Consommer des produits écolo, ça sert à rien… Mais tout n’est pas perdu

Consommer des produits écolo, ça sert à rien… Mais tout n’est pas perdu

Lisibilité

A A A

Vous êtes écolo et vous consommez des produits écologiques ? C’est bien, mais ce n’est peut-être pas si utile que ça finalement. Décryptage.

Aujourd’hui de plus en plus d’individus se disent « écolo ». Vous en connaissez forcément, et vous en faites peut-être même partie vous-même. Ce sont ces personnes qui transforment progressivement leurs habitudes de consommation dans le but d’être plus respectueux de leur environnement. Ils achètent bio, sans emballage, sans additif, biodégradable… Ils dépensent du temps, de l’argent et de l’énergie pour trouver les produits les plus écolo : la dernière gourde en plastique recyclé, le téléphone éthique à base de matériaux sourcés, le producteur le plus bio, le plus local… Ils contraignent leur vie quotidienne pour trier parfaitement leurs déchets, pour recycler, amener leurs vieux appareils électroménagers dans des centres spécialisés.

Mais tout cela est-il vraiment utile ? Concrètement, est-ce que ça sert vraiment à quelque chose du point de vue environnemental ?

La théorie du colibri et la consommation responsable

colibri consommation responsableChanger ses habitudes de consommation pour limiter son impact sur l’environnement ? Voilà une idée très répandue chez les écologiste. Elle est fondée sur une théorie très connue qu’on appelle « la Part du Colibri », d’après le titre d’un livre de Pierre Rabhi (intellectuel engagé dans les sujets d’écologie et d’agronomie notamment). Cette idée est simple : si chaque individu faisait un petit geste pour la planète, au final, cela aurait de grandes conséquences positives.

Sur la base de cette idée, on a développé des conseils simples pour « faire notre part du mouvement écologique » : éteindre les lumières en sortant d’une pièce, recycler, manger moins de viande, faire attention à ses déchets… Derrière cette notion il y a aussi l’idée que chaque geste, chaque action, chaque acte d’achat est au fond un acte moral, avec des conséquences sur notre écosystème. Et de plus en plus d’individus, des consommacteurs se lancent dans une telle démarche dans le but de réduire leur empreinte environnementale et in fine, améliorer l’impact sur l’environnement de notre société.

Le problème c’est que dans la réalité, les choses ne se passent pas vraiment comme ça.

L’écart comportement – impact : pourquoi mieux consommer n’a pas d’impact sur l’environnement

consommateur-alternatif-refus-consommation-de-masseEn effet, une étude menée en 2012 montre que lorsque l’on compare des individus ayant adopté des habitudes de consommation écolo avec des individus n’ayant aucune connaissance et aucune habitude en matière d’écologie, on ne trouve pas de différence statistiquement significative entre l’empreinte carbone des uns et des autres. Autrement dit, en moyenne les consommateurs les plus « écolos » dans leur vie quotidienne n’ont pas un meilleur impact sur l’environnement que ceux qui ne le sont pas.

Mais comment cela est-il possible ? Si dans ma vie quotidienne je fais tout pour recycler, limiter mes déchets, mieux manger et mieux consommer, pourquoi mon impact environnemental n’est-il pas meilleur que la moyenne ? Plusieurs raisons peuvent expliquer ces résultats :

