Innovation et RSE : vers une innovation plus frugale et responsable

Innovation et RSE : vers une innovation plus frugale et responsable

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L’association RSE Lib organise chaque mois un atelier thématique pour comprendre ce qui fait aujourd’hui que la RSE apparaît comme le langage commun d’un nouveau paradigme managérial, source d’innovations, d’attractivité et de performance économique pour les organisations. En mars, RSE Lib s’est intéressé au lien entre innovation et Responsabilité Sociétale des Entreprises. Retour sur cet atelier avec Valérie Rilos, consultante-rédactrice en communication, spécialisée sur les sujets RH & RSE.

« La logique vous mènera d’un point A à un point B. L’imagination vous mènera partout. » Albert Einstein

Dans un contexte de forte concurrence et de mutations permanentes, les entreprises jugent l’innovation comme la clé de la performance et y consacrent des budgets substantiels. Mais qu’en est-il du véritable ROI de l’innovation ? L’argent est-il encore le nerf de la guerre ou existe-t-il de nouvelles voies plus frugales ?

  • Pourquoi l’innovation est-elle en panne ?
  • Existe-t-il des modèles d’innovation alternatifs ?
  • Comment implémenter une innovation optimale ?

L’innovation s’ancre progressivement en entreprise

L’innovation est considérée comme un facteur de performance pour 81% des entreprises qui se sentent plus ou moins matures pour l’implémenter. Au cœur des préoccupations : la création de nouveaux modèles économiques (57%), de nouveaux produits et services (49%), la recherche de nouveaux marchés (51%) ou encore l’amélioration de l’expérience client (51%), selon le baromètre de l’innovation 2016.

Qu’en attend-on ? Avant tout de la création de valeur pour améliorer la conception, le design et l’expérience utilisateur/client. Mais si la France occupe la 3ème place internationale dans cette course effrénée après les USA et le Japon, les entreprises restent encore timides face à l’open innovation.

Pourquoi l’innovation est-elle en panne ?

Malgré les forts budgets investis dans l’innovation, force est de constater que cette dernière est en perte de vitesse. Le retour sur investissement des entreprises reste plus qu’incertain. Tour d’horizon des principaux obstacles :

  • Pourquoi l’urgence est-elle de concevoir l’Iphone 8 plutôt que de rendre l’Iphone 6 plus accessible ? Faudrait-il choisir entre partage et perfectionnement ? « Le progrès est sacrifié au profit du fantasme de l’innovation », déplore le philosophe des sciences Etienne Klein, directeur au CEA et professeur à Centrale Paris.
  • Les organisations génèrent des processus trop rigides qui étouffent la créativité des employés. Si les Six Sigma, Lean management et autres procesus d’amélioration continue s’avèrent extrêmement efficaces en environnement stable, ils ne sont absolument pas adaptés au changement.
  • Les organisations plient sous le courtermisme. Il faut tout, tout de suite. L’immédiateté est sanctuarisée.
  • On regrettera aussi le manque d’audace des entreprises : la peur de perte de pouvoir pour certains, la réticence au changement pour les autres (voire les deux) avec une tendance à réutiliser les mêmes solutions qui ont marché. Or pour innover, il est nécessaire de désapprendre pour réapprendre.
  • Par ailleurs, n’a-t-on pas confisqué le droit d’innover aux salariés ? L’innovation, victime du syndrome de la blouse blanche, est devenue une activité élitiste, réservée à une population de scientifiques et d’ingénieurs.
  • Des effets qui entament la productivité des entreprises, comme en témoignent le manque de coopération, le désengagement des collaborateurs, les taux d’absentéisme qui s’envolent.
  • On donne la priorité à la gestion budgétaire. Reporter, contrôler, surveiller, noter, classer… Quelle place accorde-t-on à l’innovation dans l’entreprise ?

 

L’innovation, c’est l’affaire de tous. Quel casse-tête, l’innovation ! Comment l’intégrer dans ma stratégie ? Et si on l’externalisait, s’interrogent certaines entreprises… Stop ! Innover, c’est avant tout un état d’esprit. Chacun peut innover et créer de la valeur ajoutée, quels que soient son métier et sa position dans l’entreprise.

Des modèles d’innovation alternatifs

De la stratégie Océan bleu, à la Jugaad innovation en passant par l’Usine du Futur, il existe d’autres voies d’innovation particulièrement intéressantes. Elles diffèrent de l’innovation pratiquée de manière classique en Occident en offrant des approches plus frugales, plus orientées client ou qui placent la technologie au service du progrès.

  • La stratégie Océan bleu : oser se différencier

W Chan Kim et Renée Mauborgne, chercheurs à l’Insead sont les pères de la stratégie Océan Bleu. Après avoir analysé plus de 30 ans de success stories d’entrepreneurs, ils modélisent en 2004 une approche qui répond à la question suivante : « Pourquoi certaines entreprises semblent-elles évoluer sur un marché sans concurrence directe (Océan bleu) alors que d’autres se livrent une guerre des prix sur un marché fortement concurrentiel (environnement appelé océan rouge) ? Réponse : elles osent changer les règles du jeu. Elles proposent un nouvelle approche axée sur les besoins et les attentes des clients qui se substitue à un modèle basé sur la technologie, l’organisation, la finance et l’infrastructure (cf tableau).

«  La rareté est la mère des créations et l’adversité est le père de l’invention. » Navi Radjou, consultant en innovation dans la Silicon Valley, nous invite à sortir des sentiers battus avec la Jugaad innovation. Jugaad signifie système D, ingéniosité. Ce modèle alternatif s’inspire de l’innovation telle qu’elle est pratiquée dans les pays émergents et s’appuie sur trois piliers : la frugalité (faire mieux avec moins de ressources), l’agilité (répondre aux contraintes) et l’inclusion (répondre aux besoins des populations les plus fragiles). Il est basé sur l’ouverture aux parties prenantes, c’est-à-dire l’open innovation.

