Un futur écologique, c’est un futur “Low-Tech” !

Un futur écologique, c’est un futur “Low-Tech” !

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Et si le futur ne pouvait pas être high tech ? C’est en tout cas ce que défendent les partisans de la “Low-Tech”.

L’écologie serait-elle atteinte de schizophrénie ? Quand on regarde le rapport qu’entretiennent les écologistes avec la question de la technologie, on peut légitimement se poser la question. Entre partisans d’une écologie high-tech d’un côté et des décroissants de l’autre, prêt à renoncer à toute technologie moderne, l’écologie semble enfermée dans un débat sans fin sur les qualités écologiques ou non de la technologie. Et au milieux de tout ça, est apparu un concept pour le moins intéressant : les low-tech. Zoom sur ceux pour qui le futur écologique sera nécessairement Low-Tech.

Technologie et écologie : du high-tech au low-tech

Au sein de la pensée écologique, il y a d’un côté ceux qui assument une position clairement “high tech” : selon eux, la résolution des problèmes écologiques passera nécessairement par de nouvelles technologies. Ils en sont sûrs : le futur écologique sera fait de technologies de pointe, allant de la robotique à l’intelligence artificielle en passant par les objets connectés. Il n’y a qu’à regarder les actualités liées à l’écologie pour se rendre compte que ce mouvement est profondément ancré dans l’imaginaire collectif : Hyperloop serait l’alternative écologique du transport du futur, des turbines dernier cri aideront à produire de l’énergie pour des villes intelligentes et ultra connectées, des voitures autonomes toutes électriques circuleront sur les routes (solaires) sans chauffeur grâce à l’intelligence artificielle, des centrales au thorium dernière génération créeront assez d’énergie pour alimenter cette machinerie bien huilée.

D’un autre côté, il y a des écologistes un peu plus sceptiques, pour qui les technologies sont au contraire une épine dans le pied de l’écologie. Pour eux, la technologie pollue, elle détruit des ressources naturelles. Il n’y aurait donc pas de salut dans la technologie pour une société qui se prétendrait écologique. Ils dénoncent ainsi les énergies fossiles, le nucléaire, et globalement les excès de la technologie et les ravages qu’elle cause aux ressources naturelles. Sur la base des travaux de Jacques Ellul (La société technicienne), de Gunther Anders (L’Obsolescence de l’Homme), de Hans Jonas (Le Principe de Responsabilité) ou encore de Bertrand Charbonneau (Le système et le chaos) s’est développé une pensée assez critique de la technologie, qui donne aujourd’hui naissance au mouvement des Low-Tech.

High-tech et dépendance à la technologie

Mais alors que reprochent ces penseurs à la technologie ? C’est pourtant la technologie qui nous a permis jusqu’à aujourd’hui, entre autre, les progrès de la médecine, la connaissance du corps humain et du vivant en général, la découverte de nouvelles sources d’énergie et notamment les renouvelables. C’est grâce à la technologie qu’aujourd’hui nous bénéficions d’une existence plus simple et d’une qualité de vie bien meilleure qu’autrefois.

En fait, ce que reprochent les tenants des Low-Tech à la technologie, c’est deux chose : d’abord le fait qu’elle se soit érigée en système indépassable, et ensuite le fait qu’elle soit devenue une sorte de pyramide si complexe qu’il est désormais difficile, voire impossible d’en maîtriser les externalités.

L’aspect systémique de la technologie est particulièrement simple à observer : désormais toute notre vie dépend de la technologie. Pour nous déplacer, pour nous informer, pour des gestes aussi simple que la cuisine ou le bricolage, nous dépendons désormais de technologies complexes : la voiture, internet, des appareils électro-ménagers. Il suffit d’observer les difficultés que l’on a à vivre lors d’une simple coupure de courant pour comprendre à quel point nous sommes devenus dépendants la technologie. Mais cela va même au-delà, il semble que notre utilisation systématique d’outil technologiques nous fasse perdre nos capacités les plus naturelles. Des chercheurs ont ainsi montré qu’avec la généralisation de la voiture, nous avions perdu notre capacité naturelle à marcher correctement ou à courir avec la bonne posture. D’autres ont montré qu’à force de se reposer sur les technologies GPS, notre sens de l’orientation diminuait. Ou encore que l’utilisation massive des smartphones nous faisait perdre la mémoire.