  • Des effets d’annulation. La mise en place de certains comportements « écolo » inclut souvent une part qui peut-être non écologique, et parfois cela finit par s’annuler. Ainsi, l’étude montre que lorsque des individus deviennent végan, leur empreinte carbone ne diminue pas forcément car ils ont tendance à reporter leur consommation de protéines sur des produits importés et / ou dont la production n’est pas nécessairement écologique. Par exemple, un régime vegan comporte beaucoup de pois chiches, dont 70% de la production est indienne, du soja ou ses dérivés, presque toujours importés (et impliqués dans la déforestation), ou de « superfoods » comme les graines de chia, dont la production est loin d’être écologique et dont l’importation contribue à alourdir le bilan environnemental. Un autre effet d’annulation peut-être lié au transport : si l’on décide d’acheter bio, ou sans emballage, cela implique souvent d’aller dans des épiceries spécialisées. Or si ces épiceries nécessitent de conduire plus longtemps en voiture pour y faire ses courses, il y a de fortes chances qu’au final, le bilan écologique soit nul (ou pire).
  • Des effets de mésinformation. Il s’agit là des comportements qui sont connus pour être écologiques alors que la réalité est plus complexe : résultat le consommateur ne sait parfois même pas que son comportement « écolo » ne l’est en fait pas tant que ça. Ainsi, de nombreux consommateurs écolo utilisent désormais des poêles à bois pour leur chauffage. L’idée est que se chauffer avec le bois (une énergie renouvelable) serait plus écologique que de se chauffer à l’électricité par exemple. Or selon le contexte, le chauffage au bois peut-être plus polluant que le chauffage électrique, notamment en France où l’empreinte carbone de l’électricité est faible. En effet, si le bois que vous utilisez a du être coupé par des machines, transporté et vendu sous emballage sous forme de buches, il y a fort à parier qu’au final son empreinte carbone soit plus élevée que celle de votre électricité à chaleur produite égale. De même, beaucoup de consommateurs voient la consommation de fruits et légumes frais comme un acte écologique. Or plusieurs études ont montré qu’en moyenne les consommateurs qui utilisent des légumes surgelés gaspillent 2 fois moins que ceux qui ne consomment que des légumes frais. Au final, leur empreinte carbone est donc plus faible bien que dans l’imaginaire collectif, les légumes surgelés ne renvoient pas une image écolo.
  • Des effets de paradoxes des modes de vie. Par exemple, beaucoup de consommateurs écolo partent vivre à la campagne car ils estiment qu’un mode de vie urbain ne peut pas satisfaire des critères écologiques. Or dans la pratique, on constate que les urbains ont un impact écologique plus faible que les personnes qui habitent en campagne ou en périphérie des villes, pour plusieurs raisons (ils utilisent moins leur voiture, leur logement consomme moins d’énergie et de ressources notamment). En voulant être écolo en habitant à la campagne ces « écolos » finissent par être moins écolos que la moyenne des urbains. C’est aussi le cas des individus qui sont écolo toute l’année mais choisissent de partir en vacances en avion durant l’été par exemple. Ou de ces « amoureux de la nature » qui font énormément de loisirs en pleine nature (plongée sous marine, trekking, safaris photo, ski…) qui sont systématiquement non-écologiques.
  • Des effets de complaisance. Il s’agit de ces choix écologiques que l’on fait par « complaisance », ou parce qu’ils sont faciles à mettre en place. Par exemple, certains consommateurs vont se concentrer sur des gestes simples comme éteindre la lumière en sortant d’une pièce. Bien que cela soit utile, cela a un impact plus que marginal sur son empreinte environnementale. En revanche, lorsqu’il s’agit de choix bien plus efficaces sur le plan écologique, mais aussi plus difficiles à mettre en place (comme se forcer à moins prendre sa voiture), les consommateurs ont tendance à renoncer.
  • Les choix des consommateurs ont des effets non systémiques. C’est une critique que l’on peut opposer à toute consommation responsable : elle n’a pas d’effet sur le système tant qu’une masse critique suffisante de consommateurs n’est pas atteinte. Par exemple, consommer des produits « écolo » n’a pas d’impact significatif sur la pollution générée sur Terre puisque globalement, cela n’a pas d’impact sur la façon dont l’industrie produit. Tant que ces consommations restent des marchés de niche, cela n’a que peu d’effet sur l’environnement global.

On appelle tous ces effets les « écarts comportement – impact » (ou behaviour – impact gap). A cause d’eux, on constate que les consommateurs qui se disent écolo sont rarement réellement plus écolo que la moyenne (leur empreinte carbone ou environnementale n’est pas plus faible en général).

La consommation écolo est-elle vraiment utile ?

consommation-responsable-tendanceMais que conclure de tout ça ? Que consommer des produits écolo ne sert à rien ? Que mettre en place des gestes écolo ne sert à rien ? Pas vraiment. D’abord car il y a des gestes qui comptent vraiment : ceux qui ont un impact direct sur la pollution générée. Par exemple, chaque fois que vous décidez de ne pas prendre votre voiture, vous contribuez à réduire l’empreinte carbone globale puisque ce sont des émissions de CO2 qui ne sont pas créées (voir notre article : Les 5 gestes écolo les plus efficaces à mettre en place au quotidien). A l’inverse, lorsque vous décidez de ne pas manger de viande pour des convictions écologiques, cela ne change rien à la pollution mondiale puisque ce steak, que vous le mangiez ou non, a déjà contribué à la pollution.

