Combien d’arbres faudrait-il planter pour compenser la pollution d’une seule personne ?

Combien d’arbres faudrait-il planter pour compenser la pollution d’une seule personne ?

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Combien d’arbres devrait-on planter pour compenser nos émissions de CO2 ? Est-ce vraiment possible de compenser notre pollution en plantant des arbres ? Décryptage.

Le réchauffement climatique est un problème urgent. Ça, tout le monde le sait. Pourtant, il n’est pas toujours simple de savoir comment réduire nos émissions de CO2 pour lutter contre ce réchauffement qui nous menace. De nombreuses solutions sont proposées : moins prendre la voiture, manger moins de viande, passer aux énergies renouvelables… Et parmi les solutions souvent évoquées il y a la reforestation. L’idée ? Planter des arbres (qui stockent du carbone) pour compenser nos émissions de CO2. Ainsi par exemple, il y a quelques mois, l’Inde avait lancé une grande opération de reforestation et avait planté 66 millions d’arbres dans tout le pays.

Mais au fait, est-ce que tout ça est vraiment utile ? Est-ce que ça a vraiment un impact ? Pourrait-on par exemple décider chacun de planter des arbres pour compenser nos émissions ? Et combien d’arbres devrait-on alors planter pour compenser nos émissions de CO2 ? Faisons le calcul.

Combien de carbone est stocké dans un arbre ?

foret fantomeC’est vrai, les arbres (et les végétaux en général) stockent du CO2. En effet, ils ont besoin de carbone pour grandir, et ils le prennent dans l’atmosphère en absorbant du CO2. Mais le CO2 stocké dans un arbre dépend de nombreux facteurs : l’espèce de l’arbre, son âge, sa taille, notamment. Toutefois, il existe des méthodes de calcul pour connaître approximativement le CO2 stocké dans un arbre donné. Pour cela, il faut connaître la masse “sèche” de l’arbre (c’est-à-dire la masse de bois moins la masse d’eau contenue dans le bois, soit environ 35%), sachant que 20% de cette masse est constituée par les racines. Ensuite, on sait que grosso modo, 50% de la masse sèche d’un arbre est constituée de carbone. Enfin, sachant que l’arbre doit absorber 3.67 g de CO2 pour produire 1 g de carbone, on peut obtenir relativement facilement un ordre de grandeur du CO2 absorbé par un arbre.

Ainsi, par exemple, un eucalyptus de 12-15 ans (8 mètre de haut, 40 cm de diamètre) pèse environ 700 kg (soit 840 kg en comptant les racines). 65% de cette masse est sèche, soit environ 550 kg. La moitié est constituée de carbone soit 225 kg. Pour obtenir cette masse, l’arbre a du stocké tout au long de sa vie environ 800 kg de CO2. Cela veut dire que chaque année de sa vie il aura stocké environ 50-60 kg de CO2.

Bien sûr, ce calcul est approximatif et ne vaut pas pour tous les arbres de la même façon. Ainsi, plus un arbre est ancien, plus il stocke de CO2, plus il grandit rapidement, plus il stocke de CO2 rapidement. En moyenne, la plupart des estimations considèrent qu’un arbre nouvellement planté stocke entre 10 et 50 kg de CO2 par an (avec une moyenne de 20-30 kg par an pour la plupart des arbres communs).

Combien faudrait-il planter d’arbres pour compenser notre empreinte carbone ?

Sachant cela, il est facile d’estimer le nombre d’arbres que nous devrions planter pour compenser la pollution que nous générons. Les estimations les plus récentes considèrent que chaque année un français émet entre 10.6 et 12.8 tonnes de CO2. Si l’on considère qu’un arbre stocke 35 kg de CO2 par an (ce qui est une fourchette plutôt élevée), alors pour compenser la pollution annuelle d’un seul français, il faudrait planter près de 360 arbres. Autrement dit, chaque jour, un français émet environ autant de CO2 que ce qu’un arbre stocke en un an.

Si l’on voulait compenser l’empreinte carbone de tous les français, il faudrait donc planter plus de 24 milliards d’arbres. Difficile d’évaluer ce que cela représente… Pour donner un chiffre plus parlant, cela représente environ 0.3 hectares (3000 m2) de forêt dense (aussi dense que la forêt des Landes) à planter par personne. Pour toute la France, il faudrait planter 24 millions d’hectares (240 milliards de m2) d’arbres. Encore du mal à visualiser ? Cela équivaudrait à recouvrir 38% de la surface de la France avec des arbres, soit l’équivalent d’un bon tiers Ouest du pays, comprenant la Nouvelle Aquitaine, la région Pays de Loire, la Bretagne, la Normandie et l’Île de France. Oui, c’est beaucoup.

Or aujourd’hui, la France est recouverte d’environ 28% de forêts. C’est déjà beaucoup (plus que beaucoup de pays) mais encore très insuffisant pour compenser toute la pollution que nous générons. Pour être neutre en carbone il faudrait augmenter notre surface forestière d’environ 35% ce qui est gigantesque. Et encore, cette approximation ne prend pas en compte bon nombre de facteurs comme la pollution générée par de tels travaux de plantation, le problème de compétition dans l’usage des terres, ou l’impact sur la biodiversité d’un plantage massif d’arbres sur de grandes surfaces.

La solution : prévenir plutôt que guérir ?

Ce que ces chiffres montrent, c’est qu’il est bien plus complexe que l’on ne le croit de lutter contre le réchauffement climatique. Même en recouvrant entièrement les 9 millions de km2 du Sahara avec plus de 1000 arbres à l’hectare, on parviendrait à peine à compenser les 30 milliards de tonnes de CO2 que nous émettons en trop chaque année.

Alors si la plantation d’arbres et le reboisement peuvent indéniablement faire partie des solutions de lutte contre le changement climatique, jamais de telles actions ne sauraient suffire à régler le problème. Ces solutions s’inscrivent dans une logique de compensation, de réparation là où il faudrait probablement s’inscrire dans une logique de prévention. Plutôt que de chercher à compenser les dégâts que nous causons, ne ferions-nous pas mieux de travailler à réduire ces dégâts ?

  • Francis Busigny

    Patrick et Brigitte Baronnet ont pu diviser par 10 leur consommation d’électricité, ce qui leur a permis de se déconnecter d’EDF tout gardant le confort de vie moderne grâce à quelques panneaux photovoltaïques, une petite éolienne et quelques batteries de stockage dans leur Maison autonome à Moisdon-la-Rivière (Loire Atlantique)