DLC et DDM : quelles différences ? Pourquoi ces dates sont-elles contestées ?

par Emma Henrich Emma Henrich

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« A consommer avant le… », « à consommer jusqu’au… ». Ces mentions sont présentes sur la plupart de nos produits alimentaires. Pour autant, les français sont nombreux à ne pas faire la différence les différentes dates de péremption existantes : la date limite de consommation (DLC) et la date de durabilité minimum (DDM). Or, dépasser la date inscrite n’a pas du tout la même incidence selon qu’il s’agisse de la DLC ou de la DDM. Retour sur deux notions trop souvent confondues et de plus en plus accusées d’être une source de gaspillage.  

La différence entre DDM et DLC

Nous avons tous l’habitude de voir des dates inscrites sur nos aliments, au point de ne plus y prêter attention. Pourtant, la présence de dates de péremption sur les produits alimentaires répond à trois objectifs distincts :

  • Le premier est d’assurer la sécurité sanitaire des consommateurs ;
  • Le deuxième est d’assurer la qualité nutritive des produits ;
  • Enfin, le troisième objectif est de permettre la traçabilité des produits tout au long de la chaîne alimentaire.

En dehors de ces objectifs, tout consommateur averti devrait savoir faire la différence entre les deux types de dates existantes. Il ne faut en effet pas confondre :

  • La Date Limite de Consommation (DLC) du produit, manifestée par les mentions « à consommer avant le» ou « à consommer jusqu’au ». Cette date se retrouve surtout sur les produits frais, comme la viande ou le poisson et doit être respectée. Au-delà, le produit peut présenter des risques pour la santé provenant par exemple du développement de bactéries pathogènes. Les fabricants et distributeurs n’ont d’ailleurs pas le droit de mettre en vente des produits dont la DLC est dépassée.
  • La Date de Durabilité Minimum (DDM) du produit, terme qui remplace celui de Date Limite d’Utilisation Optimale (DLUO), depuis l’entrée en vigueur du règlement européen INCO fin 2014. La DDM se manifeste par la mention « à consommer de préférence avant le » et son dépassement ne constitue pas un risque pour la santé des consommateurs. Le dépassement de la date entraine seulement une perte de certaines des qualités nutritionnelles ou gustatives du produit. On retrouve des DDM sur les produits comme les produits d’épicerie (pâtes, conserves, sucre, farine) ou encore sur les boissons.

Les conséquences en cas de dépassement sont donc très différentes en terme d’impacts potentiels sur la santé. Dans tous les cas, il appartient de respecter les modes de conservation des produits et de faire preuve de bon sens. Comme l’explique l’ANSES, lorsqu’une boîte de conserve est déformée, qu’il n’y a pas de « pop » à l’ouverture d’un bocal ou encore lorsque la couleur et l’odeur d’un produit semblent anormales, il y a fort à parier que l’aliment ait tourné et qu’il soit dangereux pour la santé. La prudence impose alors de ne pas le manger.

En pratique cependant, les consommateurs ne font pas toujours la différence entre les deux mentions, ce qui a pour conséquence qu’un nombre important de produits dont la DDM est dépassée finissent à la poubelle alors qu’ils sont encore parfaitement consommables. C’est pourquoi, de nombreuses voix s’élèvent pour modifier voire supprimer la DDM.

La DDM : une date de conservation de plus en plus contestée

S’il semble normal de voir figurer des dates de péremption sur les denrées alimentaires aujourd’hui, il faut savoir qu’avant l’arrivée de la grande distribution dans les années 1960-1970, ces mentions n’existaient pas. D’ailleurs légalement, c’est seulement 1984 que le législateur a imposé la date limite de consommation sur les produits alimentaires périssables. Toutefois, compte-tenu de la difficulté à harmoniser les règles face à la diversité des produits et des fabricants, l’Etat a rapidement laissé le soin aux fabricants de définir en interne leur propre date de péremption.

La législation a par la suite évolué, avec l’adoption en 2011 du règlement européen INCO (n°1169/2011) qui a procédé à l’harmonisation des règles en matière de dates de péremption des denrées alimentaires. Ce règlement a abouti en France à la transformation de la DLUO (Date Limite d’Utilisation Optimale) en DDM.

Mais dans un contexte de prise de conscience grandissante du gaspillage alimentaire, la DDM a rapidement fait l’objet de critiques car de nombreux consommateurs, pensant que le produit est impropre à la consommation lorsque la DDM est dépassée, se débarrassent d’aliments encore consommables.

En ce sens, un avis du CESE intitulé Favoriser à tous l’accès à une alimentation de qualité, saine et équilibrée préconisait dès 2014 « d’étudier la possibilité de supprimer le principe même de la DLUO, ainsi que le font certains pays européens ».

De même, en 2015, le rapport Garot indiquait que : « il apparaît de façon récurrente que la réglementation existante est mal comprise du fait de sa complexité et qu’un effort de pédagogie est nécessaire, parallèlement à une recherche de simplification ».

Tout récemment, en février 2019, c’est un Livre Blanc qui a remis la question sur la table. Son intitulé est pour le moins explicite : Les dates de péremption, une idée dépassée ? Ce rapport a été porté par l’application Too Good To Go, destinée à lutter contre le gaspillage alimentaire et à l’origine de la pétition #changetadate (invitant les industriels à transformer la manière d’afficher la DDM sur les produits). Son objectif premier est d’interpeller les industriels et le gouvernement pour modifier les règles relatives aux dates de péremption, en particulier la DDM.

Il rappelle tout d’abord que selon la Commission Européenne, les dates de péremption sont responsables de 20 % du gaspillage alimentaire dans les foyers et la plus grosse source de gaspillage dans la grande distribution.

Ce Livre Blanc souligne ensuite que les DDM sont aléatoires et souvent fixées à la discrétion des fabricants : elles manquent par conséquent de légitimité auprès des consommateurs. De plus, elles sont mal comprises et source de confusion.

Au final, le rapport préconise plusieurs mesures. Il incite à supprimer la DDM pour tous les produits listés par l’annexe X du règlement INCO (qui liste les produits pour lesquels la DDM est facultative), mais aussi à repenser la sémantique des DDM sur le packaging. L’idée est d’ajouter après le « à consommer de préférence avant… » un « mais aussi après ». La Norvège a mis en place un telle initiative en 2017, ce qui a fait bouger entre autre l’industrie laitière. Depuis certains produits laitiers comportent la mention « à consommer de préférence avant le… mais pas mauvais après ».

Cette initiative s’est révélée être un succès, car elle a été accompagnée d’une campagne de sensibilisation dont l’objet était de clarifier la différence entre les deux types de dates, ce qui a eu un impact positif sur la réduction du gaspillage alimentaire. Le Livre blanc invite donc également à mettre en place des actions de sensibilisation et d’éducation des consommateurs, pour éviter que ne soient jetés à l’avenir des produits encore consommables.

Et de votre côté, faites-vous la différence entre DLC et DDM ? Vous arrive-t-il aussi de jeter des produits parce que la date « à consommer de préférence avant le… » est dépassée ? Vous savez maintenant qu’il faut surtout faire preuve de bon sens avec ce type de produits : si l’aspect ou l’odeur vous interpelle lorsque la date est dépassée – et même avant ! – alors il vaut mieux éviter de prendre des risques. En revanche, si rien ne vous semble anormal, ne jetez plus : la planète vous en remerciera.

Crédit image : Shutterstock, date d’expiration