Mais ce n’est pas pour ça que c’est inutile. En effet, en décidant de diminuer votre consommation de viande, en tant que consommateur, vous envoyez un signal aux marchés : le signal qu’il faut produire moins de viande. Et dans des cas comme celui-ci, si tout le monde s’y met de son côté, cela finira par influencer les acteurs de l’industrie, qui s’adapteront aux nouvelles exigences des consommateurs. Dans ce cas, la « part du colibri » fonctionne. Le problème, c’est que ce processus est lent, et il est complexe car il implique de lutter contre des référents culturels qui sont durement ancrés en nous. Ainsi, si on voit qu’en France la consommation de viande diminue, cela se fait tout doucement, trop lentement pour que cela ait un impact sur les problèmes comme le réchauffement climatique. C’est la même chose pour la consommation de produits dits « écolo » ou pour la consommation de produits issus de l’agriculture biologique.

Enfin, il faut préciser qu’il est toujours possible d’adopter un mode de vie réellement écolo. Il suffit pour cela d’être cohérent, de se renseigner, et de s’impliquer à fond dans sa démarche. Le problème, c’est que cela reste très compliqué car il y a des dilemmes difficiles à résoudre : vaut-il mieux conduire 3 km de plus pour aller à son épicerie bio ou consommer des produits industriels que l’on achète en bas de chez soi ? Vaut-il mieux consommer des produits locaux, ou des produits importés car ils poussent mieux à l’étranger ? Ce sont des questions auxquelles il n’y a pas de réponse simple. Et puis surtout, être un consommateur responsable demande du temps, de l’argent, de l’énergie : les produits bio, écolo ou made in France sont plus chers, plus difficiles à trouver… Au final, si l’on veut être investi à 100%, cela demande une énergie très importante. Et cette démarche fonctionne sur le principe des rendements décroissants : au-delà des grands gestes (ne plus prendre sa voiture, rénover son logement, faire moins d’enfants), tout investissement supplémentaire a des effets limités sur l’environnement par rapport à l’effort personnel que cela demande.

Au delà de la consommation environnementale, l’activisme politique

Et s’il était possible que les consommateurs responsables puissent utiliser cette énergie, ce temps et cet argent autrement, pour avoir vraiment un impact sur l’environnement global ?

C’est peut-être possible grâce à l’activisme politique. Imaginez : on estime qu’en 2017, le marché des produits d’entretien écologiques va atteindre 9.4 milliards de dollars globalement. Et si tout cet argent était utilisé pour faire du lobbying auprès des institutions politiques (européennes par exemple) dans le but de bannir les produits chimiques nocifs pour l’environnement et la santé ? Cela aurait bien plus d’impact.

Et si, plutôt que de dépenser son énergie à chercher des aliments dans des fermes locales et respectueuses de l’environnement, on employait cette énergie à faire du militantisme politique local afin d’inciter nos représentants politiques à favoriser ce type d’agriculture au niveau national ou local ? Et si plutôt que dépenser des fortunes dans des produits écologiques, on soutenait financièrement des associations ou des mouvements politiques qui portent l’écologie sur le devant de la scène politique et médiatique ? Et si les 9 % de français qui déclarent consommer des aliments biologiques tous les jours votaient vraiment pour les représentants politiques qui soutiennent l’agriculture biologique ? Et si les consommateurs éclairés finançaient les médias qui diffusent l’information sur l’environnement et l’écologie pour que tout le monde soit sensibilisé ?

Toutes ces actions permettraient de faire de l’écologie une question politique centrale, prise en charge par les gouvernements, plutôt qu’un marché de niche réservé à des consommateurs avertis. Cela permettrait de changer durablement les marchés, les structures sociales, les conditions de production, et notre vision de la consommation, plutôt que de se contenter de quelques consommateurs modèles vivant à contre courant des marchés. Au final, cela aurait plus d’impact que de consommer des produits écologiques, de façon isolée, car cela affecterait tout le monde.

Alors, si on passait de la simple consommation responsable à l’activisme responsable ?

Sources :

  • François MANGIN

    C’est une vraie bonne question, dommage que le titre soit aussi réducteur dans sa volonté d’être accrocheur… D’une part il n’y a pas que l’écologie dans les motivations d’un achat plus responsable: le bio est plus intensif en main d’œuvre, et si on l’achète local et en saison, c’est de l’emploi de proximité. Idem pour les produits qui sont insérés dans les boucles de l’économie circulaire: la réparation c’est de l’emploi local! Pour être un consommateur responsable, on a moins besoin de temps ou d’argent que d’avoir un cerveau en état de marche et un peu entraîné…

    La vraie bonne question est celle de l’impact que peut avoir le consommateur citoyen. Et là, c’est vrai que le bio, l’éthique, le local ce sont des niches… et que lorsque ces niches croissent, elles butent rapidement sur les enjeux et compromissions de la consommation de masse, surtout en France avec une distribution de masse archi-dominante qui impose ses exigences de volume et applique peu ou prou des prix d’appel… D’où le bio importé des pays à faible coût de main d’œuvre, parfois à forte proportion de travailleurs clandestins, et l’hérésie des tomates bio en hiver!

