Réduire la consommation de viande mondiale : être “végétarien” n’est pas la solution

Réduire la consommation de viande mondiale : être “végétarien” n’est pas la solution

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by Clément Fournier Clément Fournier
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Derrière ce titre volontairement accrocheur se cache une question : et si le mot végétarien était devenu un repoussoir pour de nombreux consommateurs ? Et si, pour réduire la consommation de viande mondiale, il valait mieux miser sur autre chose que le “végétarien” ?

On le sait, la consommation de viande est l’un des aspects de nos modes de vie qui affecte le plus l’environnement. L’alimentation, dans la vie d’un français, représente en moyenne 20% des émissions de gaz à effet de serre et est le 3ème aspect le plus polluant de notre vie (juste derrière les consommations énergétiques du logement, et le transport individuel). Et dans notre alimentation, ce qui pèse le plus sur la planète, c’est la viande. En effet, la viande est en général un aliment plutôt lourd en termes environnementaux. Si certaines viandes sont finalement assez peu polluantes (comme c’est le cas du canard, du lapin ou encore du poulet) d’autres en revanche le sont très fortement. C’est le cas de l’agneau ou du boeuf, qui peuvent émettre (selon les conditions d’élevage) jusqu’à 30 kg de CO2 par kg de nourriture produite. Par comparaison, le riz ne représente que 3 kg de CO2 par kg de nourriture, les lentilles 900 g de CO2 par kg le tofu 6 kg et le poulet 6.5 kg.

L’enjeu : réduire la consommation de viande de la planète

Réduire notre consommation de viande est donc sans aucun doute une priorité si l’on veut lutter contre le réchauffement climatique. Et cela tombe bien car de plus en plus se développe la tendance des repas sans viande, des repas végétariens. On estime aujourd’hui que 5% des habitants de la planète sont végétariens ou quasiment végétariens. Ces personnes ont donc déjà réduit leurs émissions de CO2 individuellement, mais il semble que du point de vue collectif, cela ne change rien à la pollution globale. Pourquoi ? Tout simplement parce que pendant que ces 5% sont végétariens, l’ensemble des autres habitants de de la planète continue à consommer (et donc à produire) toujours autant, voire plus, de viande. En effet, dans la plupart des pays du monde, la consommation moyenne de viande par habitant continue d’augmenter malgré le fait que les végétariens soient aussi de plus en plus nombreux. En résumé : si 5% des habitants arrêtent de consommer de la viande pendant que les 95 autres pourcents continuent à augmenter leur consommation, l’effet sur la consommation globale et donc sur la pollution globale est négatif.

Du point de vue environnemental, l’enjeu essentiel est que nous soyons capables, collectivement, de réduire notre consommation de viande. Mais le monde est-il vraiment prêt à devenir végétarien ? Probablement pas. La plupart des études montrent que l’idée d’abandonner complètement la viande semble difficile pour beaucoup. D’abord, une étude de psychologie alimentaire montre que près de 80% des personnes ayant dans leur vie décidé d’adopter un régime entièrement végétarien finissent par remanger de la viande. Ensuite, d’après un sondage mené auprès d’un panel représentatif d’hommes, 2 tiers des hommes préfèreraient abandonner le sexe plutôt que la viande (sondage à prendre avec précaution étant donné qu’il a été commandité par Peparami, grand industriel de la viande). Selon un autre sondage Opinion Way, 90% des français n’envisagent pas de devenir un jour végétarien. En tout cas, ce que montrent ces chiffres, c’est que pour une bonne partie de la population, devenir entièrement “végétarien” semble difficile voire impossible.

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Végétarien : un mot repoussoir pour les consommateurs

Mais il y a plus. Une étude de psychologie comportementale menée par la London School of Economics montre que le terme même de “végétarien” constitue encore un repoussoir pour beaucoup de consommateurs. Ainsi, l’étude a confronté différents panels de consommateurs a différents menus de restaurants comportant exactement les mêmes plats pour analyser leurs choix. Seuls l’intitulé des plats et la structure du menu changeaient. Ce que les chercheurs ont constaté, c’est que les consommateurs évitent la plupart du temps les menus ou les plats lorsqu’ils sont labellisés “végétarien”. Ainsi, les consommateurs étaient 56% moins enclins à choisir un plat s’il apparaissait dans la section “végétarienne” d’un menu par rapport au groupe de contrôle. En revanche, lorsque les mêmes plats étaient inscrits dans le menu sans être labellisés végétarien, mais simplement en étant décrit comme des plats normaux, on n’observait pas de différence dans la fréquence de choix.