Quand la high-tech devient trop complexe et incontrôlable

Pollution-de-l'air-santeQuant à la complexité de la technologie, elle est peut-être un peu plus difficile à voir au premier abord. En tant que consommateur, nous n’observons que la partie émergée des technologies que nous utilisons au quotidien. Et pour le moins, elles semblent plutôt nous faciliter la vie. Mais derrière ces technologies que nous considérons désormais comme évidentes se cachent des complexités extrêmes. Un smartphone, c’est des milliers de composants, fabriqués à partir de ressources que l’on doit extraire partout dans le monde et assembler dans des ateliers situés partout dans le monde. Un panneau solaire dont le fonctionnement semble si évident (il suffit de capter l’énergie du soleil !) cache en fait des quantités énormes de ressources et de processus industriels. Derrière Internet (ce réseau auquel il semble si simple de se connecter) se cachent des milliers de data-centers, d’ordinateurs et de technologie de pointe, elles même constituées de milliers de circuits imprimés  fabriqués à partir de ressources rares. Cette complexité cachée se retrouve dans toutes les “technologies”, et c’est justement là que se situe le point essentiel sur le plan écologique.

Car plus un système économique et social repose sur des technologies complexes, plus ce système a besoin d’énergie et de ressources (et souvent des ressources difficile d’accès). Pour le comprendre, prenons un exemple simple : monter une mayonnaise. Monter une mayonnaise à la main ne nécessite qu’un bras et un fouet et quelques minutes d’effort. En revanche, monter une mayonnaise avec un batteur électrique nécessite un appareillage constitué de circuits électriques, une prise de courant, donc une production électrique. Et monter une mayonnaise avec un robot de cuisine complexe rajoute encore à tout cela de l’électronique et des technologies micro-informatiques. Chaque fois que l’on a ajouté un élément technologique, on a ajouté de la complexité, de l’énergie consommée et des ressources. Et comme les principes de la thermodynamique nous contraignent, il se trouve qu’à chaque fois que nous ajoutons de la complexité à un système, son rendement énergétique diminue (il lui faut plus d’énergie pour accomplir la même tâche). On perd donc en efficacité, alors même que nous avons l’impression du contraire : il faut beaucoup plus de travail humain, de ressources et d’énergie pour monter une mayonnaise avec un robot de cuisine qu’avec un simple fouet.

La conviction de ceux qui s’opposent à la High Tech c’est que le système technologique est devenu si important dans notre vie, si complexe et gourmand en ressource et en énergie que nous ne sommes plus capables d’en assumer les externalités négatives, en particulier sur le plan écologique. Ainsi, même lorsque nous développons des technologies dans le but de répondre à un enjeu écologique, c’est presque toujours en créant ailleurs un autre problème écologique. Par exemple, les énergies renouvelables comme les panneaux solaires résolvent (en partie) le problème de nos émissions de CO2… Mais elles créent par ailleurs le problème de l’extraction des ressources nécessaires à la fabrication des dits panneaux solaires (extraction dont on sait qu’elle n’est ni soutenable à long terme, ni bonne pour l’environnement). En résumé, nous n’avons fait que déplacer le problème.

Vers un futur Low-Tech et vers une innovation plus sobre

ville sans voiture véloC’est pour cette raison qu’aujourd’hui, dans le sillage de la pensée d’Ellul ou de Jonas, s’est développée l’idée que le futur ne pourrait pas être “High-Tech”. Tout simplement car au bout d’un moment, les besoins énormes de la technologie se heurteront à une limite physique : le manque de ressources, le manque d’énergie, le réchauffement climatique… Et si jusqu’à aujourd’hui nous avons plus ou moins réussi à “repousser” le problème, cela ne durera pas éternellement. On sait par exemple que pour passer aux énergies renouvelables, il faudra du lithium. Et les réserves de lithium ne sont pas éternelles. Et même si l’on développe des batteries alternatives (au sodium par exemple), il faudra toujours exploiter des ressources naturelles, qui sont limitées. Or puisqu’avec la technologie, nos besoins en ressource et en énergie augmentent, l’innovation semble vouée à terme à ralentir ou à changer d’échelle. Peut-être en adoptant une posture plus “Low-Tech”. C’est le type de pensée que développe par exemple Philippe Bihouix, un des penseurs les plus importants de la Low-Tech en France.

