Slow management, slow food, slow living : la lenteur est-elle durable ?

par Clément Fournier Clément Fournier

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Le développement durable passera-t-il par un ralentissement général ? La lenteur est-elle l’avenir de nos sociétés ? Plusieurs tendances montrent que dans tous les domaines (technologie, alimentation, économie et consommation) la lenteur a le vent en poupe.

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point ». La morale du Lièvre de la Tortue de Jean de la Fontaine est-elle en train de faire son chemin dans les esprits ? La lenteur est-elle en passe de devenir la tendance à la mode ?

À l’heure actuelle, les sociétés modernes sont encore largement structurées par un rapport très fort à la vitesse et à la performance. Les Etats mesurent leur santé économique à la vitesse de leur croissance économique, les entreprises veulent des rendements rapides, les start-up qui font la une des médias pour leur success stories sont celles qui ont les croissances les plus phénoménales, les plus rapides, parfois même sans avoir de business model viable (à l’image de Twitter qui perd des millions chaque année). Dans le monde du travail, il faut aller vite, être réactif, productif, efficace, travailler vite, mais longtemps. En matière de consommation, ce sont les fast-foods qui ont la côte, et la fast fashion qui mène le monde de la mode. Mais tout cela n’est-il pas en train de changer ?

Le mouvement slow : éloge de la lenteur au service d’une vie plus durable

Depuis les années 1980, un mouvement alternatif s’est développé pour contrer cette tendance : le Slow Movement. En 1986, Carlo Petrini, critique gastronomique italien, lance une idée en Italie : trouver une alternative aux fast-foods. C’est ainsi que naît la Slow Food, l’idée qu’il faut revenir à une alimentation plus saine, basée sur les principes de l’équilibre et du respect du temps. Depuis, l’idée à essaimé un peu partout et dans tous les domaines on parle désormais de la lenteur comme nouveau mot d’ordre.

Slow Food : l’avenir de l’alimentation passe-t-il par la lenteur ?

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Par exemple, en matière d’alimentation, la Slow Food a largement dépassé les frontières italiennes. Le mouvement qui a débuté tout doucement en Italie prônait des principes simples en réaction au développement des fast food et de l’agriculture intensive : le retour à une agriculture moins intensive, dans le respect des sols et des cycles naturels, le respect des écosystèmes et de la biodiversité locale avec l’utilisation d’espèces adaptées à chaque région, ou encore l’éducation au goût et aux traditions culinaires régionales.

Aujourd’hui, ces principes résonnent avec les tendances de l’alimentation durable. De plus en plus les consommateurs réclament une agriculture moins intensive inspirée des principes de la nature (voir notre article : Les consommateurs plébiscitent la permaculture). Les produits locaux ont le vent en poupe sur les étals des marchés, et les fast-foods sont en perte de vitesse. On observe une vraie volonté d’effectuer un retour à une alimentation traditionnelle, un engouement de plus en plus fort pour la cuisine, et en particulier la cuisine de terroir.

De la même façon, les circuits de distribution se diversifient : on choisit désormais moins les supermarchés, au profit d’autres acteurs plus locaux et plus responsables comme les AMAP ou La Ruche qui dit Oui (pour en savoir plus, consultez notre article : 5 circuits de distribution alternatifs pour une alimentation plus responsable). La Slow Food se développe donc un peu partout, et avec de bons arguments : elle serait plus écologique, plus éthique, meilleure du point de vue gustatif et nutritionnel.

(S)low tech : la seule porte de sortie viable pour un développement vraiment durable ?

Dans le monde de la technologie, le mouvement Slow a donné naissance à deux mouvements proches : la Low Tech et la Slow Tech.

La Low Tech c’est l’idée qu’il faut revenir à des technologies moins gourmandes, plus simples, peu coûteuses, des technologies qui peuvent être fabriquées avec des ressources locales, relativement facilement. C’est l’inverse de la high-tech, la technologie du toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus complexe. La Low Tech répond à des questions simples : comment produire soi-même son électricité grâce à des éoliennes artisanales et domestiques ? Comment réutiliser les matériaux et les outils pour des usages nouveaux ? Comment cultiver chez soi en utilisant des technologies simples d’irrigation et d’entretien des sols ? L’avantage de la Low Tech, c’est qu’elle est écologique, et repose bien souvent sur une utilisation d’énergie et des ressources largement inférieure à celle de la high tech. Principal avocat de la low tech en France, Philippe Bihouix explique qu’elles permettraient aux sociétés humaines de ne plus aller au-delà de leurs limites, et de vivre de façon soutenable en respectant leurs stocks de ressources.

Pour en savoir plus sur les Low Tech, consultez notre article « Low Tech Lab, le laboratoire des inventeurs de la Low Tech« .

Dans la même veine se sont aussi développées les Slow Tech, où l’idée qu’il faut apprendre à se dégager de la technologie pour retrouver son temps. Éviter d’être constamment sur son téléphone, devant sa télévision ou sur son ordinateur, pour réapprendre à penser, à dialoguer et à vivre ensemble. Le but : ne plus être esclave de nos gadgets technologiques et retrouver le temps de vivre loin de l’électronique.

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Slow living, slow management : une vie plus lente et reposante

Même dans des domaines plus larges comme l’entreprise ou la consommation et la vie quotidienne, on parle désormais de lenteur. La dernière tendance du management, c’est le slow management : l’idée qu’il faut prendre le temps d’écouter, de dialoguer et de construire avec ses collaborateurs. Il faut éviter le management de l’hyper-productivité, laisser au travail le temps d’être bien fait. Toutes les études récentes vont d’ailleurs dans ce sens, et montrent qu’un travailleur qui prend son temps est au final plus efficace. Bien-être au travail, relaxation et même méditation en entreprise font désormais partie des tendances, ainsi que la digital-detox. Le but est de sortir de la course permanente que représente le travail et la recherche constante de la performance pour revenir vers une notion plus épanouissante du travail. Et dans ce domaine, Paris est d’ailleurs la capitale du monde puisque c’est la grande métropole du monde où l’on travaille le moins longtemps en moyenne !

Dans le même temps, le consommateur semble lui aussi vouloir changer de comportements d’achats. Désormais la logique de la consommation de masse, toujours plus rapide, est en train de perdre du terrain. Aujourd’hui, les consommateurs veulent des produits qui durent longtemps, des produits réparables, qui évitent l’obsolescence programmée. Dans la mode, la fast-fashion est en train de se réinventer petit à petit pour développer une mode plus éthique et plus responsable.

En résumé, dans tous les domaines on commence à réfléchir à un changement de paradigme, à un passage du court au long terme, du vite au plus lent. Cela rentre petit à petit dans la vie de plus en plus de consommateurs, mais aussi, lentement dans l’entreprise. La lenteur est-elle la clé pour un développement plus durable ? En tout cas c’est bien la recherche constante de la vitesse et du toujours plus qui nous a menés dans le mur des crises écologiques, financières et sociales.

 

Alors prenez votre temps, pour une vie plus longue, plus durable, et plus épanouie.