Une autre étude confirme cette tendance : un rapport publié par des chercheurs de l’Université de Stanford. A partir des données récoltées sur près de 28 000 repas dans une cafétéria universitaire, les chercheurs ont découvert que lorsqu’un plat est labellisé comme était “bon pour la santé” il était choisi 29% moins souvent par les consommateurs. En résumé : lorsque l’on met une étiquette restrictive à un plat, les consommateurs ont tendance à l’éviter. L’une des chercheuses à l’origine de l’étude de la LSE estime même que lorsqu’un menu ou un plat est étiqueté végétarien, il pourrait être d’office considéré comme non pertinent par beaucoup de consommateurs.

Réapprendre à réduire sa consommation de viande

gastronomie-cuisine-alimentation-saine-durableOr le mouvement végétarien porte dans son identité cette connotation restrictive. En systématisant le refus de la viande ou du poisson (ou pour les végans de tout produit issu d’un animal), le régime végétarien est apparu à beaucoup de consommateurs comme un régime contraignant, restrictif, et nécessairement moins gourmand qu’un régime omnivore. Peu à peu, le mot végétarien est devenu (à tort), pour ceux qui ne le sont pas, le symbole d’une alimentation triste, sans saveurs… alors même que nos cuisines ont toujours intégré des plats végétariens (le gratin dauphinois étant un bon exemple, mais aussi la ratatouille…).

En opérant une sorte de classification entre les plats (les végétariens d’un côté, les autres de l’autre) beaucoup de restaurants ou de commerçants passent à côté de l’opportunité de faire des plats végétariens des plats comme les autres, désirables au même titre que les autres. La conclusion de ces études est donc que pour répondre à la nécessité actuelle de réapprendre à réduire notre consommation de viande, il faudrait peut être oublier le mot végétarien et redonner aux plats sans produits animaux la place qu’ils devraient avoir, au coeur d’un régime alimentaire normal. L’étude de la LSE montre d’ailleurs que lorsqu’un plat végétarien est labellisé “Suggestion du Chef”, il est choisi plus fréquemment que lorsqu’il est appelé “végétarien”. En d’autres termes, pour aider le monde à réduire vraiment sa consommation de viande, il serait plus productif de montrer en quoi les plats sans viande sont des plats normaux (bons et gourmands) et mettre en avant ces plats, plutôt que de prôner l’arrêt complet de la viande et le passage à un régime végétarien.

D’autant plus qu’en réalité, il n’y a pas besoin que l’ensemble de la planète soit végétarienne pour lutter contre le réchauffement climatique : il suffirait que chacun réduise sa consommation à une dose raisonnée. Ces résultats sont d’ailleurs en adéquation avec les dernières études sur l’impact environnemental de l’élevage, qui montrent que des élevages en pâturages, raisonnés et extensifs peuvent rendre de nombreux services écologiques et écosystémiques et faire partie d’un mode de vie soutenable.

La tendance actuelle au végétarisme et au véganisme est en tout cas salutaire du point de vue environnemental car elle permet sensibiliser au rôle de notre alimentation dans la réduction nos émissions de CO2. Mais pour les réduire vraiment, il faut réussir à toucher une masse critique de la population, et pour cela, il faudra probablement plutôt réapprendre à manger moins de viande, en redécouvrant qu’il existe de nombreux plats délicieux sans viande ou sans poisson, sans nécessairement tout abandonner d’un coup.

  • Anita

    Titre tapageur & article sans fond : on avait été habitué à plus de qualité sur e-RSE. Où est la comparaison documentée en analyse de cycle de vie de l’impact de l’élevage VS aucun élevage ? Ce n’est pas parce qu’on dit qu’un certain type d’élevage peut avoir des effets positifs qu’au final vous pouvez vous permettre de sous-entendre qu’être végétarien aurait des effets négatifs sur l’environnement. Jusqu’à preuve du contraire, le régime végétarien est le régime le plus respectueux de l’environnement et de loin : 18% des GES du monde viennent de l’élevage, l’élevage est responsable à 80% de la déforestation en Amazonie, un menu végétarien consomme indirectement 70 % d’eau de moins qu’un menu classique, sans parler de la surpêche…

  • Clément Fournier

    À aucun endroit dans l’article il n’est fait mention de ce que vous évoquez dans votre commentaire. Il faudrait peut-être le relire.