Pour autant, ces constats n’amènent pas forcément à rejeter en bloc toute idée de progrès technique ou d’innovation. Simplement, les partisans de la Low-Tech estiment qu’une grande partie de nos besoins peuvent être satisfaits sans avoir recours à des technologies très développées. Le mouvement des Low-Tech s’est d’abord développé autour de Ernst Friedrich Schumacher et de son ouvrage “Small Is Beautiful – une société à la mesure de l’homme” qui préconisait une technologie “à taille humaine” et une vie moins dépendante des complexités techniques. En résumé, il préconisait une technologie qui opère un retour à l’essentiel et se débarrasse du superflu.

La philosophie des low-tech, c’est d’utiliser des matériaux renouvelables comme le bois ou les matières animales ou végétales, pour fabriquer des outils et des techniques simples capables de répondre à nos besoins. C’est aussi une idée : pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? L’exemple le plus simple de la Low-Tech est sans doute le vélo : il est une innovation qui permet de se déplacer au quotidien beaucoup plus rapidement et facilement qu’à pied… Mais il est très simple et ne nécessite que peu de ressources ou d’énergie, contrairement par exemple à la voiture. Mais il existe des dizaines d’autres exemples : les voitures à pédales, des éoliennes domestiques en bois, des fours solaires, des méthodes d’architecture permettant de créer des habitations “passives” en bois, ou encore les techniques issues de la permaculture. Ce sont toutes des “innovations” permettant de faire autant avec moins d’énergie et moins de ressources. Les Low-Tech prônent aussi la réhabilitation des métiers manuels et des savoir-faire pratiques comme la maçonnerie, la forge, le tissage, la menuiserie, dans le but de retrouver des productions moins dépendantes des technologies, mais aussi plus durables (humainement et économiquement) et plus qualitatives.

Ainsi, la Low-Tech c’est le retour à une certaine forme de simplicité, qui interroge nos besoins : avons nous vraiment besoin d’un téléphone qui fasse tout à notre place ? Avons-nous vraiment besoin d’autant d’appareils électriques ? Avons-nous vraiment besoin de 400 chaînes de télévision ? Avons-nous vraiment besoin de prendre la voiture pour faire 3 km ? Et en interrogeant nos besoins, elle propose des solutions plus simples, plus souples, moins complexes, et surtout plus écologiques, soutenables.

Alors, le futur sera-t-il Low-Tech ? En tout cas, l’idée d’un retour à l’essentiel est partagée par beaucoup. Sans doute finira-t-on par y venir, volontairement, ou contraints par les limites physiques que nous imposent les ressources que nous exploitons.

  • yann kervennic

    La discussion sur les low techs n’est pas ininteressante mais elle me parait tres insuffisante politiquement.
    D’une part la question de fond des principes moteurs qui ont poussé a l’industrialisation ne sont pas posé, et du coup ceala n’est au final qu’une incantation de plus qui sera sans lendemain.

    Parce qu’au final, on ne peut pas faire de low tech tout seul dans son coin sans se faire durement exclure et qu’une economie d’echelle mondialisée ne va pas laisser des gens s’amuser tranquilementdans leur coin a exploiter des ressources industrialisable a la papa. C’est mal comprendre la puissance du capitalisme et les raisons profonde de son extension.

