Planète : Le temps est à l’action et non plus à la réflexion !

par Fabrice Bonnifet Fabrice Bonnifet

Nicolas Hulot et Laurent Berger viennent de présenter à leur tour 66 propositions pour un pacte social et écologique. Formidable ! Mais combien de propositions nous faudra-t-il pour entendre ce qui devient, à force de propositions justement, inaudible ? Est-ce vraiment à grand renfort de cahiers de doléances, du lancement du Haut Conseil pour le Climat et autres raouts tel le grand débat ou le dernier One Planet pour la Transition Économique, que nous allons enfin prendre la mesure de ce que ne cessent de nous rappeler, sur tous les tons, quelques 15 000 scientifiques du monde entier ? Va-t-on attendre de voir quelles sont les limites en termes de désespoir des jeunes qui commencent à sécher les cours pour réclamer un avenir digne de ce nom ? Va-t-on comprendre que les actions en justice de villes ou ONG contre l’inaction gouvernementale n’en sont qu’à leurs prémices ? Fabrice Bonnifet, Président du C3D et Directeur Développement Durable & Qualité, Sécurité, Environnement du Groupe Bouygues, s’indigne.

Oui, il est nécessaire de partager et de concilier nos points de vue pour identifier les problèmes, sensibiliser et faire bouger les mentalités. Mais on constate surtout que le jeu du dialogue consiste essentiellement à retarder le temps de l’action et à réfléchir longtemps… avant de ne pas faire grand-chose. Un exemple ? La lutte contre le plastique. En apparence, c’est LE sujet d’actualité et tout le monde se ligue pour lutter contre ce fléau. A l’origine, rappelons que la Chine a refusé, soudainement et unilatéralement, de prendre en charge nos déchets. Et soudain, tous les acteurs – ONG, gouvernement, entreprises – ont semblé bouger comme un seul homme ou… surtout fait bouger le consommateur (forcément) coupable. Car, encore une fois, si les grands producteurs et utilisateurs de plastique agissent, c’est surtout pour préserver leurs pré-carrés comme on le voit dans les discussions autour de la future loi sur l’économie circulaire ou lors du semi ambitieux Pacte Plastique. Nous sommes comme un malade qui apprend que le traitement qui pourrait le sauver va nécessiter de lourds investissements financiers et surtout une modification de son comportement… et qui finalement renonce à tout en bloc par peur du changement et cupidité, garantissant ainsi son décès à brève échéance.

Le temps est à l’action et non plus à la réflexion car le compte à rebours avant l’effondrement des écosystèmes entre dans sa dernière phase. Les solutions existent dans tous les domaines pour donner naissance à une nouvelle économie : oui, il convient maintenant de mettre en œuvre un plan marshal de la rénovation du bâti, soutenir véritablement l’agriculture pour changer de méthodes, accepter de limiter la puissance et le nombre des véhicules, etc. Oui, il faut privilégier les nouveaux modèles d’affaire, l’économie d’usage, de partage ainsi que l’économie circulaire. Et oui, il faut définir une juste fiscalité écologique dont les recettes doivent prioritairement être fléchées vers les causes sociales et les investissements technologiques bas carbone.

Il est parfaitement irresponsable de prétendre que la France seule ne peut rien faire. On constate d’ailleurs que c’est l’excuse la plus populaire parmi ceux qui ne veulent rien changer. Au contraire la France a tout à gagner à oser lancer plutôt qu’un énième « plan ambitieux », des actions concrètes, coordonnées et duplicables en faveur d’une nouvelle économie décarbonée et inclusive. Certes, la France dispose de peu de matières premières qu’il convient de préserver ; nous n’avons pas la taille critique pour lutter contre les GAFA et autres BATX ; l’Europe nous protège mal car elle a finalement confondu pragmatisme avec bureaucratie… Mais il nous reste nos ouvriers, nos techniciens, nos ingénieurs, notre immense capacité créatrice que nous héritons de notre histoire, notre diversité et la variété de nos territoires. La France peut devenir le phare du monde de cette nouvelle économie. Nous savons qu’un « hareng motivé entraîne le banc », les autres pays finiront par nous suivre par mimétisme et surtout parce qu’ils constateront très rapidement que les solutions « écolonomiques » peuvent fonctionner partout !

Le consortium l’Affaire du Siècle appelle aujourd’hui l’État à l’action. Et c’est vraiment ce dont on a besoin ! Alors pourquoi n’agissons-nous pas plus fort, plus vite ? Il y a un ensemble de causes qui en se combinant conduisent à la situation aberrante de l’inaction chronique. Nous savons tous très bien que nous allons dans le mur mais nous accélérons toujours. Le principal frein provient du manque de courage des décideurs de toute nature, comme l’a si bien décrit la philosophe Cynthia Fleury. Nous vivons une crise aigüe d’absence de leadership : nous avons besoin de personnalités capables d’écrire un nouveau récit pour un monde désirable et solidaire et d’un nouvel entrepreneuriat dont les fondements seront l’entreprise contributive, celle qui choisit d’aligner sa raison d’être et sa stratégie avec les faits scientifiques.

Sachons sublimer de nouvelles aspirations pour nous redonner envie de l’essentiel : une eau potable partout, de l’air respirable, de la nourriture saine avec du goût, des océans et des paysages foisonnant de biodiversité… Les change makers l’ont bien compris, l’économie de l’égoïsme, de l’iniquité et de la compétition exacerbée doit être remplacée par l’économie qui redonne du sens au progrès en le replaçant au service de l’intérêt collectif. Les grandes marches commencent par un premier pas, mais aujourd’hui il convient surtout de se mettre à courir !

 

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