    Donc effectivement, on peut penser que l’activisme de consommateurs, accompagnés par des organisations comme l’excellent Foodwatch, qui interpellent les entreprises sur leur offre de base; l’industriel en gros volume pas cher, vendu à grands coups de marketing trompeur, auront plus d’impact sur l’amélioration générale de la qualité et de l’honnêteté de l’offre des entreprises que les clients peu nombreux des petites niches responsables.

    Après tout, est-ce que sur les tampons Tampax, le but à atteindre c’est une petite série bio ou une offre de base sans produits toxiques? Donc oui, les choses bougeront plus vite par la mise en cause publique et factuelle de l’offre de base que par le développement de marchés de niche. Et pour cela, il ne faut pas se contenter de passer au rayon bio ou éthique de son hypermarché, il faut se bouger!

    • Clément Fournier

      Merci de votre retour !

      En effet, il s’agissait ici d’examiner surtout la consommation écolo, mais par extension la question vaut pour toutes formes de consommation responsables. Et je vous suis sur tout le reste de l’argumentaire !

  • Stéphane

    Là je suis très gêné pour le « journaliste » qui a reprit cette très mauvaise étude… c’est dommage d’habitude j’aime plutôt bien vos articles. Avec un tout petit peu d’analyse critique, on voit nettement que les arguments sont biaisés et présentés de façon spécieuse. L’article confond quand ça l’arrange les impacts environnementaux et les impacts carbone :

    – Effets d’annulation : les végans polluent parce qu’ils achètent des produits importés
    Wahou !! alors, agir pour l’environnement c’est forcément être végan ? et un vegan ne peut pas consommer localement ??

    Les personnes qui agissent pour la préservation de l’environnement ont pour la grande majorité une approche globale, d’où l’intérêt des ACV

    – Effets de mésinformation : l’écolo utilise un poil à bois (et donc contribue à la déforestation et à la pollution de l’air) au lieu d’un chauffage à l’électricité décarbonée française… Comparaison avec le nucléaire, passons rapidement sur l’impact environnemental de la gestion des déchets radioactifs. Ne faisons pas non plus de comparaison avec les bonnes chaufferies fioul qui hantent encore les vieilles bâtisses…

    Quant à l’exemple des fruits et légumes frais, ça ne constitue pas un acte écolo, c’est juste bon pour la santé… L’article ne parle pas du bio ou du non bio, même impact ?!

    En lisant l’article, les sodas et produits à base d’huile de palme semblent tellement plus écolo

    – Effets de paradoxe : alors là, c’est franchement ridicule

    Le bobo écolo campagnard, stéréotype inventé de nul part, prend forcément l’avion pour partir en vacances sous les tropiques et aller massacrer les coraux à gros coup de palme.

    – Effets de complaisance : je cite : « éteindre la lumière en sortant d’une pièce, bien que cela soit utile, cela a un impact plus que marginal sur son empreinte environnementale » => c’est le principe même du colibri, des gestes simples…
    – Effets non systémiques : aucun impact tant qu’on n’a pas atteint la masse critique
    En quelques années le bio est passé de 1% de surface agricole à 6% de surface agricole, et avec 18% de croissance en 2016, ça continue de progresser, on ne pourra pas m’enlever de l’idée que les millions de tonnes de produits chimiques non utilisées et non déversées sur ces millions d’hectares n’ont pas participé à une nette amélioration
    En espérant voir des articles fondés sur des études plus sérieuses

    • Clément Fournier

      Bonjour et merci de votre retour.

      Point par point. L’article ne confond pas empreinte environnemental et empreinte carbone. L’empreinte carbone est une partie (qui plus est non négligeable) de l’empreinte environnementale d’un individu. Un individu qui ne diminue pas son empreinte carbone diminue rarement son empreinte environnementale puisque l’empreinte environnementale est systématiquement corrélée à l’empreinte carbone (par exemple, si l’on prend en compte l’empreinte environnementale des pesticides, il y a une part importante d’empreinte carbone qui va de pair avec l’empreinte sur la biodiversité, voir un exemple dans les ACV présents dans cette étude : http://www.nature.com/articles/ncomms6012).

