Réchauffement climatique : un quart de la planète est en voie de désertification (et l’Europe…

Réchauffement climatique : un quart de la planète est en voie de désertification (et l’Europe sera la plus touchée)

Lisibilité

La désertification progresse partout dans le monde, selon une étude publiée en janvier 2018 dans la revue Nature Climate Change. Les conséquences du réchauffement climatique se font déjà sentir.

De plus en plus d’experts et de scientifiques identifient déjà les conséquences du réchauffement climatique sur la planète. Désormais, on fait assez bien les liens entre réchauffement climatique et cyclones, entre changement climatique et inondations ou entre l’augmentation de la fréquence des incendies et le réchauffement du climat. Mais ce n’est pas tout : certains experts estiment déjà que les sécheresses affectent suffisamment fortement les écosystèmes pour qu’ils finissent par transformer certaines zones en déserts, de façon irréversible.

Plusieurs chercheurs issus d’université de Science Environnementale asiatiques, européennes et américaines viennent ainsi de publier une vaste étude sur le sujet et les résultats sont alarmants.

Le monde en voie de désertification à cause du réchauffement climatique

Changement-climatique-risque-economique

La désertification est un phénomène de mieux en mieux compris par les scientifiques. Les températures et la sécheresse empêchent les végétaux de se développer, le sol, aride, ne retient plus les eaux quand elles sont disponibles. L’activité humaine (surexploitation agricole, artificialisation des sols, déforestation) contribue à ce phénomène en détruisant les milieux. De fait la biodiversité diminue localement, ce qui accélère encore la désertification. Cela entraîne aussi un relâchement du carbone stocké dans le sol et dans les végétaux, ce qui contribue à son tour au réchauffement climatique. Ce cercle vicieux est désormais bien identifié dans la communauté scientifique, et on estime aujourd’hui qu’il touche de plus en plus de zones.

Mais les travaux récents nous donnent une idée plus précise de la rapidité et de l’ampleur de ces changements et surtout du lien qui existe avec le réchauffement climatique. Selon l’étude la plus récente sur le sujet, publiée au début du mois de Janvier 2018, le réchauffement climatique contribue à accélérer fortement la désertification. Selon l’étude, entre 24 et 32% des terres émergées pourraient être affectées par la désertification d’ici 2050. En résumé : le monde est d’ores et déjà en voie de désertification et le réchauffement climatique pourrait l’accélérer.

Le réchauffement climatique accélère la désertification dans tous les scénarios (surtout en Europe)

Ainsi, dans un scénario d’augmentation des températures de 1.5 degrés au dessus des niveaux pré-industriels en 2050, les chercheurs estiment que 24% des terres émergées pourraient être affectées par l’aridité et la désertification. Pour un réchauffement de 2 degrés d’ici 2050, ce chiffre passe à 32%. Or on sait déjà aujourd’hui qu’il est quasiment impossible avec les tendances actuelles de rester sous l’objectif des 1.5 degrés. Et comme la désertification devrait aussi se poursuivre au fur et à mesure que les températures vont continuer à augmenter après 2050, cela signifie qu’une part significative de la planète sera bientôt transformée en désert. Et ce, même en considérant un scénario optimiste !

Cela constitue un problème significatif à plusieurs niveaux : d’abord cela signifie qu’il va y avoir un recul de la disponibilité des terres agricoles, donc une baisse des productions et une augmentation des prix qui pourraient conduire à des problèmes d’approvisionnement (et pourquoi pas dans certaines régions, à des famines). Ensuite, la désertification fait partie des causes premières des phénomènes migratoires : lorsque les écosystèmes au sein desquels vivent les populations se transforment en désert, cela contribue à la pauvreté et à la détresse économique qui incitent de plus en plus d’individus à se déplacer. On estime que des millions de réfugiés climatiques pourraient être déplacés au cours du siècle à cause de ces phénomènes.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas nécessairement dans les pays du sud que la désertification sera la plus intense et la plus marquée. D’après l’étude, il se pourrait que ce soit l’Europe, et notamment l’Europe du Sud, qui soit rapidement touchée, et de façon très intense. Ainsi, les chercheur estiment que si les tendances actuelles se poursuivent, une bonne partie de l’Europe du Sud (y compris le pourtour méditerranéen) pourrait subit des phénomènes significatifs d’aridification, de sécheresses et in fine de désertification. En résumé : les phénomènes de sécheresse observés cette année en Italie, en Espagne, en Grèce, mais aussi dans le Sud de la France pourraient bien devenir plus fréquents, jusqu’à détruire les écosystèmes. Voici la cartographie des zones touchées à 1.5 (graphiques a et c) et 2 degrés (b et d) :

carte désertification rechauffement climatiqueComment agir contre la désertification ?

Dans leur étude, les chercheurs donnent quelques pistes pour lutter plus efficacement contre ce phénomène. D’abord, ils insistent sur la nécessité de prendre des mesures urgentes pour lutter contre le réchauffement climatique via la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Ils insistent sur le fait que les mesures actuellement prises sont insuffisantes pour maintenir les températures sous les 1.5 degrés d’augmentation, et appellent les gouvernements à agir.

Il faudrait donc rapidement remettre en cause notre modèle économique et nos modes de production. D’autant que, contrairement à ce que l’on pourrait penser, il est extrêmement compliqué (voire impossible à long terme) de restaurer une zone ayant subie la désertification. Avant de subir des dégâts irréversibles, il faut donc agir !

Pour limiter les effets de la désertification, il est aussi essentiel de préserver la biodiversité des milieux, notamment les végétaux qui contribuent à fixer l’eau. Il faut donc éviter l’artificialisation des sols et préserver les espaces naturels qui sont de puissants protecteurs contre l’aridité. Une raison de plus de limiter l’étalement urbain et industriel.