    Ce que montre cet article c’est que

    1) Beaucoup de consommateurs ne sont pas prêts à devenir végétariens
    2) Le label végétarien a une connotation restrictive pour de nombreux consommateurs.
    3) Il faudrait peut-être pousser les consommateurs à réduire leur consommation de viande en mettant en avant les plats sans viande sans leur coller d’étiquette restrictive, plutôt que de les pousser à abandonner complètement (ce qu’ils ne sont pas prêts à faire, C.F 1)).

    Jamais je n’ai écrit que le régime végétarien a des effets négatifs sur l’environnement. Cela n’aurait pas de sens.

  • Nat Rdn

    Le titre de cet article est trompeur. Etre “végétarien” est UNE des solutions pour réduire notre impact environnemental, tandis qu’en voyant le titre on se prépare de lire le contraire

  • Anne Lamoaz

    Tu n’as pas du bien lire… Je suis vg mais me suis posée la même question : je suis complètement d’accord avec cette analyse. Faire prosélytisme restrictif est complètement contreproductif.
    Il faut effectivement amener les personnes à changer leur comportement avec du raisonnement et non les culpabiliser parce qu’ils ne sont pas prêts à changer.
    Les flexi ont fait un pas et c’est déjà bien. Ils iront certainement plus loin ensuite. En fait, rares sont les changements qui se font d’un coup et les transitions progressives sont certainement les plus durables.
    .

  • Kaillon

    J’abonde dans ce sens : le titre est fort mal choisi.

  • Anita

    D’accord avec toi, ce que je critique est le titre tapageur et trompeur car ne reflète pas le reste de l’article. L’objectif n’est pas de faire du prosélytisme restrictif mais de rappeler que le végétarisme a des impacts très bénéfiques pour l’environnement et que c’est fort mal venu de laisser penser le contraire. Pour les lecteurs, ils font bien ce qu’ils veulent, manger moins de viande, être végétarien ou vegan la question n’est pas là je respecte bien entendu les choix de chacun-e.

  • Anita

    Euh @clmentfournier:disqus …L’objectif n’est pas de lancer une polémique vaine et gratuite. Je commente rarement des articles publics. C’est la surprise de voir le recours à ce genre de pratiques (“attrape-clic”, “piège à clics”) de la part d’un média que j’apprécie et le combo avec le sujet alors que je connais la sensibilité de Mr Dédé. Le titre initial de l’article était “Pollution et réduction du CO2 : être “végétarien” n’est pas la solution” et le sous-titre : “Pour la réduire la consommation de viande et donc la pollution mondiale, prôner le végétarisme ne semble pas être la bonne solution. On vous explique pourquoi.” Il suffit d’aller sur votre page Facebook pour retrouver la version originale qui a, semble t-il été modifiée depuis. Mais alors le nouveau titre me laisse encore plus dubitative 0_0 : “Réduire la consommation de viande mondiale : être “végétarien” n’est pas la solution” : c’est un peu comme dire “Réduire la consommation d’énergie mondiale : arrêter de prendre l’avion n’est pas la solution” ou “Réduire la consommation d’eau mondiale : arrêter de prendre des bains n’est pas la solution”. En l’occurrence, bien sûr c’est une solution, peut-être pas la seule, peut-être qu’elle ne fait pas l’unanimité, mais on ne peut nier que si on veut réduire la consommation de viande mondiale il faut en manger moins ET/OU pas du tout, faudrait peut-être pas nier des évidences lol !

  • Clément Fournier

    Bonjour,

    Le titre n’a jamais été modifié. Il y a un titre facebook, spécifique et un titre sur le site, spécifique également. Dans les deux cas le titre est exact et correspond à un aspect de ce que j’ai voulu écrire dans l’article. Mais le titre étant limité en caractère, il est impossible d’y mettre tout ce qui est écrit dans l’article. C’est pour cela que l’article existe.

