Si on parlait enfin du vrai enjeu écologique : la démographie ?

Si on parlait enfin du vrai enjeu écologique : la démographie ?

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Démographie et écologie. Le 11 juillet, c’est la Journée Internationale des Populations. Cette journée a un but : attirer l’attention du public et des gouvernements sur les questions liées aux populations humaines. À l’origine, cette journée vise à mettre en lumière les défis que posent la croissance démographique en termes économiques et en termes de développement. Pour nous, cette journée a aussi été l’occasion de nous questionner sur un aspect souvent trop négligé des questions démographiques : son aspect écologique.

Lorsque l’on parle de protection de l’environnement, on pense spontanément énergies renouvelables, zones naturelles protégées, réduction des émissions de gaz à effet de serre, recyclage ou économie circulaire. On pense en revanche beaucoup moins à la question de la population. Pourtant, notre impact sur l’environnement est entièrement dépendant de la taille de la population humaine. C’est logique : plus nous sommes nombreux, plus nous avons un impact fort sur l’environnement. En fait, le principal défi écologique mondial est sans doute la démographie.

La démographie : un enjeu écologique de taille… mais négligé

Notre mode de vie dégrade l’environnement, c’est une certitude. Nous polluons trop, nous produisons trop de déchets, nous consommons trop de ressources. Mais si cela est devenu dangereux et préoccupant pour l’avenir des écosystèmes mondiaux, c’est surtout parce que nous sommes très nombreux à trop consommer, à polluer et à produire des déchets. Comme nous sommes 7.6 millards d’habitants sur la planète, si nous avons tous un mode de vie très consommateur, forcément cela a un impact gigantesque sur l’environnement.Pour le dire de façon très schématique, si la planète et ses ressources sont un gâteau que l’on doit se partager, plus nous sommes nombreux, plus vite le gâteau risque de s’épuiser rapidement.

Plus nous sommes nombreux, plus notre pression écologique augmente, ce qui fait de la démographie une question écologique essentielle. Pourtant, le sujet démographique est rarement abordé dans les programmes de lutte contre le réchauffement climatique ou de protection de la nature. Au contraire, encore aujourd’hui dans la plupart des pays du monde on tente d’encourager une démographie dynamique. En France par exemple, chaque année, la publication du taux de natalité fait débat. La plupart des politiques s’inquiètent ainsi de la baisse des naissances (comme Eric Ciotti en 2015), d’autres se félicitent quand le taux de natalité augmente. Régulièrement, la croissance démographique est présenté comme “une arme”, une qualité ou un atout pour notre pays. Encore aujourd’hui en France, il existe une “Prestation d’accueil du Jeune Enfant” (PAJE) qui fournit aux jeunes parents un certain nombre de primes financières au moment de la naissance d’un bébé, le tout afin d’encourager les familles à avoir des enfants et si possible assez d’enfants pour que la population continue à augmenter.

Tout se passe donc comme si la croissance démographique était le pré-requis non négociable d’une société en bonne santé. Et pour cause : la croissance de la population est l’une des manières de s’assurer que la croissance économique persiste. En effet, si l’on est plus nombreux, on est plus nombreux à consommer et à produire, ce qui dynamise l’économie. Le problème, c’est que si l’on voulait réellement lutter contre les problèmes environnementaux, il faudrait probablement cesser de vouloir à tout prix augmenter notre population, pour éviter que nos consommations de ressources ou d’énergie continuent à augmenter sans cesse.

Ne pas avoir d’enfant : l’acte le plus écolo ?

Selon une étude publiée dans les Lettres de la Recherche Environnementale par l’Université suédoise de Lund, réduire la taille des familles est ainsi sans équivoque le moyen le plus efficace de réduire l’empreinte carbone et écologique mondiale. Avoir un enfant de moins par famille serait donc l’acte le plus écolo qui soit : plus écolo que d’arrêter définitivement la voiture (25 fois plus), plus écolo que de se mettre au 100% renouvelable, plus écolo que d’abandonner l’avion et la viande, plus écolo que le tri des déchets, et plus écolo que toutes ces actions réunies. Et c’est logique, puisqu’en réduisant la taille des familles, on réduit la taille de la population et donc son impact environnemental.

