légumes ou céréales peut s’avérer très nocive pour l’environnement à cause de l’utilisation de pesticides, herbicides et autres fongicides qui détruisent la biodiversité, polluent les sols et les eaux. D’autre part, la production de certains légumes (concombre, laitue, céleri…) demande des quantités importantes d’énergie et d’eau ce qui rend le calcul encore plus complexe. Et tout cela ne prend pas en compte la déforestation induite par certaines cultures comme le soja, ou la monoculture.

viande impact environnemental

Alors, quel régime choisir pour protéger la planète ?

Si l’on tente de faire la somme de toutes les études qui sont faites sur le sujet de l’impact environnemental des différents régimes alimentaires, il est beaucoup plus difficile de dire quel “régime” est le meilleur pour la planète. Selon la provenance des produits consommés, la technique de culture ou d’élevage utilisée, la quantité consommée, on peut obtenir des résultats très différents. Ainsi, un régime végétarien riche en soja et en légumes peut être plus nocif pour la planète, à calories égales, qu’un régime contenant un peu de viande, si celle-ci est élevée dans de bonnes conditions (pâturages, alimentation biologique). Inversement, un régime omnivore contenant beaucoup de boeuf élevé de façon industrielle aura des conséquences beaucoup plus profondes sur l’environnement qu’un régime végétarien, bio et locavore.

Il est donc impossible de trancher, mais on peut toutefois donner quelques points clés à retenir pour mieux comprendre l’impact environnemental de notre alimentation, et pour choisir un régime alimentaire qui protège mieux notre environnement.

  • Le boeuf et l’agneau sont parmi les aliments les plus nocifs pour la planète, notamment lorsqu’ils sont élevés de façon industrielle (nourriture aux céréales, pas de pâturage). Pour une diète respectueuse de l’environnement, ils sont à éviter et à réduire, comme la viande en général.  En fait, réduire sa consommation de boeuf a plus d’impact sur l’environnement que d’arrêter de prendre sa voiture.
  • La viande élevée en pâturage permet de reconstituer les sols et leur capacité à stocker le carbone : ce sont les sources de viande à privilégier. Le poulet et les poissons ont également un impact environnemental nettement plus faible que les ovins ou les bovins sur la planète. Si vous mangez des produits animaux, c’est ceux-là qu’il faut choisir en priorité.
  • Les légumes et céréales ont globalement un impact carbone plus faible que la viande ou les produits laitiers. Néanmoins, certains légumes ont un impact relativement fort. Par exemple, pour produire 1 kg de pomme de terre, on émet 2.9 kg de CO2, et pour produire 1 kg d’asperges, on émet 3.4 kg de CO2. Si les légumes ne sont pas bios, leur impact peut aussi être très fort sur la biodiversité et la qualité des sols à cause des intrants chimiques.
  • Tout dépend de la quantité que l’on consomme. Ainsi, pour consommer 600 calories de pomme de terre (le légume le plus énergétique), il faudrait en manger plus de 780 g, et cela émettrait environ 2.3 kg de CO2. Pour avoir 600 calories en consommant par exemple, de l’échine de porc, il faut en manger seulement 200 g pour “seulement” 600 g de CO2 émis dans l’atmosphère.
  • Attention aux fruits et légumes que vous consommez : le soja, les légumes riches en eau comme les tomates ou les concombres ou les courgettes sont très gourmands en énergie et en eau pour être produits en quantités industrielles et sont parfois associés à la déforestation. De même les myrtilles ou les bananes sont des fruits à fort impact environnemental. Il est donc préférable de ne les consommer qu’occasionnellement, en saison.
  • Les légumineuses (lentilles par exemple) en revanche sont très “sobres” en termes environnementaux puisqu’elles demandent peu d’eau, peu d’énergie, et émettent peu de CO2. Elles doivent faire partie de tout régime alimentaire qui se veut “éco-friendly”.
  • Les produits de la mer ont des impacts environnementaux très variables : la surpêche ou les poissons d’élevage intensifs posent des problèmes nombreux au niveau de la biodiversité notamment. Il faut bien veiller à ne les consommer qu’en saison et à éviter les espèces menacées. En revanche, lorsque les stocks halieutiques sont bien gérés et que les produits sont consommés de façon raisonnée, les produit de la mer représentent une alternative relativement écologique aux protéines telles que le boeuf en termes environnementaux. Pour plus d’informations au sujet de la consommation des produits de la mer, n’hésitez pas à consulter les articles de notre expert du monde marin, Niels de Girval.
  • Le mode de production de vos aliments importe autant que le type d’aliment consommé : privilégiez le local pour éviter les effets du transport, une production limitant les intrants chimiques, des viandes / oeufs / produits laitiers issus d’animaux élevés dans de bonnes conditions (pâturages, sans antibiotiques…).

