Avoir un jardin, c’est mauvais pour l’environnement… Sauf si…

Avoir un jardin, c’est mauvais pour l’environnement… Sauf si…

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Vous pensez qu’avoir un jardin est LE truc écolo par excellence ? Think again ! Le jardin, c’est tout sauf écologique… Mais il y a des moyens d’atténuer ça. Explications.

Pour beaucoup de citoyens à l’esprit écolo, le comble du “green” c’est d’avoir un jardin. Sur le papier c’est logique : si l’on a un jardin, on cultive des plantes qui capture le CO2, on préserve la planète, on cultive ses légumes et donc on évite la production agro-industrielle, on donne à manger aux oiseaux et aux hérissons… Bref, avoir un jardin serait LE geste écolo par excellence, le geste des amoureux de la nature. Le problème, c’est que tout cela est en partie un mythe.

Oui, ça semble difficile à comprendre… Pourtant, si l’on réfléchit, c’est logique. Pour mieux comprendre, voyons en quoi avoir un jardin n’est pas vraiment écolo… et surtout comment rendre votre jardin moins nocif pour la planète.

Ecologie : le jardin, coupable de l’urbanisation de masse

biodiversite disparition consequencesTout le monde veut un jardin. Pour avoir des espaces verts, pouvoir se détendre sur sa chaise longue au soleil, pour que les enfants puissent jouer, pour pouvoir pratiquer le jardinage de loisir, pour avoir un chien, ou une piscine… Chacun a ses raisons de vouloir un jardin (grand, si possible). Et puisque tout le monde veut un jardin… il faut en construire ! C’est en grande partie parce que la demande de maisons individuelles équipées de jardins a augmenté depuis un siècle que les sociétés humaines ont du s’étendre et s’urbaniser. Le jardin est donc en grande partie responsable de l’urbanisation de masse, et particulièrement de la périurbanisation.

Résultat, pour satisfaire les envies des consommateurs en jardins, on construit des banlieues de plus en plus éloignées des centre-villes, on construit des routes pour accéder à ces zones, on bétonne, on artificialise les sols. Et tout ça, c’est très mauvais pour l’environnement car cela détruit des zones naturelles (on dit que cela augmente l’anthropisation du milieu naturel) et cela pollue beaucoup. Si on voulait limiter notre empreinte écologique, l’une des premières choses à faire serait d’arrêter d’occuper autant d’espace et d’empiéter autant sur les milieux naturels. Autrement dit, il faudrait se rassembler dans des zones plus denses… Donc sans jardins !

La densité d’habitants en centre ville est de 10 000 à 20 000 habitants au km2 . En banlieue ou dans les zones pavillonnaires (là où vous trouvez des jardins) elle est de 1000 à 3000 habitants au km2. Cela signifie que pour loger 100 000 habitants en centre ville, il faut 6 à 10 fois moins d’espace que pour loger 100 000 habitants en zone pavillonnaire avec chacun leur jardin. Cela peut sembler évident, mais en termes écologiques, cela a son importance puisque plus on détruit d’habitats naturels, plus on contribue à détruire la biodiversité. Mais ce n’est pas tout ! En augmentant la surface nécessaire pour loger notre population, nous augmentons aussi nos besoins en transports ! Et oui, plus on s’éloigne, plus on s’étend, plus il faut se déplacer pour travailler et faire sa vie. La périurbanisation augmente donc nos émissions de CO2, la pollution de l’air et le réchauffement climatique.

Plus nous voulons de jardins, plus nous voulons de grands jardins, de grands espaces, plus nous sommes responsables de cette périurbanisation et de l’augmentation des besoins en transport.

Le jardinage moderne est-il anti-écologique ?

jardinage ecologiqueEnsuite, le jardinage, en lui même n’est pas très écologique. En fait, la chose la plus écologique que l’on peut faire vis-à-vis de la nature, c’est de la laisser tranquille. Or jardiner, c’est précisément l’art d’organiser la nature : on met du gazon, on arrose, on tond, on coupe et on arrache les mauvaises herbes, on plante… Et tout cela n’est pas nécessairement bon du point de vue de l’écosystème. En effet, plusieurs études menées par un consortium de recherche sur la biodiversité dans les jardins montre que plus l’on “jardine”, plus la biodiversité du milieu tend à décliner.