      Effet d’annulation : il s’agit d’un effet constaté dans l’étude. Il ne s’agit nullement de dire que la seule manière d’agir pour l’environnement est de devenir végan (mais c’en est une) ni de dire que tous les vegans consomment ainsi, mais que cela arrive et que parfois cela finit par annuler le bénéfice environnemental de ne plus consommer de produits animaux. C’est d’autant plus vrai quand ces personnes consommaient déjà peu de viande à l’origine. C’est un effet constaté dans la pratique auprès des personnes interrogées par Mme Csutora dans son étude. Je n’invente rien. Visiblement, l’approche globale n’est pas si « globale » que ça pour certains.

      Effet de mésinformation : là encore il s’agit d’un constat factuel. Pour comprendre les impacts environnementaux des différents systèmes de production d’énergie et de chaleur (nucléaire, bois, charbon etc…) vous pouvez consulter cette revue d’ACV très complète qui explique que la génération de chaleur par bois a une très faible performance environnementale, y compris comparé au nucléaire (https://www.cambridge.org/core/journals/mrs-online-proceedings-library-archive/article/div-classtitlelca-based-evaluation-of-ecological-impacts-and-external-costs-of-current-and-new-electricity-and-heating-systemsdiv/5AC71C495A8BFC98E11EB690C277E3EB)

      Acheter des légumes frais peut-être considéré comme un acte écolo dans la mesure où il évite certains processus industriels (packaging, congélation, etc…) par rapport aux légumes congelés. Néanmoins, ce n’est vrai que lorsque la consommation de légumes frais n’implique pas de gaspillage. Encore une fois, c’est rarement le cas dans la pratique (même si c’est possible théoriquement).

      Concernant les sodas je ne répondrai pas car je n’en ai pas parlé dans l’article et je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

      L’effet de paradoxe : là encore c’est un constat. Beaucoup de personnes impliqués dans l’écologie décident de quitter les centres urbains pour adopter un mode de vie correspondant mieux à leurs convictions. C’est une partie de ce que les statistiques nomment les néo-ruraux. Pour le comprendre, vous pouvez lire cette étude sociologique sur les « motivations utopiques » des migrations néorurales (https://chrhc.revues.org/5597). Or dans les faits, habiter à la campagne alourdit l’empreinte carbone en moyenne (même s’il peut y avoir des exceptions). Concernant le fait de partir en voyage, c’est un fait constaté dans le bilan environnemental des français publié par l’ADEME et disponible sur notre site dans un article sur les 5 gestes pour être écolo au quotidien. Une part importante de l’impact environnemental des français tient à leurs loisirs (notamment les voyages en avion) et cela peut largement compenser les efforts menés au quotidien dans d’autres secteurs. Cela ne nécessite pas d’être ironique.

      Effet de complaisance : en effet c’est le principe du colibri. Et dans les faits, ça ne change pratiquement rien à votre empreinte carbone. Et même si tout le monde le faisait, ça ne changerait pas grand chose (l’éclairage dans son ensemble représente moins de 12% de la consommation électrique des ménages).

      Effets non systémiques : 5.7 % de SAU convertie au bio en 2017, contre 2% en 2007 en effet. Cela est loin de constituer une masse critique qui change les structures de production agricoles mondiales. C’est certes un bon début mais c’est tout. D’autre part, cette croissance est essentiellement une production bio industrielle, dont la vente en grande surface est l’un des leviers essentiels depuis plusieurs années (http://www.bioalaune.com/fr/actualite-bio/34736/bio-low-cost-face-cachee-du-bio-de-grande-surface).

      Certes, le bio est l’exemple par excellence d’une production de niche qui a su se généraliser, mais c’est encore loin de suffire pour permettre de réduire significativement l’impact environnemental de nos systèmes agricoles et c’est bien l’objet de cet article que de le faire comprendre.

      Cet article est provocateur et je comprends pourquoi il provoque cette réaction.Toutefois, il s’appuie sur des études mettent en valeur des faits et des données qu’il est important de garder à l’esprit quand l’on souhaite faire la transition vers un monde (et pas seulement vers une vie) plus écologique. Et contrairement à ce que vous avancez, ces études sont sérieuses, validées et diffusées par les plus grandes instances européennes. Mais si vous disposez de connaissances que j’ignore pour douter du sérieux de cette étude, j’aimerais que vous les partagiez avec moi pour que je puisse éventuellement l’indiquer dans l’article.

      Merci à vous et en espérant que vous continuerez à nous lire

      • Stéphane

        Merci pour votre réponse

        Un des problèmes de l’article (et de l’étude) c’est qu’on part de constats ponctuels et on en fait des généralités (ce qui ne me parait pas très scientifique comme approche) : oui, il peut arriver qu’un vegan achète ses graines en Amérique du Sud, mais la plupart des personnes engagées ont tout de même une approche beaucoup plus globale et achète local et de saison.

