La planète n’a que 5% de chances de rester sous la barre des 2 degrés

La planète n’a que 5% de chances de rester sous la barre des 2 degrés

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Les études montrent que malgré nos efforts actuels, nous n’arriverons pas à respecter l’Accord de Paris. Voilà une raison de redoubler d’efforts et de renforcer encore nos actions !

En 2015, la COP21 était signée, en grande pompes à Paris. Toute la planète célébrait alors l’une des plus grandes victoires internationales sur le plan de la réglementation climatique. Le texte affichait des objectifs ambitieux et donnait un espoir (mince) à ceux qui luttent contre le réchauffement climatique. Le but : permettre à la planète de rester sous le seuil fatidique des 2 degrés de réchauffement, seuil à partir duquel les choses risquent de se compliquer tant du point de vue climatique qu’agricole ou de la biodiversité.

Mais plus de deux ans après, les choses ont-elles vraiment bougé ? Eh bien pas vraiment. Si l’on en croit une récente étude menée par l’Université de Washington, compte tenu des évolutions récentes, la planète n’aurait que 5% de chance de respecter les objectifs fixés dans la COP21. Explications.

COP21 : la baisse de l’intensité carbone ne suffit pas

pollution-air-saisonPour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont établi un modèle prédictif basé sur les évolutions des 50 dernières années et sur des scénarios prospectifs intégrant les innovations technologiques et la transition énergétique mise en place sous l’égide de la COP21. Ils ont déterminé que dans les années à venir, l’intensité carbone de notre vie (c’est à dire la quantité de CO2 que nous émettons pour produire ce dont nous avons besoin) va diminuer de façon très nette. De près de 90% disent les chercheurs. Comment ? Grâce à la transition vers des énergies renouvelables notamment et à la diminution des consommations d’énergie fossile, mais aussi grâce à une amélioration des processus de production.

Mais malgré ces scénarios plutôt optimistes (notamment quand on sait que les Etats-Unis ont décidé de se retirer de l’Accord de Paris) l’étude indique que cela ne suffira pas à rester sous la barre des 2 degrés. Autrement dit, même si nous diminuons notre intensité carbone de 90%, on dépassera très probablement le seuil. Il n’y aurait que 5% de chance de remplir les objectifs.

Pourquoi nos efforts n’aboutissent pas (pour l’instant) ?

Pollution-de-l'air-santePourquoi ? Pour deux raisons principales : d’abord, car nous avons déjà émis beaucoup de CO2. Certainement beaucoup trop. Or en matière climatique, les effets de seuil sont importants : à partir d’un certain niveau de CO2 émis, les équilibres climatiques sont définitivement perturbés, et il devient difficile pour l’écosystème de se stabiliser ou de stocker plus de CO2. A partir de certains seuils, il y a même des effets « boule de neige » qui se déclenchent, comme avec la libération des bulles de méthane qui risque d’aggraver encore le réchauffement climatique (à ce sujet, voir noter article : La bombe méthane est sur le point d’exploser).

La seconde raison, c’est que même si nous diminuons notre intensité carbone, nous continuerons à émettre du CO2. Et compte tenu de l’augmentation de la population et de notre volonté de produire toujours plus pour répondre à nos besoins, nous allons continuer à en émettre des quantités importantes. Ainsi, même avec une énergie très décarbonée, si nous voulons alimenter nos ordinateurs, nos smartphones et nos multiples objets connectés, nos voitures autonomes et le reste, il va nous falloir de plus en plus d’énergie. Une énergie plus propre, certes, mais une énergie malgré tout polluante. Et tout cela sans compter que des milliards de personnes dans le monde vont légitimement désirer avoir eux aussi un mode de vie moderne qui va nécessiter beaucoup d’énergie.

Comment aller plus loin et remplir les objectifs de la COP21 ?

energie-libre-veritePour John Sterman, chercheur en développement durable au MIT, cette étude est un appel urgent à une action publique et privée « plus agressive » pour lutter contre le changement climatique. D’après lui, cette étude ne doit surtout pas être prise comme un appel à l’inaction, bien au contraire. Il s’agit justement de comprendre que les actions mises en place à l’heure actuelle (réduire notre intensité carbone, passer aux énergies renouvelables) ne suffiront pas à résoudre le problème et qu’il faut aller plus loin. Parmi les mesures envisageables, beaucoup ont trait à notre mode de vie, qu’il faudrait rendre plus sobre. On peut citer par exemple :

  • Réduire nos besoins en transport (donc en énergie fossiles)
  • Réduire nos besoins en énergie
    • En améliorant l’isolation de nos bâtiments
    • Mais aussi en réduisant nos consommations via des modes de vie plus sobres (des logements moins grands, plus collectifs)
    • Réduire nos usages technologiques
  • Rationaliser nos productions
    • Relocaliser et simplifier les productions, notamment agricoles
    • Limiter les gaspillages et les transports
  • Penser à des solutions low tech plutôt que high-tech

 

Le problème, c’est qu’à l’heure actuelle nous ne misons que sur la transition énergétique, en oubliant que l’enjeu est aussi dans la réduction et la simplification de nos modes de vie. Encore une raison de passer du développement durable à la sobriété et à la résilience.