Le numérique, nouveau paramètre de l’équation climatique

Le numérique, nouveau paramètre de l’équation climatique

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Cet article a été précédemment publié sur Orange.com.

A l’occasion de la COP23, Philippe Tuzzolino, directeur environnement du Groupe, fait le point sur la contribution d’Orange à l’agenda « 2 degrés 2050 ». Un objectif critique. Mais l’équation environnementale du passage du monde industriel à un monde numérique intègre aussi de nouveaux usages vertueux. De nombreux chantiers sont ouverts, décryptage des enjeux.

Sous la présidence des îles Fidji, la conférence climat de l’ONU à Bonn (du 6-17 novembre) vise à sensibiliser davantage les populations au changement climatique et au développement durable, à tous les niveaux de la société. En quoi Orange s’implique-t-il pour contribuer à la mise en place des accords de Paris sur le climat et à la réduction des effets du changement climatique ?

Lors de la COP21 de Paris, Orange a pris des engagements très clairs : réduire de 50 % nos émissions de CO2 par usage client d’ici 2020 (par rapport à 2006) et déployer l’économie circulaire dans l’ensemble de nos processus d’ici 2020.

Il faut bien comprendre qu’il s’agit là d’engagements formels volontaires : le secteur des technologies de l’information de la communication est dit « non-polluant » par rapports aux secteurs d’activités traditionnels. Nous prenons ces engagements également dans le cadre de l’UIT (l’Union Internationale des Télécoms) ; c’est en tant que membre et vice-président du groupe changement climatique au sein de cet organisme que nous intervenons au sein de la COP. Par ailleurs, Orange fait partie des 34 groupes français du CAC40 qui se sont engagés à soutenir et contribuer aux objectifs de la COP21, soit « contenir l’augmentation moyenne de la température de la planète bien en-dessous de 2 degrés Celsius par rapport au niveau pré-industriel et de poursuivre les efforts pour limiter la hausse de température à 1,5 degré, afin de réduire significativement l’impact des changements climatiques ». On voit que ces engagements seront très difficiles à tenir. Il y a déjà des dérapages. Donc une entreprise comme Orange doit participer, à son niveau, à ces efforts.

Bien entendu, en tant qu’entreprise de service, notre « usine » à nous regroupe l’ensemble des activités que nous déployons en interne pour assurer ce service (réseaux, bâtiments, flottes…). Dans ce que l’on appelle les scopes 1 et 2 de nos activités (émissions directes et indirectes liées à la consommation énergétique), si nous tenons nos engagements et que chaque participant à la chaîne fait de même, le secteur entier sera vertueux, du fabricant de terminaux jusqu’au client. Cela passe par exemple par des politiques d’achats responsables,  mais aussi par de l’innovation permanente. Car le numérique tout entier à des effets positifs et négatifs dans ce domaine, nous sommes en permanence à la recherche de solutions.

Justement comment le numérique en général peut participer à tenir ces engagements ?

Il faut comprendre que les opérateurs ne sont qu’une petite partie du numérique. Le numérique est désormais partout, dans tous les secteurs : dans les automobiles, les villes, les banques, et pas seulement dans les équipements réseaux  et les data center.

Le numérique permet des actions responsables évidentes : remplacer des voyages par des réunions en visioconférences, réguler la lumière ou la chaleur dans les immeubles et dans les villes en général, « monitorer » pour économiser dans tous les secteurs.

Mais le numérique permet aussi d’économiser en changeant de paradigme de consommation : passer ainsi à l’économie de la fonctionnalité grâce à des applications numériques qui permettent de prélever du service « à la carte », mais aussi, plus simplement transporter son bureau chez soi pour y télé-travailler quand il y a des pics de pollution ou de trafic et délocaliser en général de nombreuses fonctions.

Le numérique, en d’autres termes, permet des usages plus vertueux selon le slogan « use smarter, use longer, use less ». Mieux utiliser sa voiture en la partageant, apprendre à gérer des usages plutôt que du patrimoine dormant, augmenter la durée de vie, ou acheter juste ce dont on a besoin (quelques minutes de service par exemple plutôt que le service entier).

« Les technologies de l’information et de la communication peuvent accélérer les solutions au réchauffement climatique et aux questions sociales tout en conduisant la croissance économique » – Étude SMARTer 2030  publiée par le GeSI et Accenture

Comment mesurez-vous votre impact CO2 ?

En 10 ans chez Orange, nous avons déjà divisé par près de 2 nos émissions de CO2 par usage-client. Ce qu’on appelle un usage c’est par exemple la communication par la voix, ou la vidéo, ou la donnée. Nous convertissons ainsi notre fichier clients en nombre d’usages. Puis nous mesurons notre consommation d’énergie que nous convertissons en émission de CO2 à l’aide de coefficients standardisés (coefficients de l’AIE : Agence Internationale de l’Énergie) pour aboutir à ce résultat : nous émettons 1,5 millions de tonnes de CO2 par an (sur les scopes 1 et 2 de nos activités)

En prenant comme base les 11 pays qui représentent 98 % de notre chiffre d’affaires, en 2016 nous étions à -48 % d’émissions de CO2 par usage-client, depuis 2006. C’est sur cette base que nous travaillons à limiter les émissions par usage-client.