Bien sûr, ce constat n’a pas la même valeur partout. Trop souvent, lorsque l’on évoque les questions de démographie on a tendance à mettre en accusation les pays en développement du fait de leurs taux de natalité élevé. Mais en réalité la situation est beaucoup plus complexe car ce sont bien les pays riches et développés qui consomment et polluent le plus (en valeur absolue et en valeur relative). Par exemple, les 20% les plus riches consomment près de 60% de l’énergie produite dans le monde. De ce fait, le ralentissement de la croissance démographique aux Etats-Unis ou en France par exemple, aura plus d’effets positifs sur l’environnement qu’au Niger ou en Chine compte tenu des modes de vie de ces différent pays. C’est logique : un citoyen américain moyen consomme 5 fois plus qu’un Chinois, 30 fois plus qu’un Indien ou 100 fois plus qu’un Nigérien. C’est donc avant tout la démographie des pays riches et développés qui pèse sur la planète actuellement. Mais si dans le futur, les pays en développement souhaitent atteindre des modes de vie aussi polluants que les nôtres, cela finira aussi par poser problème.

Démographie ou mode de vie ? Deux enjeux écologiques profondément liés

produits-durables-ventes-consommateurAu fond, cela illustre que nos enjeux écologiques sont tout à la fois une question de démographie (une question de nombre) qu’une question de mode de vie (comment ce nombre consomme et produit). Ainsi, lorsque l’on regarde les différentes études menées sur la question de savoir combien d’être humains notre planète peut soutenir de façon durable, les réponses vont de 2 milliards à plus de cent milliards, une étude proposant même un chiffre de 1 000 milliards d’habitants. Le problème, c’est que chacune de ces études se base sur des hypothèses de modes de vie et d’impacts environnementaux différents.

Ainsi, on sait d’ores et déjà que notre planète ne suffira pas à soutenir plus de 1.7 milliards d’habitants si tout le monde adoptait le mode de vie occidental actuel, très énergivore et très productif. En revanche, si toute la planète polluait autant qu’un chinois moyen, la planète pourrait supporter 7 milliards d’individus et si tout le monde adoptait un mode de vie aussi polluant que le mode de vie indien, ce chiffre passerait à plus de 13 milliards. Par comparaison, si tout le monde polluait autant qu’un français nous ne pourrions être que 2.8 milliards.

Pour résumer, on pourrait dire que si l’on veut que notre planète abrite une population nombreuse, il faut que nous ayons un mode de vie plus sobre, et si nous voulons avoir un mode de vie sans limite comme actuellement, alors il faudrait diviser par 3 ou 4 la population mondiale. Bien sûr, nous avons aussi le choix de faire en sorte de réduire l’impact environnemental de notre mode de vie en adoptant les énergies renouvelables, en limitant les déchets ou en adoptant des pratiques de production et de consommation plus propres. Mais compte tenu des résultats actuels de telles politiques, il semble qu’il faille aller un cran plus loin. De toute évidence, si l’on continue à la fois à vouloir faire croître notre population et à la fois à conserver notre mode de vie à l’identique (consommer autant de viande, se déplacer autant, consommer autant de produits manufacturés et de high tech) même les énergies renouvelables ne suffiront pas pour que la planète soit écologiquement stable.

Comment agir pour une démographie soutenable et écologique ?