    Ensuite, l’objet de l’article est JUSTEMENT de démontrer que le mouvement végétarien ne représente pas une solution viable pour 1) réduire la consommation de viande et 2) (par voie de conséquence) réduire la pollution mondiale. Pourquoi ? Parce que JUSTEMENT, l’évocation du terme végétarien a un effet repoussoir sur une majorité de consommateurs et même un effet contreproductif dans la mesure où il tend à pousser les consommateurs à ne PAS choisir les plats étiquetés végétariens.

    Ce n’est donc pas une solution dans la mesure où 1) elle ne touche que la minorité qui est prête à devenir végétarien et 2) a un effet contreproductif sur l’immense majorité qui n’est pas prête à le devenir et qui associe végétarisme avec restriction.

    Prenons un exemple neutre émotionnellement pour mieux comprendre. On sait que le sport est bon pour la santé. Pour autant, a-t-on besoin de pratiquer 2 h de sport par jour pour être en bonne santé ? Probablement pas. Mais si les Agences de Santé faisaient cette recommandation (2h de sport par jour) cela aurait probablement un effet dissuasif pour de nombreuses personnes, qui renonceraient de ce fait à faire du sport tout court. C’est probablement pour cette raison que les agences de santé conseillent plutôt 1 h de sport par jour 2 ou 3 fois par semaine.
    De la même façon : réduire sa consommation de viande a un effet bénéfique pour l’environnement. Néanmoins, inciter les consommateurs à renoncer totalement à la viande constitue un repoussoir qui, paradoxalement, les incitent à ne pas consommer moins de viande (et même parfois à en consommer plus comme le prouve l’étude LSE). L’idée est donc, et c’est ce qui est écrit dans l’article, de dire que la solution réside plus probablement dans le fait de réapprendre aux consommateurs à consommer moins de viande, sans pour autant y accoler une connotation restrictive type “végétarien”.

    D’autre part, sur votre exemple avec l’avion, on peut opposer le même type de contre-exemples. Par exemple, il est moins polluant de faire un Paris Londres en avion pour ses vacances, pour ensuite visiter Kensington et les monuments locaux à pied ou en métro, que de faire un Paris Marseille en Twingo (et plus encore si on décide de faire du Jet Ski sur les plages de la Côte d’Azur). Tout est question de perspective.

    Globalement, si l’on accepte que c’est en changeant les comportements de la majorité des gens que l’on obtient des résultats, il vaut mieux que 60% de la population réduise ne serait-ce que de 10% leur consommation de viande, plutôt que 10% de la population devienne 100% végan. Et quand on sait que le végétarisme est un repoussoir pour une majorité de gens, on comprend que ça ne constitue pas une solution, en tout cas pas au niveau collectif.

    C’est justement l’objet de l’article de faire la nuance entre ce que l’on pense utile individuellement et ce qui l’est réellement sur le plan collectif.

  • Anita

    En fait, le problème de cet article et de votre argumentation est votre logique un peu…courte :
    – L’étude de la LSE montre que quand un plat est appelé « Végétarien » il est moins choisi que quand il est décrit comme « Suggestion du Chef »
    – En d’autres termes : réduire un plat à son aspect végétarien cantonne le plat à un aspect restrictif plutôt que gustatif, or la restriction est un moindre moteur de changement que le plaisir et le goût
    – Ce que vous auriez dû en conclure : « pour aider le monde à réduire vraiment sa consommation de viande, il serait plus productif de montrer en quoi les plats sans viande sont des plats bons et gourmands et mettre en avant ces plats [jusque-là tout va bien, c’est ce que vous avez écrit exactement]»

    Mais pourquoi alors finir avec cette phrase : «[…] plutôt que de prôner l’arrêt complet de la viande et le passage à un régime végétarien. » et votre rajout en commentaire : « Ensuite, l’objet de l’article est JUSTEMENT de démontrer que le *mouvement végétarien* ne représente pas une solution viable pour 1) réduire la consommation de viande […] Parce que JUSTEMENT, l’évocation du terme végétarien a un effet repoussoir sur une majorité de consommateurs et même un effet contreproductif dans la mesure où il tend à pousser les consommateurs à ne PAS choisir les plats étiquetés végétariens ».

    => En quoi l’étude de la LSE fait la démonstration que le « mouvement végétarien » (L214 ? L’AVF ? Peta) a un effet négatif sur la réduction de la consommation de viande ? Sur quelle base affirmez-vous cela ?

