Fumer tue… l’environnement : l’impact environnemental du tabac

par Clément Fournier Clément Fournier

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Et si fumer tuait aussi notre planète ? À l’occasion de la journée mondiale sans tabac, revenons sur une autre raison de ne plus fumer : l’impact environnemental colossal de l’industrie du tabac sur l’environnement.

Lorsque l’on parle de l’industrie du tabac et de la cigarette, on parle souvent des impacts sanitaires. Cancers du poumon, cancers de la gorge, grossesses perturbées, mais aussi infections pulmonaires, asthme… les conséquences du tabagisme sur la santé sont très nombreuses.

Mais ce n’est pas la seule conséquence grave de cette industrie. En effet si fumer tue, cela tue aussi notre environnement et notre planète. Et on ne parle pas seulement des mégots de cigarettes jetés dans la nature et qui mettent des décennies voire des siècles à se dégrader. Si l’on vous disait que votre cigarette rime avec déforestation, pesticides, pollutions et changement climatique ? Retour en quelques chiffres édifiants sur l’impact environnemental de l’industrie du tabac.

Tabac et déforestation : quand la forêt part en fumée

Comme beaucoup de cultures intensives comme le soja ou les céréales, l’industrie du tabac nécessite une quantité énorme de terrain arable. Mais contrairement à beaucoup de cultures, le tabac nécessite aussi une quantité impressionnante de bois, notamment pour la fabrication des papiers et filtres, et pour certaines variétés de tabac qui sont séchées au feu. Pour répondre à ces deux demandes, on estime que chaque année, l’industrie du tabac contribue à couper ou à brûler plusieurs dizaines de millions d’arbres. En 1994, Peter Taylor, spécialiste de l’économie du tabac estimait que la déforestation induite par le secteur s’élevait à 60 millions d’arbres par an. Compte tenu de la faible croissance du secteur du tabac depuis cette époque, on peut considérer que le chiffre a peu augmenté.

À cela s’ajoute le problème de l’allumage. Dans une bonne partie du monde, on allume ses cigarettes avec des allumettes… qui elles aussi sont fabriquées à partir de bois. Or l’industrie des allumettes est responsable de 9 à 10 millions d’arbres coupés chaque année.

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Cette occupation des sols est une problématique environnementale autant que sociale, économique et sanitaire. En effet, l’industrie du tabac monopolise une grande quantité de sols dans des pays en développement comme le Brésil ou le Zimbabwe. Lorsque ce sol a été utilisé suffisamment longtemps par l’industrie du tabac, il devient complètement infertile. Or ces terrains pourraient être utilisés pour cultiver de la nourriture. Ainsi, Corpwatch estime que l’industrie du tabac bloque le développement de terres agricoles qui pourraient nourrir 10 à 20 millions de personnes dans ces pays qui en ont souvent bien besoin.

Des pesticides dans le tabac : cocktail toxique et polluant

Le tabac est aussi une plante capricieuse, qui ne pousse pas facilement : elle nécessite 6 fois plus de potassium qu’une céréale comme le blé pour pousser. Elle vide donc très rapidement les qualités organoleptiques des sols et nécessite donc une grande quantité de pesticides, d’engrais et des produits chimiques pour pousser. Rien qu’aux Etats-Unis, 13 000 tonnes de pesticides sont déversées chaque année sur le tabac. Or ce pays ne représente que 7% de la production mondiale. Si les standards de production sont les mêmes dans le monde entier, cela représente au moins 185 000 tonnes de pesticides. Mais il est probable que dans beaucoup de pays, ce soit en fait encore pire (notamment en Chine, qui ne dispose pas des mêmes standards).

En fait, le tabac est la 6ème ressource agricole la plus gourmande en pesticides. Selon le GAO (Government Accountability Office) aux Etats-Unis, l’industrie du tabac utilise les plus toxiques et les plus dangereux pesticides accessibles sur le marché. On trouve ainsi l’utilisation d’Imidacloprid, un insecticide qui bloque les systèmes nerveux des insectes, et qui contribue notamment à la destruction de nombreuses espèces d’insectes et de pollinisateurs. Il est considéré comme un “tueur d’abeilles”. On utilise également du Chlorpyrifos (CPF), un insecticide dont la toxicité sur l’homme est reconnue, ou encore le Methyl bromide, un gaz destructeur pour la couche d’ozone, dont l’utilisation était en principe interdite jusqu’à 2015 par le Protocole de Montréal.

Le cocktail est impressionnant : après analyse de la composition de la fumée de tabac, on retrouve 172 substances toxiques, incluant 3 polluants graves qui sont régulés dans les réglementations internationales, 33 polluants de l’air, 47 produits chimiques considérés comme des déchets dangereux, et 67 considérés comme dangereux pour la santé. Certains sont également considérés comme radioactifs (la cigarette serait jusqu’à 50 fois plus radioactive que les abords d’une centrale nucléaire) et cancérigènes.

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CO2, tabac et réchauffement climatique

Contrairement à une croyance populaire, la fumée de tabac n’émet pas beaucoup de CO2. En revanche, la production de tabac en amont contribue de façon énorme au réchauffement climatique. La déforestation qu’elle induit, la fabrication des papiers à cigarette, fumage et séchage, roulage, fabrication des emballages, transport des marchandises : toutes ces étapes industrielles émettent des quantités importantes de CO2. Bien qu’aucune empreinte carbone globale n’ait été calculée de façon scientifique sur les cigarettes, on peut d’ores et déjà estimer qu’en comptabilisant seulement la déforestation induite par l’industrie du tabac, le secteur contribue à l’émission de 28 millions de tonnes équivalent CO2 dans l’atmosphère.

Il faudrait ajouter à ce chiffre tous les processus industriels, mais aussi le coût en carbone de la production des pesticides utilisés dans la culture du tabac, le transport des marchandises… L’empreinte carbone totale du tabac est donc significative et elle contribue en tout cas au réchauffement climatique.

Industrie du tabac et impact sur la biodiversité

Enfin, dernier impact mais non des moindres : comment le tabac affecte-t-il la biodiversité ? On sait déjà que l’industrie du tabac est responsable d’une bonne partie de la déforestation dans certaines zones de la planète. De ce fait, l’impact sur les espèces locales est extrêmement fort puisque cela détruit leur habitat naturel.

Les pesticides utilisés sont également responsables d’énormes dégâts sur les insectes et les petits animaux dans les zones de culture. Les abeilles et les pollinisateurs sont particulièrement touchés par les toxiques utilisés dans l’industrie du tabac. La pollution affecte également l’ensemble des espèces vivantes : insectes, animaux, plantes endogènes.

Mais l’industrie du tabac, c’est aussi des dizaine de milliards de mégots de cigarettes, dont une bonne partie sont jetés dans la nature. On estime que près de 800 tonnes de mégots terminent chaque année dans la nature, où ils sont un danger réel pour de nombreux animaux, par étouffement ou par empoisonnement. Une étude récente montrait qu’un seul mégot dans un litre d’eau pouvait tuer jusqu’à la moitié des organismes marins (poissons compris) avec lesquels il est en contact.

 

Au final, on prend conscience que l’impact environnemental de nos cigarettes est presque aussi inquiétant que leur impact sanitaire. Et il faudrait encore rajouter à ces chiffres ceux de la consommation d’eau, de l’érosion des sols, ou encore les données relatives aux conditions de travail des ouvriers agricoles du tabac, qui finissent bien souvent empoisonnés à force d’être en contact avec cette plante. Tout ça pour un petit objet uniquement destiné à partir en fumée !

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