Transition écologique : rénover son logement, une évidence sur le papier !

par Benoît Montels Benoît Montels

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Sous les latitudes françaises, difficiles de se passer de chauffage en hiver, et parfois de
rafraichissement en été. Ce qui n’est pas sans conséquence sur la facture énergétique de
la France, et le budget des Français.

Avec les objectifs fixés par l’État en termes d’économies d’énergie 1 et de réduction
d’émissions de gaz à effet de serre 2 , l’enjeu est de taille pour accroitre l’efficacité énergétique
et climatique du parc de bâtiments existants, tout en garantissant le confort et la qualité de vie
des occupants.

Le chauffage des maisons individuelles, un poids lourd des enjeux énergie-climat

Un bâtiment occupe avant tout la fonction d’abri, permettant de protéger ses occupants[1] de l’extérieur. Sans occupant, pas besoin de chauffage en hiver, ou de rafraichissement en été. Comme le rappelle Pascal Lenormand dans son livre Le design énergétique des bâtiments, les consommations d’énergie sont le fruit de l’interaction entre le bâtiment et ses usagers. Ainsi, le niveau de consommation d’énergie varie selon la capacité de protection naturelle du bâtiment (en particulier des conditions météo) et les besoins des usagers (en particulier du niveau de confort). Par convention[2], ces besoins sont caractérisés par cinq usages que sont le chauffage, la production d’eau chaude sanitaire, le refroidissement, l’éclairage et les auxiliaires (ventilation, pompe). On les retrouve dans des bâtiments dits tertiaires (bureaux, écoles, hôpitaux, etc.) ou des bâtiments dits résidentiels (logements collectifs ou maisons individuelles).

En France, le secteur du bâtiment représente environ la moitié des consommations d’énergie finales et un quart des émissions de gaz à effet de serre. Il est composé aux trois quarts de bâtiments résidentiels, pour lequel le chauffage mobilise plus de 66% des consommations d’énergie[3] (contre 11% pour l’eau chaude sanitaire et 23% pour les autres usages). Parmi les bâtiments résidentiels, la maison individuelle est la plus représentée à la fois en surface et en consommation d’énergie : en 2016, elle représente 70% de la surface construite et 70% des consommations d’énergie[4]. Et logiquement, puisque ces dernières ont été construites avant la première réglementation thermique, les maisons individuelles d’avant 1975, qui sont plus nombreuses (47% de la surface totale contre 31% pour les maisons de 1975 à 1998, et 22% pour les maisons de 1999 à aujourd’hui), sont aussi les plus énergivores (53% des consommations d’énergie contre 29% pour les maisons de 1975 à 1998 et 18% pour les maisons de 1999 à aujourd’hui).

Mettre un pull, et baisser la température de consigne du chauffage

Avec la dynamique de la sobriété (heureuse à n’en pas douter !), étape incontournable dans la maitrise de la demande d’énergie, comme le rappelle l’association négaWatt[5], on pourrait être tenté de penser que le chauffage n’est qu’une affaire d’isolation des occupants, avant d’être une affaire d’isolation de l’enveloppe des bâtiments. Ce n’est pas Philippe Bihouix, auteur de L’Âge des low-tech, qui dira le contraire ! Même si le recours au caleçon long, au tee-shirt de corps et au pull en laine sont à envisager sérieusement dans une conjoncture proche de ce que décrivent les collapsologues[6], il n’en reste pas moins qu’une température ambiante minimale devra être fournie par un système de chauffage pour assurer aux occupants un niveau de vie décent[7].

Dans cette perspective, un peu de thermique de bâtiment s’impose pour comprendre de quoi il s’agit. Le premier principe de la thermodynamique nous rappelle qu’il y a conservation de l’énergie lors de toute transformation. Dit autrement, au cours d’une transformation quelconque d’un système fermé, la variation de son énergie est égale à la quantité d’énergie échangée avec le milieu extérieur, par transfert thermique (chaleur) et transfert mécanique (travail). Complété par le second principe qui définit que la chaleur passe du chaud au froid. Appliqué à notre bâtiment, cela revient à dire qu’il y a transfert de chaleur entre l’intérieur du bâtiment vers l’environnement extérieur en hiver (l’inverse est vrai en été) : on parle alors de déperditions. Ces déperditions, que l’on peut comprendre comme des fuites de chaleurs, sont de deux types : les déperditions par conduction et par convection. Les déperditions par conduction concernent les fuites de chaleurs par l’enveloppe du bâtiment (murs, toiture, plancher bas, ouvrants, ponts thermiques), alors que les déperditions par convection concernent les fuites de chaleur par renouvellement d’air (un système de ventilation favorise l’entrée d’air neuf de l’extérieur qui renouvelle l’air vicié à l’intérieur du logement) et par infiltrations (il s’agit des défauts d’étanchéité à l’air d’un logement, qu’il convient de prévenir au maximum pour éviter les risques de pathologies, d’inconforts et de contre-performance).

Pour illustrer le propos, prenons un exemple : lorsque qu’une maison est soumise à une température extérieure en hiver de -5°C, le système de chauffage devra compenser les déperditions de chaleur par conduction et par convection pour satisfaire les besoins des occupants qui peuvent s’établir à une température ambiante comprise entre 17°C pour les moins frileux (ou les plus précaires !) à 21°C pour les plus frileux (ou ceux qui en ont les moyens)[8]. A ce stade, la température de consigne joue un rôle important puisqu’on estime qu’1°C d’écart en plus ou en moins, correspond à 7% de consommations d’énergie en plus ou en moins sur la facture. On comprend donc que même dans le cas d’une température ambiante relativement basse, le niveau de fuite à compenser par le chauffage de -5°C (extérieur) à 17°C (intérieur) est encore important. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire d’isoler l’enveloppe des bâtiments, et d’en maitriser au maximum le renouvellement d’air et les infiltrations d’air. Dit autrement, plus l’isolation de l’enveloppe, la mise en œuvre et le système de ventilation seront efficaces, plus la performance énergétique du logement sera élevée, moins le système de chauffage devra compenser les fuites de chaleur, et plus les consommations d’énergie seront maitrisées.

En y associant un système de régulation de la température ambiante pièce par pièce et une tenue vestimentaire adaptée, quoi de plus évident que de rénover son logement pour gagner en confort et faire des économies d’énergie ?

[box][1] Ou parfois des biens, ou des activités

[2] Les consommations d’énergie spécifiques, liées à l’activité propre du bâtiment (bureautique pour un bâtiment de bureau, ou électroménagers pour un logement), ne sont pas considérés dans les calculs conventionnels

[3] Source CEREN – Données énergie 1990 – 2016 secteur résidentiel

[4] Source CEREN – Données énergie 1990 – 2016 secteur résidentiel, tous usages confondus

[5] https://negawatt.org/IMG/pdf/sobriete-scenario-negawatt_brochure-12pages_web.pdf

[6] Lire Comment tout peut s’effondrer ? de P. Servigne et R. Stevens

[7] Selon décret n°2002-120 du 30 janvier 2002, relatif à la sécurité physique et la santé des occupants

[8] Conventionnellement, la température ambiante est fixée à 19°C[/box]

Crédit image : rénovation sur Shutterstock