Par exemple, tondre trop régulièrement sa pelouse, arracher les mauvaises herbes, tailler les arbres ou les haies sont des perturbations des milieux naturels qui constituent l’habitat de dizaines d’espèces sauvages (insectes, petits animaux, oiseaux …). Faire une allée dans son jardin, placer des pavés japonais, des caillebotis, ou toute autre surface “dure” est une autre façon d’artificialiser le sol, ce qui réduit la population d’insectes ou de petits rongeurs. Idem pour les piscines et autres infrastructures.

Sans compter que la plupart des jardins ne sont pas du tout adaptés à leur milieu sur le plan écologique. Beaucoup de jardiniers tentent de faire pousser un beau gazon bien régulier dans leur jardin par exemple. Or cet environnement est complètement artificiel sur la plupart des sols et sous la plupart des climats. Il ne favorise donc aucune biodiversité locale, et surtout il demande énormément d’eau et d’entretien pour un résultat écologique nul au mieux, négatif au pire. Et bien entendu, c’est encore pire quand il s’agit de gazon artificiel. Sans compter que du point de vue de la biodiversité, il est souvent plus intéressant de laisser la nature faire son oeuvre que de planter des espèces qui n’ont pas forcément leur place dans l’écosystème.

Enfin, de nombreuses pratiques de jardinage répandues sont en fait peu écologiques : le paillis peut-être nocif pour la qualité des sols ou la biodiversité s’il est mal fait, le compost émet énormément de méthane s’il est mal préparé, l’utilisation du marc de café pour nourrir les plantes serait en fait un mythe… Même faire pousser ses propres légumes n’est pas toujours une bonne idée : il faut choisir des légumes endémiques, et savoir s’en occuper correctement, sans pertes. La plupart des jardins sont moins productif qu’une petite ferme et gaspillent donc plus de terrain. Au final, on voit donc qu’avoir un jardin et avoir la main verte est rarement synonyme d’écologie.

Comment jardiner de façon écologique ?

Mais alors, comment avoir un jardin qui respecte la biodiversité et l’environnement ? Honnêtement, ce n’est pas facile car on ne pourra jamais compenser le fait d’occuper une surface naturelle plus importante que si on n’avait pas de jardin. Mais voici néanmoins quelques conseils pour au moins rendre votre jardin plus écolo et plus favorable à la biodiversité :

  • Préférez les jardins partagés / communautaires. Cela évite de devoir encore augmenter la périurbanisation et donc la destruction de terres sauvages ou arables qui sont écologiquement utiles. Bien sûr, ce n’est pas aussi glamour que d’avoir son propre jardin individuel, mais au moins, c’est responsable du point de vue environnemental.
  • Si vous avez absolument envie d’un jardin individuel, respectez ces quelques principes :
    • Pas de gazon artificiel, évitez les terrasses en dur et autres allées qui artificialisent les sols. Surtout pas de piscine (ou alors considérez les piscines naturelles).
    • Apprenez à connaître votre sol et votre climat pour y planter des espèces adaptées.
    • Faites en le moins possible : laissez pousser, laissez les feuilles mortes, laissez l’herbe et les mauvaises herbes pousser.
    • Privilégiez les arbres et les grands bosquets de plantes denses et touffus : ils sont un refuge pour la biodiversité. Évitez les grandes zones d’herbe vides qui sont complètement inutiles du point de vue écologique.
    • Installez un point d’eau si possible, comme un petit étang. Mais attention, évitez d’y mettre des poissons. Laissez la biodiversité naturelle s’y développer : insectes, amphibiens etc…
    • Évitez les produits industriels, des pesticides en passant par les herbicides et même les composts comme la tourbe. Privilégiez les méthodes de régulation naturelles (insectes, plantes endémiques…).
    • Apprenez vraiment à faire un jardinage efficace et de qualité (y compris pour votre potager !)

 

En respectant ces quelques conseils, il est possible de réduire l’impact écologique de son jardin. Mais il faut bien garder à l’esprit qu’avoir un jardin, c’est rarement le choix le plus écolo que vous pouvez faire !

  • Sébastien

    La première partie parle surtout de jardin, pas de potager, ce qui n’est pas pareil. Un potager de 10m2 produit déjà beaucoup.
    Vous oubliez qu’avoir son propre potager, c’est aussi la possibilité (qui n’est pas offerte à tous selon où l’on habite) de manger bio, de saison, d’utiliser des semences paysannes, etc. Cet article ferait presque l’éloge des fruits et légumes hybrides achetés dans la distribution classique… Et vous ne parlez pas de permaculture (même si la fin de l’article y ressemble), qui permet de jardiner à moindre impact. Vous pensez vraiment que la terre serait plus polluée si tout le monde avait son propre potager?

