Crise de la biodiversité : il faut lutter contre la fragmentation des espaces naturels

par Clément Fournier Clément Fournier

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La fragmentation des espaces naturels serait une partie de la cause de la crise de la biodiversité. Une étude démontre en effet que lorsque l’on parvient à reconnecter les espaces naturels, la biodiversité augmente.

Avec l’étalement urbain, la construction de routes, d’infrastructures, de grillages ou encore de barrières, nous fragmentons constamment les espaces naturels. Non seulement non artificialisons certains espaces, mais en plus, nous contribuons à morceler ces espaces : les forêts sont coupées par les routes, les prairies sont morcelées par les infrastructures… En conséquence, les espèces naturelles (animaux ou plantes) ont du mal à se déplacer et cela affecte leurs capacités de survie.

Une étude vient de paraître à ce sujet et montre qu’en luttant contre la fragmentation des espaces naturels, on peut restaurer une partie de la biodiversité. Explications.

Les espaces morcelés participent à la crise de la biodiversité

Pendant près de 20 ans, des scientifiques ont ainsi étudié l’effet des corridors écologiques (des zones permettant de passer d’un milieu à l’autre) sur la densité et la répartition de la biodiversité au sein d’un milieu spécialement conçu en Californie du Sud. Ils ont mis en place 2 types de milieux : l’un isolé et l’autre connecté à d’autres milieux similaires par des corridors écologiques. Au sein de ces milieux, ils ont ensuite étudié l’évolution de 240 espèces de plantes en regardant notamment leurs taux d’extinction et de diffusion.

Les résultats sont particulièrement intéressants : le taux de diffusion annuel (taux de colonisation) des plantes étudiées augmente de 5% dans des milieux connectés. Les taux d’extinction annuels sont aussi 2% moins élevés que dans les milieux isolés. Sur la période étudiée (près de 20 ans) les espaces « connectés » présentaient 14% d’espèces en plus par rapport aux espaces isolés.

En résumé, lorsque des milieux naturels sont coupés du reste de l’écosystème (par exemple lorsqu’ils sont entourés de routes ou d’infrastructures humains qui empêchent les déplacements), la biodiversité diminue plus rapidement que dans les écosystèmes ouverts et connectés. C’est logique : dans les milieux ouverts les animaux se déplacent, emmènent avec eux des pollens de plantes, des graines et contribuent à la diffusion d’espèces vivantes. Il y a aussi moins de compétition sur les ressources ce qui permet à plus d’individus et d’espèces différentes de survivre.

Lutter contre le morcellement des paysages pour préserver la biodiversité

Ces conclusions appellent à lutter contre la fragmentation écologique si l’on veut préserver la biodiversité. Il faut trouver des manières de limiter notre empreinte sur les milieux, notamment en construisant des corridors écologiques permettant à la biodiversité de franchir nos infrastructures (routes, autoroutes…). Ce type de dispositifs est déjà employé par endroits, c’est notamment le cas de ce que l’on appelle les trames vertes et bleues ou encore des écoponts et écoducs qui permettent à la faune sauvage de traverser les autoroutes.

Mais ce type de structures est encore trop peu systématisé et surtout, l’expansion urbaine, la multiplication des maisons individuelles avec jardins, la multiplication des infrastructures (production d’énergie, transport…) tend à augmenter la fragmentation des écosystèmes. Pour lutter contre la crise de la biodiversité, il faut donc prévenir ces phénomènes autant que possible et tenter de les limiter.

Difficile dans un contexte où la demande de développement territorial va exactement dans le sens inverse.

Crédit image : fragmentation paysages Shutterstock