 

Les idées reçues sont parfois très complexes en matière d’impact environnemental de notre alimentation. Les études sont contradictoires, et il est difficile de démêler le vrai du faux. Au final, c’est souvent le bon sens qui doit faire loi : un produit industriel est presque toujours plus nocif pour l’environnement qu’un aliment produit localement, grâce à des pratiques agricoles saines et non intensives. Et cela tombe bien, puisque cela correspond aux attentes des consommateurs, qui plébiscitaient dans notre dernière étude une agriculture plus extensive et raisonnée.

Alors, prêts à vous construire un régime éco-friendly ?

  • Sushipoups

    Est-il pris en compte que la monoculture du soja est principalement destinée à la nourriture des animaux d’abattoirs ?
    Et est-il pris en compte ou étudié, le végétalien qui mange locavore et bio ?
    Car si on devient végétalien (voire végan), il est judicieux de pousser la logique un peu plus loin.

  • Clément Fournier

    Bonjour,

    Oui ces données sont prises en compte, et c’est d’ailleurs le fondement de cet article : montrer que les choses sont plus simples que les oppositions que l’on entend généralement sur le sujet.

    Concernant la déforestation et le soja, c’est en réalité beaucoup plus complexe que ça. Beaucoup de chiffres circulent sur ce sujet sans qu’aucune étude claire ne soit jamais donnée en source. Voilà ce que l’on sait exactement à propos du soja :

    Les USA sont les premiers producteurs mondiaux de soja, mais aussi les premiers producteurs mondiaux de viande. D’après l’association américaine des producteurs de soja, 80% de la production nationale est effectivement dédiée à l’alimentation animale. Or la production de soja des USA n’induit pas de déforestation. (https://soygrowers.com/issues-pages/other/animal-agriculture/)

    La Chine est le premier importateur mondial de soja. D’après les professionnels du secteur, la Chine importe 61% du soja mondial, en majorité en provenance du Brésil (la Chine est le premier acheteur de soja brésilien). Or le soja brésilien est la première cause de déforestation en Amérique Latine. Or la Chine ne produit que 10% de la viande sur le marché mondial.

    Avec ces chiffres, on voit qu’il est difficile de lier la déforestation causée par le soja à un usage ou un autre. Il semble improbable que les 61% du soja acheté en Chine soient entièrement utilisés pour produire seulement 10% de la viande mondiale.

    Dans tous les cas, la production de soja est hautement négative en termes d’impact environnementaux, quel que soit son usage final.

    Pour le reste, il semble évident qu’une diète végétalienne, locavore, bio, voire autosuffisante sera la moins négative en termes environnementaux à l’échelle individuelle. À l’échelle mondiale c’est autre chose.

  • Clément Fournier

    Bonjour ! Merci de votre retour. En effet l’article est long et c’est justement le parti pris. Il existe déjà beaucoup d’articles qui posent des conclusions lapidaires et simplificatrices sur cette problématique.

    L’objectif ici était d’aller au-delà des simplifications, et justement de montrer qu’on ne peut pas donner de réponse simple à la question. Tout dépend de l’origine des produits, de leur méthode de production, de la façon dont on les consomme… Cependant, la dernière partie de l’article donne des réponses pour pouvoir soi même se construire une diète plus écolo !

