Incendies dans le Sud-Est : une conséquence du réchauffement climatique ?

Incendies dans le Sud-Est : une conséquence du réchauffement climatique ?

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Comment le changement climatique favorise-t-il les incendies de forêt dans le Sud-Est de la France ? Va-t-on entrer dans une nouvelle ère où les incendies seront de plus en plus fréquents et de plus en plus forts dans le Sud de la France ? Décryptage.

Après les inondations de la Seine au printemps, les intempéries continuent de frapper les régions de France. Ces derniers jours dans l’Hérault et en Provence, de violents incendies se sont déclarés, mobilisant pompiers et secours, notamment autour de Vitrolles. Plus de 3300 hectares sont partis en fumée en moins d’une nuit, et plusieurs milliers de personnes ont été déplacées ou affectées par ces feux.

Et comme les inondations, il se pourrait bien que ces incendies soient l’une des conséquences du réchauffement climatique.

Incendies, feux de forêt et changement climatique : la multiplication des feux ?

Bien-sûr, l’idée n’est pas de dire que le réchauffement climatique est la cause des feux de forêts ou des incendies. L’idée n’est pas non plus de dire que sans le réchauffement climatique, ces incendies n’auraient pas eu lieu. Mais de plus en plus d’experts pointent que le réchauffement climatique facilite le démarrage et la propagation des incendies, que l’augmentation des températures rend la situation encore plus propice à la multiplication des feux de forêt.

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Généralement, pour qu’un feu de forêt se déclenche, il faut réunir au minimum 3 conditions : de fortes chaleurs, une humidité très faible, et des vents suffisamment forts pour propager le feu. Si ces 3 conditions sont réunies, une étincelle, une cigarette mal éteinte, un bout de verre peuvent déclencher l’ignition. Ou tout simplement, une concentration de chaleur très forte sur des feuilles sèches.

Or le réchauffement climatique favorise l’apparition de ces conditions.

Augmentation des températures et incendies et feux de forêt

Cette année, sur la Terre, les températures moyennes étaient 1.5 degrés plus élevées que les niveaux pré-industriels. En France, l’Observatoire National des Effets du Changement Climatique estime que les effets du réchauffement climatique sur les températures sont 30% plus élevés que sur la planète en général. Cela signifie que depuis le début de l’année, les températures françaises devaient être entre 1.6 et 2 degrés au dessus des normes pré-industrielles. Il fait donc plus chaud, beaucoup plus chaud : ces derniers jours, le Sud-Est autour de l’Hérault et de la Provence tournaient autour de 30 degrés.

Sécheresse, feux de forêt et réchauffement climatique

Mais ce n’est pas tout : le réchauffement climatique favorise également la sécheresse. Le même changement climatique qui a causé les inondations et les pluies torrentielles dans le centre de la France au Printemps ont entraîné une relative sécheresse sur le Sud-Est cette année. Dans son bilan météorologique de l’hiver 2015 – 2016, Météo France notait un déficit pluviométrique de 20 à 40% par rapport aux normes saisonnières dans les régions Sud-Est.

Cela signifie que sur ces régions, il a beaucoup moins plu cet hiver. Le sol, la végétation, les sous bois sont donc globalement plus secs que d’habitude, ce qui favorise le démarrage des incendies.

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Enfin, le réchauffement climatique favorise également la propagation de vents violents, en particulier sur les zones côtières. En effet, le vent est le résultat d’un différentiel de pression. Si une zone subit une haute pression atmosphérique, et qu’une autre zone proche est en dépression, l’air à tendance à être absorbé vers la zone en dépression, ce qui crée le vent. Plus le différentiel de pression entre ces zones est fort, plus le vent est fort et rapide.

C’est ce qu’il s’est passé dans le Sud-Est ces derniers jours : anticyclone et pression élevée sur la côte atlantique et l’ouest de la France, dépression dans le golfe de Gênes. Résultats ? Un vent fort descendant vers le Sud-Est par le couloir Rhodanien (l’effet Venturi).

Or le changement climatique pourrait aggraver encore ces effets. En effet, selon plusieurs études et analyses météorologiques, le réchauffement climatique a tendance à augmenter l’intensité des vents sur les côtes, en augmentant le différentiel de pression entre les terres et les zones marines et océaniques. Si la température augmente, elle augmente toujours de façon plus forte sur les terres, puisqu’en mer, l’eau a tendance à ralentir l’augmentation des températures. Si le différentiel de température est plus élevé, le différentiel de pression également. Résultats ? Les vents s’accélèrent. Et cela favorise les incendies.

Le réchauffement climatique favorise les incendies

Le changement climatique pourrait donc bien être à l’origine d’une multiplication des incendies dans la région du Sud-Est. Plus de chaleur, moins d’eau, plus de vent et les incendies pourraient sévir de plus en plus souvent.

Globalement, les experts estiment que le réchauffement climatique augmente la durée de la saison des incendies de forêts de 4 jours à 5 semaines selon les zones. Ils estiment aussi qu’en provoquant des conditions plus chaudes, plus sèches, avec plus de vent, le réchauffement climatique augmente significativement la fréquence potentielle des incendies de forêt. Cela est particulièrement vrai en Amérique du Nord, mais également dans les régions de forêts relativement sèches comme dans le Sud-Est, ou dans toute la zone méditerranéenne ou de l’Europe du Sud (Espagne, Italie, Portugal, mais aussi Croatie, Grèce…) ou en Australie.

Aux Etats-Unis, on constate que depuis les années 1980, la fréquence des incendies de forêt a déjà assez fortement augmenté, dans les régions qui subissent une sécheresse estivale. Mais au-delà de la fréquence, c’est aussi l’intensité et la durée des incendies qui augmente. Les incendies seront donc plus nombreux, mais feront aussi plus de dégâts, et seront plus difficiles à éteindre. Certains parlent même déjà de “super-incendies” pour qualifier les feux de l’intensité de celui de Fort McMurray par exemple.

Une raison de plus de se préoccuper du changement climatique, car les incendies détruisent chaque année 700 000 hectares de forêts en région méditerranéenne. Ces feux coûtent cher, ils coûtent des vies et affectent durablement les écosystèmes, et s’ils augmentent, il deviendra de plus en plus compliqué de les gérer.