  • François MANGIN

    Encore un bon article sur le fond qui incite à prendre du recul pour voir un peu mieux la perspective d’ensemble.
    Le survol de n’importe quelle banlieue pavillonnaire, où que ce soit dans le monde, comme la vision désolante de la façon dont les petits pavillons et leurs petites pelouses remplacent champs et prairies dans les villages, et dès qu’on est sur un terrain en pente nécessitent de gros travaux contre le ruissellement confirment l’accusation. Et ne parlons pas du cycle continu engrais+arrosage – tonte par tracteur à moteur thermique – ramassage de déchets verts par des camions pour faire du mauvais compost industriel… au bilan environnemental pas bien brillant.
    Pour autant, le jardin est il la seule cause de l’extension continue de l’habitat pavillonnaire? Cela reste à approfondir. C’est en cela que le titre et le contenu de l’article restent réducteurs. Peut-on dénier aux habitants des villes vivant dans de petits appartements, dans des immeubles collectifs et dans des environnements très artificiels l’aspiration à un peu plus de verdure? Un enjeu majeur serait de bien comprendre les besoins que remplit la maison individuelle et de voir comment un habitat plus collectif et donc dense et en hauteur pourrait répondre à ces besoins.
    D’autre part les mauvaises pratiques mentionnées dans l’article ne concernent pas que les jardins privés, mais plutôt la gestion des espaces verts. Combien d’entreprises, de collectivités, de zones d’activités, de copropriétés ne rechignent pas à abandonner la pelouse régulièrement tondue pour rendre de grandes surfaces à un développement un peu plus naturel et qui réclamera moins de passage de matériel à moteur?
    L’article mêle ainsi deux sujets distincts, urbanisme et pratiques de gestion d’espaces verts, et fait au passage une victime collatérale, le potager domestique, qui peut prendre des formes variées: par exemple les anciens jardins ouvriers ou communaux que mentionne l’article.

  • François MANGIN

    Si le potager est associé à la construction d’un pavillon, et que pour cela chaque citadin passe à un habitat pavillonnaire, restera-t-il beaucoup d’espace non artificialisé?

  • elvire

    Je pense que tu n’as pas tout à fait compris le message de cet article. En fait, oui… si tout le monde avait sont propre jardin, la Terre serait probablement un peu moins en santé. Parce que pour se faire un jardin il faut 1) un terrain (la plupart du temps une cours d’une maison unifamiliale) 2) détruire la végétation et donc l’environnement existant naturel pour le remplacer par un jardin.
    Cela signifie que l’étalement urbain serait amplifié si tout le monde sur Terre se faisait un jardin et que la biodiversité de la planète serait grandement diminuée à cause du manque de biodiversité dans un jardin.

  • Sébastien

    Alors c’est peut-être le titre qui me dérange le plus… Si on préfère avoir des grands champs en monoculture arrosés de pesticide (modèle prédominant actuel), alors oui ne faisons pas notre potager et allons chez Carrefour acheter des fruits et légumes espagnols;
    Et en regardant les 3 sources mentionnées pour les mauvaises pratiques, on se rend compte que l’auteur fait encore un raccourci qui l’arrange.
    C’est aussi un article précédent sur le fait que manger de la viande n’est finalement pas si anti-écologique qui fait que je m’étonne de ce genre d’articles.
    Mais je comprends bien le problème d’artificialisation et je suis d’accord.

  • Clément Fournier

    De mon côté il me semble que c’est vous qui faites des raccourcis qui vous arrangent.

    Je n’ai jamais mis sur un pied de comparaison les grands champs en monoculture arrosés de pesticide et le petit jardin d’un particulier avec son beau gazon. Ca serait un non sens. D’une part parce qu’en général les jardins particuliers et les champs de monoculture n’occupent pas les mêmes terrains, et d’autre part parce qu’ils n’ont pas du tout les mêmes fonctions. Mais accordons nous sur une chose : en termes de biodiversité et de respect de l’écosystème, un jardin particulier sera toujours meilleur toutes choses égales par ailleurs à un champ de monoculture agro-industrielle.

    Mais le sujet n’est pas là, puisque comme je viens de le dire, l’existence des jardins n’empêche en rien la monoculture. Le jardin empiète sur des terres qui pourraient être simplement laissées en friche ou laissées à la nature, c’est en cela qu’il a un impact négatif sur l’environnement. Et ce n’est pas parce que certains terrains sont pires (les champs de monoculture, les autoroutes, ou les parking) que cette réalité cesse d’exister. Toutes choses égales par ailleurs, il vaut mieux ne rien construire que de construire un jardin.