  • Antoine

    Bonjour,
    Il est dommage que l’agriculture biologique soit peu mentionnée dans votre article. En prenant en compte les émissions directes et indirectes, la bio nécessite beaucoup moins d’énergie car elle ne consomme aucun produits phytosanitaires ou engrais chimiques, souvent dérivés du gaz et du pétrole, et qui nécessitent d’importantes quantités d’énergie pour être produites. Les données de l’Agence bio ou de l’INRA par exemple pourraient vous aiguiller sur ce point.
    Et attention au fantasme du local : je vis dans les Hauts-de-France et ici l’agriculture “locale” est très intensive en produits chimiques. Et si elle est locale, la part dédiée au circuits courts est très minoritaire.

  • Clément Fournier

    Bonjour !

    En effet, le bio n’est pas beaucoup évoqué car l’agriculture bio fera l’objet d’un autre article dans notre dossier alimentation bientôt. Là encore la problématique n’est pas si simple en termes environnementaux car l’occupation des sols, l’utilisation d’eau et d’autres problématiques sont sensiblement différentes en bio.

    Cela mérite donc son analyse !

    Concernant le local, effectivement lorsque j’en parle il faut comprendre “toutes choses égales par ailleurs”. Une girolle bio canadienne sera toujours plus nocive pour l’environnement qu’une autre girolle bio récoltée à 50 km du lieu de consommation !

  • Sam

    Bonjour !

    Bon article, destiné à un public assez large, c’est sympa.

    Il n’y aurait pas une faute à nutriments ? “Pour la pomme de terre, il « suffit » de la planter, de l’arroser et de lui donner certains nutriment (engrais par exemple).”

    Et bonne journée, Sam

  • titelle

    Bonjour,
    Pour savoir ce que coûte réellement notre régime (végétarien ou omnivore) il faudrait savoir l’impact des emballages (production et traitement après consommation) et des transports. Est-ce que vos chiffres incluent ces postes là? Je n’ai aucune idée du coût de CO2 généré pour une barquette en plastique, ni pour une importation de bananes… est ce que ça changerait beaucoup les chiffres avancés dans votre article?

    En lisant votre article, j’ai bien compris que tout n’est pas blanc ou noir mais concrètement à part manger des lentilles, je ne suis pas trop aidée pour prendre de bonnes décisions car il se concentre surtout sur ce qu’il faut éviter.

  • Clément Fournier

    Bonjour !

    Merci de votre oeil de lynx ! La faute est corrigée !

  • Clément Fournier

    Bonjour Titelle !

    Pour commencer, sachez que je prévois d’écrire bientôt d’autres articles sur ces sujets (les emballages alimentaires et le transport). Cela vous éclairera sans doute encore mieux :).

    Pour vous donner un premier élément de réponse : sachez qu’en moyenne, la production d’un aliment représente 83% de son empreinte carbone. Cela signifie que la partie “vente” (emballages, stockage) et la partie “transport” représentent à elles deux moins de 17% de l’empreinte carbone d’un aliment.

    Donc effectivement, ce n’est pas négligeable, mais ce n’est pas non plus décisif. On pense souvent (à tort) que c’est le transport des aliments est ce qui pollue le plus, alors qu’il représente seulement 11% du CO2 émis en moyenne pour un produit alimentaire. Et c’est en fait assez logique compte tenu des conditions de transport qui permettent des économies d’échelle. Pour reprendre l’exemple que vous donnez (les bananes) : celles si sont transportées par cargo, et les plus gros cargos peuvent contenir jusqu’à 800 millions de bananes. Si on divise la pollution induite par le cargo par le nombre de bananes, le chiffre est minime.

    C’est à cause de ce phénomène que parfois, du point de vue climatique et environnemental, il est plus intéressant d’importer un produit que de le faire pousser localement. C’est le cas par exemple pour les tomates espagnoles qui sont plus “rentables” du point de vue environnemental que les variétés locales en Europe du Nord.