        Un autre problème, qui est une source majeure de réaction à votre article, c’est la définition même de ce que c’est qu’un écolo (première ligne de votre article : « Aujourd’hui de plus en plus d’individus se disent “écolo”. ») Personnellement j’ai une définition assez politique du terme; et bien que n’ayant pas de voiture, achetant bio, me fournissant en électricité renouvelable chez Enercoop et passant mes vacances dans nos belles montagnes françaises, je me considère comme très engagé, mais pas forcément écolo (je ne vote pas EELV par exemple… et je ne renierais jamais un bon steack…). Je trouve que l’étude fait beaucoup de raccourcis. Vous avez de toute évidence des connaissances poussées sur les données sociétales. Du coup ce qui est surprenant c’est votre réaction, certes 5,7% de bio ce n’est pas assez, mais des milliers d’hectares préservés d’intrants chimiques et 18% de croissance c’est énorme… certes le fait d’éteindre ses lumières ne représente que 12% de la consommation nationale, mais ça pourrait économiser le fonctionnement d’une ou deux tranches de nucléaires… donc on ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’impact
        Je n’ai pas connaissance d’études sur ce sujet spécifique. Pour avoir travaillé pendant 1 an dans une chaire doctorale de RSE, je me méfie grandement de certaines études (entre les biais méthodologiques fréquents, l’objectivité du chercheur qui n’est pas toujours à la hauteur, et les lobbys il y a beaucoup d’éléments qui entrent en jeu…). Par contre, je garde bien en tête que si je trouve une étude sur ce sujet en particulier, je ne manquerais pas de vous en faire part.

        • Clément Fournier

          Merci de votre réponse 🙂

          En fait, toutes les études scientifiques se basent sur des moyennes. Et dans la réalité, il y a toujours un écart à la moyenne. Cette étude n’est pas la première à montrer qu’adopter un comportement écolo n’est pas systématiquement synonyme de meilleur impact carbone (à cause des effets que je cite dans l’article).

          Bien sûr, cela ne veut pas dire qu’il est impossible d’être écolo dans la pratique et de réduire vraiment son empreinte carbone. Par exemple, un individu qui ne prend jamais sa voiture et ne voyage pas en avion, qui chauffe peu son logement et vit dans une petite surface sera presque à coup sûr très écolo avec un impact environnemental et une empreinte carbone faible.

          Mais en moyenne, les gestes écolo n’ont que peu d’impact sur notre empreinte environnementale car il y a trop de facteurs à prendre en compte et souvent des facteurs que l’on ne voit même pas en premier lieu. Et même en ayant une « approche globale » il est difficile d’échapper à ces biais. Par exemple, si l’on souhaite remplacer les produits laitiers comme le beurre (qui sont très polluants à cause de la nature même de l’élevage) on a des alternatives : margarine, beurre de coco, huiles végétales. Or lorsqu’on regarde les ACV de ces produits on s’aperçoit qu’ils ne sont pas nécessairement plus écolo qu’un beurre produit localement par une AMAP par exemple (le beurre de coco est importé par avion, et son rendement par kg de noix de coco est faible). Tout est question de comparaison. Idem pour les protéines végétales comme les lentilles qui sont bien souvent importées (95% de la production provient du sous continent indien ou du moyen orient et des amériques). D’autre part, même quand on achète local, on est jamais certain que ça soit plus écolo qu’un produit importé. Par exemple, on sait que les fraises produites et achetées localement en Angleterre sont moins écolo que celles produites et importées d’Espagne pour des raisons d’intrants et de qualité du sol et du climat. De même, est-on certain qu’un lait animal produit dans des conditions acceptables sur le plan environnemental soit forcément moins écolo qu’un lait de riz ou un lait d’amande provenant de produits importés et de productions industrielles ? Et pour le bio, on a des exemples concrets de produits non bio qui sont plus écologiques que des produits certifiés bio (notamment dans le vin, et nous avons relayé des études à ce sujet sur le site l’an dernier).

          Si l’on se penche sur les pratiques des gens dans la vraie vie, on se rend compte qu’en moyenne, pour la plupart d’entre eux (pas pour tous sans doute) certains de leurs gestes écolo sont compensés en négatif par des gestes qui le sont moins et c’est exactement le constat que fait l’étude de M. Csutora et d’autres études.

