Depuis le 1er janvier, les grands patrons ont déjà gagné plus que vous ne gagnerez…

Depuis le 1er janvier, les grands patrons ont déjà gagné plus que vous ne gagnerez en 2017

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Depuis le 1er janvier, les grands patrons français ont gagné plus que vous ne gagnerez durant toute l’année. C’est le symptôme d’inégalités salariales immenses qui continuent de miner l’économie française.

« Meilleurs voeux et bonne santé » ! Pendant que ce mercredi 4 janvier au déjeuner, vous souhaitiez la bonne année à vos collègues, en 2017 les grands patrons du CAC40 et du SBF120 avaient déjà gagné plus que vous durant toute l’année.

Quand les grands patrons gagnent plus en quelques jours qu’un salarié moyen en une année

patrons-dirigeants-rseCe constat criant permet de se rendre compte de la nature et de l’ampleur des inégalités salariales françaises. En 4 jours, un patron d’une grande entreprise française gagne plus qu’un ouvrier au SMIC ne gagne en 1 an. En effet, le salaire moyen des patrons du CAC40 et du SBF120 (les entreprises françaises les mieux cotées en bourse) est de 1.8 millions d’euros annuels. Si l’on rapporte cette rémunération à la journée, cela signifie que depuis le 1er janvier, ces dirigeants ont d’ores et déjà gagné plus de 20 000 euros. Or en France, le SMIC (qui est touché par près de 12% des salariés, soit 3 millions de personnes) s’établit en 2017 à 9,76  euros bruts de l’heure, soit environ 17 760 euros bruts sur une année à la durée légale du travail. En d’autres termes, alors qu’un ouvrier au SMIC n’a touché depuis le 1er janvier que 273 euros bruts, les grands patrons ont touché près de 75 fois plus : 20 270 euros environ.

La comparaison entre les patrons les plus riches et les salariés les plus précaires n’étant pas forcément la plus juste pour mesurer la réalité des inégalités, examinons maintenant les chiffres avec les salaires moyens et médian. En France, le salaire médian est de 1700 euros nets (selon l’INSEE). Cela correspond environ à 2200 euros bruts mensuels, soit 26 400 euros bruts annuels. Il faut donc environ 5 jours et demi à un grand patron pour gagner autant qu’un individu au salaire médian en une année.

Concernant le salaire moyen : le salaire moyen est de 35 500 euros bruts annuels environ. Depuis le 1er janvier, un salarié moyen en France a donc gagné 390 euros environ. Concrètement, cela veut dire que le salaire brut annuel d’un salarié moyen en France correspond à environ 7 jours de travail d’un grand patron.

Les inégalités salariales à la hausse en France

augmenter-salaire-productivite-competitivite-rseCes chiffres sont symptomatiques d’une hausse systématique des inégalités de salaire en France depuis plusieurs années. Depuis 2009, le salaire moyen des patrons du CAC40 et du SBF120 est passé de 1.4 millions d’euros annuels à 1.8. Cela représente une augmentation d’environ 33%, en pleine crise économique. En fait, depuis la crise de 2008, la seule année où le salaire moyen de ces grands patrons n’a pas augmenté était 2011, où il avait baissé de … 3%.

Dans le même temps, le salaire moyen des français n’a augmenté que de 9% entre 2009 et aujourd’hui (passant de 32 500 euros bruts annuels à 35 500), et ce chiffre englobe l’augmentation des patrons et des plus riches. Depuis la crise économique, alors que le SMIC n’a augmenté que de 80 centimes de l’heure, la rémunération des grands patrons a crû de 400 000 euros annuels. Résultats, le rapport entre la rémunération des 10% les plus riches et des 10% les plus pauvres a augmenté. En 2009, les plus riches gagnaient en moyenne 2.9 fois plus que les plus pauvres, en 2013 c’était 3.2 fois plus, et l’écart se creuse année après année. Mais ces moyennes cachent des écarts réels encore plus forts !

En d’autre termes, en temps de crise, la faiblesse de la croissance et des profits affecte surtout… les plus pauvres. Pour éviter cela, en 2013, le gouvernement français avait demandé aux grandes entreprises françaises de s’auto-réguler sur la question des salaires des dirigeants. Cela n’a pas suffit, puisque les grands patrons ont continué à toucher de plus en plus : 2.34 millions en 2015 contre 2.25 millions en 2014 (pour les salaires fixes et variables) auxquels il faudrait ajouter les actions et stock-options, pour un montant total moyen de 4.2 millions d’euros en 2015 (soit 240 fois le SMIC).

Le problème des inégalités salariales au coeur de la crise de compétitivité ?

mal-etre-psychologique-travail-stressOr si l’on en croit la plupart des études sur le sujet, l’inégalité salariale est l’un des principaux vecteurs d’insatisfaction au travail et donc de perte de productivité. Les spécialistes montrent que dans une entreprise, les salariés les moins bien payés sont à la fois plus motivés, plus efficaces et plus productifs lorsqu’ils ont l’impression de percevoir un salaire juste comparé à leurs dirigeants et à leurs cadres.

Surtout, en même temps que les inégalités de salaires augmentent (et que la rémunération des patrons ne cesse de croître), en France les licenciements dans les grandes entreprises se multiplient, le chômage augmente en moyenne (bien que la courbe tende à s’inverser depuis quelques mois). Tous ces facteurs conjugués contribuent à l’installation d’un climat social difficile, où les salariés aiment de moins en moins leur travail. À peine un français sur deux déclare se sentir bien au boulot, dans un climat où le mal être psychologique au travail devient la norme… et tout cela coûte cher : 1.6 milliards d’euros de pertes pour la sécurité sociale en France, et 3 à 4% du PIB qui part en fumée à cause des pertes de productivité.

 

Alors il est peut-être temps de se rendre compte que l’inégalité des salaires, ce n’est pas « seulement » un problème de décence et de justice. Pour reprendre des mots que les dirigeants connaissent mieux, il s’agit aussi d’un problème de rentabilité, de retour sur investissement et de productivité !