    Au final si on veut vraiment réduire son impact environnemental avec son alimentation, les bonnes décisions sont les suivantes : choisir (si besoin) des viandes à faible impact (poulet, porc…), des légumes de saison, privilégier les légumineuses, etc… mais le plus important c’est de ne pas gaspiller ! Car quel que soit ce que l’on mange, c’est presque toujours le gaspillage alimentaire qui entraîne le plus de pollution.

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  • Julie7

    Bonjour, pour reprendre votre exemple, est-il préférable de manger une girolle bio du Canada ou une girolle non bio produite à 50 km ?
    Mon ami et moi avons des avis divergents sur la question, je suis donc intéressée par la réponse 🙂 Merci !

  • Clément Fournier

    Tout dépend du problème que l’on regarde.

    Si on cherche à lutter contre le changement climatique, alors je dirais qu’il vaut mieux choisir la girolle non-bio produite à 50 km. Pourquoi ? Parce que la girolle est un produit fragile. Il est donc probable qu’elle ait traversé l’Atlantique en avion pour rejoindre nos étals, plus le trajet en camion depuis l’aéroport. Donc sur le total d’émissions de CO2, il est probable que la girolle canadienne soit plus nocive malgré l’absence de pesticides éventuels.

    Si en revanche l’objectif est de lutter contre la contamination des sols, alors il faudra sans doute choisir la girolle bio canadienne car elle n’utilise probablement pas de pesticides d’origine chimique. Mais il faudrait encore voir quelles sont ses conditions de production, car bio ne veut pas forcément dire propre (notamment car les pesticides naturels sont autorisés, et qu’ils ne sont pas forcément bons pour l’écosystème, c’est le cas par exemple du sulfate de cuivre).

    Ensuite, on peut encore prendre en compte d’autres paramètres : quels emballages ? Quelles conditions de vente (réfrigération ou non, sont-elles vendues dans la même épicerie ou devez vous rouler 10 km de plus avec votre voiture pour aller acheter l’une ou l’autre ?). Bref sans données définies sur tous ces paramètres on ne peut pas donner de réponse.

    Mais d’une manière générale, acheter un produit bio mais qui vient de l’autre bout du monde, c’est pas terrible du point de vue du réchauffement climatique. Et acheter non bio mais local, c’est pas forcément génial du point de vue de la pollution locale (tout dépend de quel “non bio” on parle).

    Après, pour rester très pragmatique, généralement les girolles sont des champignons sauvages. Donc elles ne peuvent pas être bio ou non bio, puisqu’elles ne sont pas cultivées ! (j’aurais du choisir un autre exemple initialement).

  • Julie7

    Merci pour cette réponse. En d’autres termes, nous devons nous mettre d’accord sur ce qui est important pour notre vision de la consommation… et notre vision de la planète. Je reste partagée tout de même entre un choix de produits ‘bio d’espagne (transport par la route)’ et ‘non bio de proximité’ (sans parler d’élevage extensif) mais utilisation de pesticides… Sachant que le bio d’Espagne (exemple des légumes) est qq fois le résultat d’une chauffage de serre et donc d’utilisation d’énergie…
    Quelle galère ! Pas évident de ne pas ‘mal faire’ et de ne pas ressentir de culpabilité!

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  • john johnson

    Bonjour,
    Merci pour cet article très intéressant.
    J’ai juste une petite objection sur le pâturage. Effectivement, les prairies peuvent agir en tant que puits de carbone, mais il me semble qu’au bout de quelques dizaines d’années, ce pouvoir de captation s’arrête. Aussi vous ne parlez pas de l’empreinte écologique du pâturage: si les émissions carbonées sont moins importantes voir négatives, il faut reconnaitre qu’ils prennent beaucoup d’espace!
    J’ai fais un très rapide calcul (je sais pas si il est crédible), mais avec 0,5 bovins par ha, 300kg de viande produite par carcasse et un abatage au bout de 3 ans, on arrive à produire 50kg de viande /ha de pâturage, contre un rendement de 1400kg de lentilles produites à l’hectare. Du coup est ce que vous pensez qu’au niveau de la biodiversité, un pâturage et une foret se valent ?