          Si l’on voulait avoir une approche globale de notre consommation, et être sûr d’être écolo en acte, il faudrait tout simplement conduire un ACV pour chacun de nos actes de consommation afin d’être sûr que notre choix est le bon. Or c’est tout bonnement impossible. Il ne s’agit pas ici de prendre la question personnellement : ce constat ne remet pas en cause votre engagement ou le mien par exemple. Simplement, il faut garder à l’esprit qu’aujourd’hui être 100% écolo et 100% cohérent dans notre démarche est pratiquement impossible, même si l’on met tout en oeuvre et que l’on essaye d’adopter une approche globale. Tout simplement parce que le système économique, culturel et social est conçu d’une manière qui rend difficiles les choix en matière d’écologie.

          Et c’est justement parce que ce système est complexe et qu’il nous bloque dans nos choix qu’une des pistes envisagées par les chercheurs dans ce domaine serait de faire changer le système grâce au militantisme politique, plutôt que par des actes de consommation qui, qu’on le veuille ou non restent des niches. 5.7% de SAU bio en France par exemple, ça reste une niche. Alors que si on mettait en commun nos efforts pour que l’UE impose des normes conservatrices en matière d’utilisation des pesticides dans l’agriculture, cela toucherait 100% de notre SAU, bio ou pas, et partout en Europe. De la même façon, il vaudrait mieux qu’il existe des normes en matière d’utilisation des produits chimiques dans la production des tampons, qu’un marché de tampons bio marginal représentant au mieux 10% de la consommation nationale (comme le dit François Mangin en dessous). Et surtout cela toucherait toute la population, y compris celle qui ne s’intéresse pas à l’écologie ou celle qui n’a pas les moyens d’acheter des produits bio / écolo.

          Bref, pour résumer : le constat se base sur une moyenne, bien sûr qu’il y a des exceptions possibles. Et même si le mode de vie d’un individu n’est au final en réalité pas si écolo qu’il ne croit, cela ne remet pas en cause son engagement, ce n’est pas une mise en cause personnelle. Il faut juste en être conscient et éventuellement militer par d’autres moyens que par l’achat (le vote, le militantisme, l’associatif). Et ça ne vous empêche pas non plus de continuer à faire ce que vous faites en conscience !

    • Sophie Schauber

      Merci Stéphane d’avoir déjà exprimé une partie de ce que j’avais à dire.

      Je tiens à ajouter, 1ère erreur : se baser sur une étude de 2012 pour faire un article en 2017 + une étude réalisée en Autriche : savez-vous si vous pouvez comparer ces données avec la France ?
      Depuis 5 ans, les pratiques ont évoluées, il y a plus de magasins bio, les producteurs vendent bien plus en direct (agriculteurs, produits laitiers…). On va vers une diminution des emballages également, des magasins sans emballages ont vu le jour.
      Des légumes surgelés moins pollueurs que des légumes frais ? Sérieusement ? Sérieusement ? (ou j’ai fait exprès de l’écrire deux fois). Donc pour infos : les légumes surgelés sont transportés jusque dans une usine, où il faut de l’énergie électrique pour les éplucher, les couper, … Ensuite ils sont mis dans un emballage, qu’il faut produire, et contient des encres ! Ensuite il est transporté dans des magasins dans toute la France. Et pour finir, si l’on veut aller jusqu’au bout, les légumes surgelés sont plus froids, et vont donc mettre plus de temps à cuire.
      Mais malgré tout, vous pensez que l’écolo qui va au marché ou qui achète directement au producteur local, va polluer tout autant car il peut parfois jeté des légumes passés. Mais l’écolo, il les jète dans son composteur, qu’il utilise ensuite comme engrais dans son jardin. Oui car les légumes peuvent aussi provenir de son jardin…

      Bref, quand on maîtrise pas un sujet, mieux vaut ne pas faire un article dessus…

      Je pourrai ajouter d’autre contre-arguments pour d’autres choses de votre article, mais cela me prendrait la soirée…

      Et dernier point, l’impact carbone, je m’en fout car mon problème n’est pas le réchauffement climatique : le réchauffement climatique peut être un problème pour l’homme, mais la nature survivra toujours. Mon problème c’est la pollution, respirer des particules, respirer et manger des pesticides, … et éviter de détruire la planète !

      • Clément Fournier

        Bonjour,

        L’étude a été faite en 2012 effectivement, mais pas en Autriche contrairement à ce que vous affirmez. Elle a été faite par une chercheuse Hongroise dans un département de l’Université de Budapest financé par l’Europe sur la question de la consommation responsable. L’échantillon utilisé dans l’étude est basé sur l’analyse de 295 études internationales. Si cela ne vous convainc toujours pas, une autre équipe de chercheurs a étudié la question sur l’ensemble des pays européens en 2016 et obtient les mêmes conclusions (http://ageconsearch.umn.edu/bitstream/206233/2/16-Terlau%20Hirsch.pdf). Ils semblent maîtriser leur sujet.