Voilà pourquoi nous devrions collectivement prendre des mesures pour évoluer vers une démographie soutenable et écologique. Concrètement, cela veut dire que nous devrions :

  • D’abord tenter de réduire l’impact écologique du mode de vie des sociétés industrialisées, en réduisant nos besoins en énergie et en ressources. Cela signifie :
    • Consommer moins, produire moins.
    • Produire de façon plus propre, notamment grâce aux énergies renouvelables et mieux gérer nos ressources via l’économie circulaire.
    • Privilégier les comportements de consommations plus durables et résilients (manger moins de viande, éviter la voiture et les transports polluants, réduire l’espace que nous occupons et l’urbanisation, etc…).
  • Ensuite, mettre en oeuvre des mesures pour réguler la démographie dans les pays industrialisés.
    • Mettre fin aux politiques natalistes.
    • Avoir une gestion plus intelligente des équilibres intergénérationnels.
  • Ensuite tout mettre en oeuvre pour permettre aux pays en développement et aux pays en transition de mieux gérer leur démographie en développant la sensibilisation des populations aux moyens de contraception et en augmentant le niveau de vie de ces pays.
  • Et enfin encourager au niveau global l’avènement d’un mode de vie moins énergivore que le notre tout en permettant aux pays en développement d’effectuer leur rattrapage dans des conditions qui permettent à chacun d’atteindre des niveaux de qualité de vie satisfaisants.

 

Bien qu’une partie de ces actions fassent partie des Objectifs du Développement Durable de l’ONU, l’accent est trop rarement mis sur l’importance des questions démographiques. Pourtant, c’est un enjeu fondamental auquel il va falloir s’attaquer si l’on veut réellement faire la transition vers un monde plus durable.

 

  • Remi Manso

    Comme le rappelle cet article fort intéressant, la démographie mondiale est un véritable «enjeu écologique». D’ailleurs, en ce qui concerne les pays de l’Union Européenne (dont certains ont des densités excessives tels les Pays-Bas ou la Belgique), il est clair que les incitations à la natalité n’ont évidemment plus lieu d’être.

    Cependant, nos dirigeants estimant que nous avons besoin de main-d’œuvre (et de consommateurs) pour soutenir notre économie, il faut savoir que «le ralentissement de la croissance démographique aux Etats-Unis ou en France» suggéré à juste titre, et s’il arrivait au stade de nos voisins (Italie, Espagne, Allemagne,…), serait compensé à terme par l’arrivée d’immigrés qui adopteront rapidement le style de vie et de consommation des pays d’accueil… contrebalançant l’effet escompté.

    De plus, cette pression démographique des pays du Sud, est aussi un handicap à leur développement et ils ne pourront évidemment pas supporter encore longtemps le doublement de leur population tous les 20 ou 30 ans… ni même la planète dans son ensemble comme le prouve l’avancée inéluctable du Jour du Dépassement (prévu cette année pour le 2 août).

    Les propositions de l’Association Démographie Responsable pour aider les pays en voie de développement à accélérer leur transition démographique sont donc plus que jamais à l’ordre du jour.
    http://demographie-responsable.org/

  • Sven Ingvarsson

    Article assez juste. Toutefois il me semble un peu bancal de parler de Chinois ou d’Indiens sans prendre en compte la diversité des modes de vie dans ces deux pays. Ajoutons à cela que la pollution y est très importante, inutile de faire ici un catalogue, mais le smog des métropoles chinoises, la pollution du Gange, les effets de la révolution improprement nommée “verte” sont quelques éléments qui démontrent que même dans ces pays, une population nombreuse conduit à un développement ultra polluant. Bien sur cette réalité est contrebalancée par la masse de pauvres qui laissent penser qu’on pourrait vivre à 7 milliards si on vivait “comme un Chinois”, sauf que le Chinois moyen n’existe que pour les statistiques et pas dans la réalité vécue et que le mode de développement de la Chine est particulièrement catastrophique.

  • Clément Fournier

    La réalité de la pollution des pays comme l’Inde et la Chine, c’est qu’elle sert à produire des choses que ces peuples ne consomment en grande partie pas.

    Par exemple, la Chine est polluée parce qu’elle dispose des plus grandes industries manufacturières du monde, qu’il faut alimenter en électricité (carbonée). Mais la réalité c’est que la production de ces industries est à destination de l’Europe et de l’Amérique du Nord en grande majorité. Autrement dit, leur pollution, c’est la notre.