  • L’Usine du Futur : produire intelligemment

Autre modèle alternatif : l’Usine du Futur ou encore l’industrie 4.0, basée sur l’innovation et les technologies. Système nomade, big data intégrée au pilotage, Internet des Objets, moving lines, écologie industrielle, biomimétisme… Cette usine connectée révolutionne le process industriel grâce à des machines capables de produire intelligemment. Son fer de lance ? L’impression 3D : ce sont près de 250 000 machines vendues dans le monde en 2015 (soit 4,3 milliards d’euros), avec une croissance de 100% prévue jusqu’en 2019 sur le marché des machines et services (source Gartner). L’usine du Futur représente un énorme potentiel dans l’aéronautique. On estime qu’environ 10% des pièces d’un avion peuvent être rentables en impression 3D à iso-design..

Comment implémenter l’innovation ?

Toute la question est de savoir comment implémenter l’innovation dans l’entreprise de manière efficiente ? C’est-à-dire en accordant toute sa place au capital humain et aux parties prenantes afin d’asseoir une démarche de responsabilité sociétale… Focus sur quelques pistes et bonnes pratiques.

  • Engager les collaborateurs

Premier point : libérons la créativité des collaborateurs. Bienvenue aux démarches d’innovation internes (hackathons, méthodes d’idéation, trophées d’innovation…) ! Il s’agit d’encourager la dynamique intrapreneuriale, de récompenser l’ingéniosité et la créativité des collaborateurs pour leurs idées innovantes, souvent peu coûteuses qui permettent à l’entreprise d’économiser ou de développer de nouvelles solutions. Comment ? En valorisant l’humain, en mettant en avant les valeurs d’audace, de confiance et le droit à l’erreur. Quand on réinjecte ce droit à l’innovation et à la création pour tous, on apporte du sens aux missions des collaborateurs ? Quoi de mieux pour booster la motivation collective et révéler les talents de demain ?

  • Mobiliser le management

Pour cela, il est priomordial de s’appuyer sur les managers afin de créer un vrai management de l’innovation ; il s’agit d’en faire des alliés pour relayer un mindset d’innovation. Cela passe par des objectifs adaptés, l’apprentissage de nouvelles postures managériales visant un modèle de management basé sur le leadership innovant, l’écoute et la coopération qui encouragent l’audace, la confiance, le droit à l’erreur, la formation aux nouvelles méthodes de travail, à l’accompagnement opérationnel et managérial des meilleures innovations (et ce, de leur initiation jusqu’à leur mise en oeuvre), la valorisation sur le plan financier (incentives, rémunération variable associée…).

  • Repenser l’organisation

Autre condition : réimaginer l’organisation pour rechercher plus de flexibilité, d’interaction, de temps consacré à l’innovation. Il est plus que nécessaire de reléguer nos organisations hiérarchiques (top down) en vue d’instaurer une organisation bottom-up qui est à l’écoute et favorise les initiatives de la base. La réduction des niveaux hiérarchiques permet également une meilleure flexibilité organisationnelle. Enfin, intégrer l’innovation dans l’entreprise signifie réorganiser le temps et les espaces de travail pour créer les conditions de son émergence.

  • Dialoguer avec le client

La démarche frugale fait appel au concept du client 360. De quoi parle-t-on ? D’un « collaborateur-client » qui teste et co-crée avec l’entreprise. Il est sollicité pour donner son avis sur les services et produits proposés. Il attend ainsi que ces derniers répondent à ses besoins, mais également à des enjeux sociétaux parfois plus globaux.

Le client, vecteur d’innovation

  • Développer les partenariats

Enfin que ce soit avec les start-ups ou les universités et les écoles, les entreprises ont tout intérêt à s’ouvrir pour pratiquer l’open innovation. Elles tirent de ces partenariats davantage d’agilité et de créativité, se forment à de nouvelles méthodes de travail participatives et apprennent à gérer l’innovation.

Pour conclure, rappelons que l’innovation est avant tout l’affaire de tous. Elle doit être insufflée partout dans l’entreprise et figurer dans toutes les stratégies. Au lieu de tenter de la déployer à coup de budget à tout va, essayons de lui donner du sens (la recherche de progrès, une meilleure accessibilité des produits et services…) et de lui allouer du temps. Faisons confiance aux idées des collaborateurs ! Enfin, visons une innovation plus responsable qui intègre toutes les parties prenantes de l’entreprise (employés, clients, start-ups, fournisseurs, partenaires…) et qui inclut les populations les plus fragiles.

L’innovation optimale

Crédits photos : Innovationuser experience, imprimante 3D et ampoule verte sur ShutterStock.

  • François MANGIN

    Des éléments intéressants mais c’est un peu un pot pourri pas très structuré d’éléments qui ne sont pas tous liés au DD ou à la RSE, et dans lequel des axes d’innovation comme l’éco-conception manquent curieusement?

    Or toute innovation n’est pas responsable ou durable, qu’il s’agisse de produits, de procédés ou de business models… En quoi produire 10% de pièces d’avion en 3D améliore-t-il le bilan environnemental et social d’un avion?
    Les vraies questions sont celles de la frugalité et du passage à des business models plus vertueux comme l’économie de la fonctionnalité, particulièrement en B to C où cette approche est quasiment inexistante alors que l’impact de la consommation de masse de produits mal conçus et peu durables est particulièrement néfaste…

  • Jeremy

    Très bel article, je vous recommande de consulter cherrycheckout.com pour des solutions RSE innovantes dans le e-commerce.