        Pour les légumes congelés, je n’invente rien encore une fois. Plusieurs études ont démontré qu’in fine, les légumes surgelés pouvaient avoir un meilleur impact environnemental que les légumes frais notamment pour les légumes très périssables qui subissent des gaspillages importants lorsqu’ils sont achetés frais. Vous n’êtes pas sans savoir que plus de 83% de l’impact environnemental d’un aliment se situe sur sa phase de production (de la plantation jusqu’à la récolte). Les processus industriels qui suivent (transport, transformation, packaging) représentent moins de 17%, et le packaging seul moins de 5%. Il est donc logique qu’un légume gaspillé soit plus polluant qu’un légume emballé sur le plan de son ACV. (source : http://shura.shu.ac.uk/12583/7/MARTINDALE%20PNS%20FINAL%20%20-%20potential%20food%20preservation(2).pdf). Reste qu’évidemment il est possible d’acheter frais et de ne rien gaspiller, mais que dans la pratique, cela n’arrive pas souvent. Et donc qu’en moyenne les légumes surgelés ont un meilleur potentiel de performance environnementale que certains légumes frais. Bref, je vous invite à lire les ACV sur le sujet pour comprendre tout ça.

        Dernier point : si le réchauffement climatique n’est pas votre problème, alors la survivance des espèces naturelles actuelles ne doit pas beaucoup vous intéresser. En l’espèce je ne vois donc pas pourquoi les pesticides vous dérangeraient plus que ça. La nature peut tout autant survivre aux pesticides qu’aux réchauffement climatique. Pour info, les scientifiques s’accordent à dire que le réchauffement climatique est la principale cause des extinctions de la biodiversité actuelles (http://science.sciencemag.org/content/348/6234/571.full).

        De manière générale, l’objectif de notre site est de diffuser de l’information scientifique et rigoureuse, qui se base sur des études scientifiques plutôt que sur des intuitions et des croyances parfois fondées sur aucune preuve tangible (comme ici, sur la question des légumes congelés). Parfois, ces études prouvent que la réalité est contre intuitive, et en ce sens elles sont dérangeantes parce qu’elles vont à l’encontre de nos convictions écologiques. Je vois que vous êtes dérangés par ces études et je le comprends. Pour autant, faut-il tomber dans le travers de certains qui consiste à ne croire la science que quand elle les arrange ? Je crois que ça serait une erreur et je vous invite à lire les papiers que je cite, à la fois dans l’article et dans mes commentaires pour comprendre qu’ici, je n’invente rien, je ne fais que redire ce que des scientifiques plus compétents que moi ont établi sur la base d’expériences factuelles.

        Et pour conclure, si vous même possédez des études scientifiques que vous jugez plus crédibles que celles que je cite, je vous invite à me les transmettre pour que j’édite cet article.

  • Juliette

    Bonjour,

    j’aimerais beaucoup avoir les sources pour « le soja (consommé DIRECTEMENT par les humains) qui cause la déforestation ». Il me semble que l’écrasante majorité du soja cultivé dans le monde le soit pour nourrir le bétail (de l’ordre de 80% au minimum, voire plus), une partie également pour les bio-carburants. Le soja qui pousse en ex-forêt amazonienne n’est absolument pas destiné à la consommation humaine. Consommer directement du soja (à la place de la viande) au lieu de le donner à manger aux animaux (convertisseurs « inefficaces » de calories) permettrait plutôt de réduire la déforestation.

    Il me semble quand même que c’est bien prouvé qu’un régime végétalien a un impact CO2 moins élevé qu’un régime omnivore (ex : http://link.springer.com/article/10.1007%2Fs10584-014-1169-1). Je comprends bien que l’article parle d’impact écologique en général, mais la partie sur le régime végétalien me semble porter uniquement sur les émissions de GES, puisqu’on parle de substitution par des produits exotiques et importés.

    De plus, le lien vers l’étude citée renvoie vers un document de 11 pages fort peu précis, sans chiffres. Ce n’est pas l’étude complète ? Quels produits consomment les consommateurs verts par exemple ?

  • stroh

    Je ne comprends pas l’intérêt de l’article… Et la réallocation de la consommation responsable vers l’activisme politique… L’un n’empêche pas l’autre et ne touche pas les mêmes besoins.