  • Clément Fournier

    Bonjour et merci du retour !

    De ce que j’en sais, je ne vois pas pourquoi le pouvoir de captation s’arrêterait. Le principe même du pâturage holistique pour la capture du carbone est d’ailleurs justement de renouveler en permanence le pouvoir de capture des sols en les entretenant en permanence : une prairie pousse, elle est broutée et alimentée en matière organique et en vie biologique par les déjections des vaches (qui du même coup produisent moins de méthane que si elles étaient nourries aux céréales), et repousse l’année suivante de façon à ce qu’il y ait un cycle qui fonctionne en permanence. Donc à priori je dirais que ça ne s’arrête pas au contraire. Mais si vous avez lu cette info quelque part je prends !

    Concernant l’espace vous avez en partie raison et votre calcul me semble crédible. Toutefois, il faut garder à l’esprit plusieurs points.

    Un point nutritif d’abord : 1 kg de lentille contient 90 grammes de protéines. 1 kg de viande de boeuf en contient 260 en moyenne. Il faut donc manger 3 x plus de lentille pour obtenir la même quantité de protéines qu’avec le boeuf (qui contient aussi d’autres nutriments utiles qu’on ne trouve pas dans les lentilles). Sachant en plus qu’en théorie si l’on veut un apport complet en protéines il faut coupler ces lentilles à des céréales. C’est une nuance mais qu’il faut garder à l’esprit car du coup on ne peut pas comparer simplement 1kg de boeuf à 1kg de lentilles.

    Ensuite, un point géographique ou géologique si l’on veut. En théorie le pâturage se fait sur des zones soit nutritivement pauvres, soit dans des zones où les cultures sont relativement complexes. C’est la raison pour laquelle historiquement, beaucoup de pâturages se font en montagne dans des zones où de toute façon vous ne ferez rien pousser. Bien évidemment, s’il s’agit de déforester des régions riches pour y faire pâturer des vaches, l’intérêt écologique est nul ! Ce qui serait intéressant du point de vue écologique c’est de valoriser des terrains qu’on ne peut pas utiliser autrement (les pâturages montagnards historiques en sont un exemple) pour y faire paître des animaux.

    Dernier point, par rapport à votre question sur la biodiversité : en effet les forêts sont des hotspots de biodiversité importants, mais les prairies sont l’habitat d’une biodiversité riche également (quoi que souvent moins visible et moins facile à évaluer). Mais comme je le disais précédemment, l’idée n’est pas de remplacer un habitat par un autre. Les prairies existent dans la nature, et naturellement des animaux y vivent en pâturage (c’était le cas des bisons aux Etats-Unis). L’idée du pâturage planifié est simplement d’utiliser ces zones naturelles pour les valoriser. Bien sûr cela implique de réduire énormément notre consommation de viande et surtout de changer de regard sur cette consommation car nous ne disposons pas sur terre d’espaces de pâturage naturels suffisamment importants pour soutenir notre consommation actuelle.

    Et pour finir, on prend toujours l’exemple du boeuf car il est le plus extrême mais il existe de nombreuses formes d’élevage et de pâturage qui sont moins intensives que le boeuf. Le porc bellota est un bon exemple de filière d’élevage réhabilitée et qui n’implique ni déforestation, ni régime alimentaire intensif à base de cultures céréalières et qui en plus contribue à valoriser et préserver les écosystèmes de forêts de chênes locales. Mais on peut en citer de nombreux autres, basés sur l’élevage de races rustiques adaptées à leur écosystème (boeuf highland par exemple, agneau de sisteron en élevage extensif, etc…).

    Donc on ne peut pas comparer en réalité, ce sont des écosystèmes différents avec des rendements différents et une utilité écologique différente. Ils ne sont pas substituables et du point de vue écologique l’idée est plutôt de les combiner !