Il faut noter qu’Orange souhaite vraiment limiter ces émissions plutôt que de compenser en achetant des certificats. Nos engagements sont réels et partent du principe que la meilleure réduction d’émissions est celle qui correspond à du CO2 que nous n’émettons pas !

Mais le secteur numérique dans son ensemble a aussi un impact sur le réchauffement, par les data center par exemple

Dans le cadre de l’UIT, nous travaillons à une méthodologie commune au secteur pour mesurer nos émissions et les limiter au mieux, pour éviter tout dérapage. Le problème que nous avons à résoudre vient surtout de la croissance très rapide des TIC.

En 2030, avec l’accroissement important de la classe moyenne (1,5 milliards de plus de personnes qu’aujourd’hui), il y aura sur la planète 36 milliards d’objets connectés et 7 milliards de mobiles. Face à cet accroissement vertigineux, dans un monde aux ressources finies, il faut changer de modèle s’il on veut éviter l’épuisement des ressources en plus de l’accroissement des émissions.

Il faut dont concevoir une économie différente : l’économie circulaire. L’enjeu est par exemple, par la circularité, de réutiliser au mieux les matières (les 25 métaux différents qu’il y a dans un smartphone). Aussi, nous avons collecté depuis 2010 dans nos boutiques plus de 10 millions de téléphones mobiles usagés pour en faire recycler les matériaux ou les réparer et les réutiliser

Mais il faut aussi développer la modularité : diffuser dans nos boutiques des équipements dont on peut changer de éléments facilement (le Fairphone par exemple).

Dans cette nouvelle économie, il faut aussi apprendre à partager, passer de la possession d’un équipement l’optimisation de son usage ; passer à la location, à la mise à jour de fonctions plutôt que de tout changer.

Alors oui, le numérique est partout et peut aussi avoir des impacts négatifs. C’est pour cela, par exemple, que nous regroupons et optimisons nos data centers. Celui de Val de Reuil, près de Rouen, est l’un des plus performants du secteur (Power Usage Effectivness de 1,3) grâce à un système de refroidissement utilisant au maximum l’air ambiant plutôt que la climatisation énergivore. Il permet une économie d’énergie équivalente à la consommation électrique par an d’une ville de 30 000 habitants.

Cette optimisation peut aller plus loin. On virtualise les serveurs pour n’utiliser que la puissance dont on a besoin. Ou l’on peut aussi « éco-concevoir des logiciels » avec de lignes de codes allégées, donc moins énergivores, et des fonctionnalités mieux étudiées.

Et bien sûr, utiliser pour nos équipements, des sources d’énergies renouvelables : en Afrique, nous avons déployé 2 800 sites solaires pour alimenter nos systèmes de radio mobile (économisant par an l’émission de 80 000 tonnes de CO2). En Jordanie nous serons à 100% en énergie renouvelable grâce à des fermes solaires.

En somme, si l’on considère que le numérique a des effets positifs et négatifs, il ne suffit pas d’accumuler des couches numériques en escomptant que les effets positifs l’emporteront. Il faut que les effets négatifs soient compensés intelligemment par des solutions optimales. Par exemple, des usages bien choisis, peu énergivores, pour émettre de moins en moins. Le numérique est partout, il doit donc partout être optimisé.

Pour cela il faut de la recherche et de l’innovation

Orange opère 4 centres de recherche en Europe, 4 autres en Afrique et Moyen-Orient, et des antennes aux Etats-Unis, en Inde, en Chine et au Japon pour capter au mieux l’innovation. Dans chaque métier il y a des équipes environnement qui introduisent des innovations pour limiter au mieux les émissions des nouveaux services en rapport avec les programmes des métiers comme le Green ITN 2020 pour le réseau.

Mais nous sommes aussi acteurs de la recherche qui se développe autour de nous. Notre division Orange Marine, qui pose les câbles au fond des océans, adhère au World Ocean Council (WOC) et participe depuis nos bateaux à l’observation des océans. Elle transmet ses observations via le réseau des balises Argos.

Nous soutenons également les équipes du CREA Mont-Blanc depuis 2014. Les chercheurs de cet observatoire sont des vigies de la biodiversité face au réchauffement. Nous mettons à leur disposition des moyens de mesure en altitude, des équipements de collecte de données, des soutiens de plusieurs ordres pour que les données soient mises à la disposition des réseaux de scientifiques. Orange et le CREA ont d’ailleurs été primés par les Nations Unies dans le cadre du programme Momentum for Change, comme contribution des ICTs qui constituent une partie de la solution pour réduire les effets du changement climatique. Mais aussi pour aider les citoyens à participer à ces recherches par leurs observations. D’ailleurs des salariés d’Orange sont bénévoles pour aider le CREA. L’engagement d’Orange pour le climat, on le voit, prend des formes très diverses…