    Sur les pratiques jardinières, le fait est que de nombreuses pratiques de jardiniers amateurs sont nocives pour l’environnement, que ça soit l’arrosage trop fréquent, la tonte trop fréquente, l’utilisation de certains produits ou de certaines techniques qui, mal maîtrisées, sont plus nocives que bénéfiques. Ce sont des constats de fait. Ca ne veut pas dire qu’il soit impossible d’avoir un jardin ayant un impact limité sur l’environnement, au contraire.

    Quant à l’article sur la viande, je ne sais pas duquel il s’agit mais encore une fois, manger de la viande EN SOIT n’est pas écologique ou anti écologique. Manger de la viande issue de l’agriculture agro-industrielle est anti-écologique. Manger avec parcimonie de la viande issue de pratiques agro-pastorales voire de permaculture peut au contraire être très écologique. C’est une question de mode de production, pas une question de produit. Toutes choses égales par ailleurs, un avocat péruvien sera plus polluant qu’un magret de canard local issu de la chasse ou de l’agro-écologie.

  • Clément Fournier

    Bonjour,

    Dire que la ville est à l’origine de la banlieue est à mon avis un contre-sens. La ville est à l’origine de la ville et de rien d’autre. C’est le fait que les gens souhaitent quitter la ville qui est à l’origine de l’apparition des banlieues pavillonnaires. Or si les gens souhaitent quitter la ville, c’est essentiellement pour des considérations de confort (désir de plus d’espace, désir d’un jardin, désir de quitter les nuisances du centre ville), considérations qui sont liées à l’apparition d’une classe moyenne bourgeoise plus ou moins aisée. Ce n’est donc pas parce qu’il y a ville qu’il y a étalement urbain et banlieues mais surtout parce qu’il y a refus de la ville (de sa densité notamment).

    Dit autrement, si tout le monde acceptait de vivre en ville, l’étalement urbain serait nettement inférieur et l’environnement toutes choses égales par ailleurs s’en porterait mieux. Il ne s’agit pas de dicter ce que vous devez faire, il s’agit simplement d’information. Le désir collectif de jardin fait peser une pression plus importante sur l’environnement, et on peut en être conscient et décider tout de même de vivre en banlieue pavillonnaire avec un jardin, avec sa fosse sceptique, son gazon et sa balançoire. De la même façon, on peut être conscient que partir tous les ans en vacances à des milliers de km en avion est très nocif pour l’environnement, et le faire quand même.

    Il s’agit d’informer et de sensibiliser, après, libre à vous !

  • Clément Fournier

    Bonjour François !

    En effet on peut toujours creuser plus en profondeur la question des causes de la périurbanisation et de l’étalement urbain. Et je suis d’accord évidemment que le jardin n’est pas la seule cause de ce phénomène. Néanmoins, depuis plusieurs années les sondages montrent que la principale raison qui pousse les urbains centraux à quitter la ville pour la banlieue est le désir d’un jardin (par exemple, un sondage TNS de 2007 sur le sujet : http://www.tns-sofres.com/sites/default/files/150207_ville.pdf). Bien sûr il y a d’autres facteurs : refus de l’habitat collectif, considérations de confort, etc …
    (http://www.cdu.urbanisme.equipement.gouv.fr/IMG/pdf/Synthese_Etalement_Urbain2012.pdf).

    Sur le fond, il ne s’agit pas de dénier aux urbains l’aspiration à un peu de verdure. Mais le fait est que si chacun de nous décidait d’habiter dans une maison individuelle avec un jardin de 600 m2, cela aurait des conséquences dommageables sur l’environnement, la qualité des sols, la biodiversité etc… C’est donc un modèle urbain insoutenable au sens propre, qui est susceptible à terme de remettre en cause notre capacité à répondre à nos vrais besoins fondamentaux (pas nos considérations de confort). Il y a donc une réflexion à avoir sur ce sujet, réflexions qui sont déjà menées en ce moment par l’ADEME qui préconise l’habitat collectif de taille moyenne et les espaces verts communautaires et partagés comme manière de réduire l’étalement urbain et la pression écologique.

    Pour le reste je suis d’accord : ce qu’on peut reprocher aux jardins particuliers peut l’être aussi à la gestion des espaces verts… mais ce n’était pas mon sujet 🙂 ! Mais cela fera l’objet d’un article prochainement.