    Le developement technologique a comme seul et unique moteur la progression demographique. Il n’y a jamais eu de choix, ni d’anticipation d’un quelconque confort. Ceux qui ont adopté des technologies agricoles il y’a 13 000 ans ne l’ont pas fait par confort, mais pour subvenir a une progresson demographique qui avait deja localement epuise la productivite des ecosysteme naturel. Il a fallu les cultiver et les modifier. Ceux qui ne l’ont pas fait n’ont jamais pu progresse demographiquement et meme si ils etaient physiquement plus fort car mieux nourri, ils se sont fait envahir par des population plus nombreuse et capable de stocker de la nourriture. Au final la quasi totalite des hommes vivent aujourd’hui dans des societes agricoles.

    C’est exactement le meme mecanisme qui se trouve etre le moteur des differentes revolutions industrielles que nous avons vecu et qui ont pousse aux migrations (ameriques, australie) aux colonisations (empire coloniale britanique) qui ont meme eu lieu au seins des pays industriels (exode rural, destructiondu systeme agricole classique non competitif, voir les revoltes anglaises tres violente au debut de l’industrialisation et de l’ejection des masses paysannes). Aujourd’hui c’est exactement le meme processus qui est a l’oeuvre avec le numerique. On ne peut pas gerer des societes de plusieurs milliards d’individus globalisee, vivant en flux tendu dans tous les domaines, avec du papier et un stylo.

    Comme le decrit le philosophe Craig Dilworth, le piege conceptuel est, qu’ achaque fois que l’on realise une innovation technique aiguillonnee par le manque et la perspective d’une penurie, de nouvelle ressource deviennent accessibles (par exemple le petrole au siecle dernier). Cela cree une ere d’abondance et de “developpement” qui laisse penser qu’il y’ a une reelle progression constante possible.

    Mais tres vite la population finit par s’ajuster au surplus et celui ci fini par decroitre, creant systematiquement une nouvelle air de penurie etc…
    C’est une regle qui ne s’est jamais dementi dans l’histoire et qui est en passe d’etre confirme a nouveau, avec des milliards d’etres humains a naitre, entierement dependants d’une economie mondialisee fondee sur le fossil.

    Cette masse de necessiteux, dont nous faisons parti, constitue un pouvoir politique immense qui empeche materiellement toute initiative. La force de la necessite n’est jamais pris en compte et les gens qui prone differentes alternatives sont rarement ou jamais des exemples concret illustrant une voie concrete alternative. Ce sont des universitaires, des consultants, des intellectuels cad des gens vivant du surplus du systeme industriel. Ils demontrent cette schizophrenie et la puissance meme de cette force de la necessite qui maintien les hommes dans le systeme de production industriel.

    Nous ne changerons pas politiquement une societe qui est construite historiquement et structurellement maintenu par les liens issus d’une production industrielles (capitaliste, le communisme industriel ne marche que sous le regime de la terreur et fini de toute facon par gacher tous ses moyens pour sa survie militaire, ce qui demontre bien qu’on ne s’industrialise pas que pour le plaisir mais pour survivre en tant que societe, regarder le japon historiquement).

    Il faut donc s’en extraire, car nous sommes nombreux a demontrer concretement par notre mode de vie que l’on peut effectivement vivre correctement avec des moyens non industriel. Il existe des communaute au sein du monde industriel qui demontre la faisabilite d’un clivage negocie permettant de developper concretement une culture ecologique (amishs, new believers othodoxes). On peut par exemple vivre en foyers de plusieurs adultes avec un seul salaire pour payer les taxes et les charges et vivre pour le reste en auto production. Ce mode de vie deviendra competitif a mesure que le monde industriel connaitra des difficultes croissantes (chomage, baisse des revenus etc)

    Et quand les etats persecuteront ces minorites, il faut se rappeler qu’en afghanistan, une poignee de combattant hirsute ont constamment mis en echec la plus grande armee du monde et que l’histoire d’une civilisation de toute facon en declin, n’est pas ecrite.

  • Finalement, c’est aussi la démarche de la conception responsable . Dans le domaine du numérique, la conception responsable d’un site web (cf : https://collectif.greenit.fr) montre qu’il est possible de fournir le même service avec 700 fois moins de ressources ! Ca semble petre un bon compromis à court terme, avant de s’engager plus radicalement dans une démarche low-tech systémique.