  • Clément Fournier

    Pour répondre à votre dernière question, vous mélangez ce que je dis avec ce que vous voulez entendre à mon avis.

    Quand je dis “mouvement végétarien” j’entends le mouvement qui prône l’abandon total de la viande, et je l’entends uniquement dans la perspective de permettre de réduire la consommation de viande du plus grand nombre. Si l’on souhaite savoir comment réduire la consommation de viande du plus grand nombre, la question qui se pose est donc la suivante : vaut-il mieux prôner l’arrêt total de la viande (ce que fait le mouvement végétarien en général) avec toute la connotation restrictive que cela porte ? Ou vaut-il mieux redorer le blason des plats sans viande sans les placer dans le cadre idéologique plus général du végétarisme qui est souvent perçu par les consommateurs comme un repoussoir ?

    Sur cette question vous répondez vous-même lorsque vous dites “la restriction est un moindre moteur de changement que le plaisir et le goût”. Dire aux gens “devenez végétariens ou végan” ou “mangez un plat végétarien” est moins efficace que de dire aux gens “mangez des pâtes au pesto ou du taboulé, c’est délicieux” si l’on souhaite qu’ils consomment moins de viande. C’est de ce point que l’article traite. Pas d’autre chose.

    Et ça n’empêche pas, par ailleurs, qu’il soit totalement légitime et sain que les personnes qui souhaitent devenir végétarien le puissent et le fassent. Ce sont deux réalités différentes : une réalité individuelle qui ne m’intéresse pas dans cet article, et une réalité collective et générale qui est celle étudiée dans les études citées dans l’article.

    Par ailleurs, si l’on souhaite aller plus loin sur la réflexion, on peut dire eux choses. D’abord, si l’on admet (comme le fait l’étude de la LSE) que le terme végétarien constitue un repoussoir pour une majorité de consommateurs, il est logique de penser qu’il faudrait éviter de renforcer la dichotomie entre les végétariens (et les plats qu’ils mangent) d’un côté, et le reste du monde de l’autre. Et qui participe à renforcer cette dichotomie en basant tout leur activisme sur la logique du tout ou rien, de l’exclusion et de la labellisation ? Essayez d’être flexitarien sur un groupe de recettes végan, et vous aurez une idée de la réponse.

    La deuxième chose, que l’on pourrait discuter plus longtemps et sur laquelle je me pencherai probablement pour un prochain article, c’est sur l’efficacité du militantisme et du prosélytisme radical en termes de conversion et de changement de comportement. Il y a des études contradictoires sur le sujet, mais les plus récentes (celles qui sous-tendent le phénomène du nudge) tendent à prouver que pour faire changer les comportements, il est plus efficace de procéder par incitatifs de changements graduels, progressifs et indolores que par le militantisme actif et moralisateur (ce que le candidat EELV à la présidentielle appelait l’écologie culpabilisante).

  • GreatCatSbee

    À mon avis, le plus grand ennemi de l’environnement en ce sens, ce sont les végétariens et vegans qui font constamment la morale à tout le monde. C’est presque devenu péjoratif d’être végétarien à cause d’eux.

  • Timothée

    “[…] lorsqu’un plat est labellisé comme était “bon pour la santé” il était choisi 29% moins souvent par les consommateurs. En résumé : lorsque l’on met une étiquette restrictive à un plat, les consommateurs ont tendance à l’éviter”

    En quoi le label “bon pour la santé” est il restrictif ? Ce n’est pas du tout antinomique avec goûteux et c’est censé avoir des effets positifs sur l’espérance de vie (bien que non visible si l’hygiène de vie à côté ne le permet pas), donc j’aurais plutôt tendance à dire que c’est une étiquette extensive.

    “[…]il suffirait que chacun réduise sa consommation à une dose raisonnée”

    Auriez-vous des sources chiffrées sur la consommation de viande que serait censé pouvoir se permettre tout un chacun, sans pour autant influer trop négativement sur les niveaux de GES ?

    Merci

  • Clément Fournier

    Bonjour !

    Pour votre première question : nous sommes d’accord, bon pour la santé n’est pas antinomique avec gouteux. Toutefois, la conclusion de l’étude reste valable. Je pense (mais je peux me tromper) que le ressort psychologique est le suivant : plat “bon pour la santé” évoque plat diététique, donc surtout des légumes, peu ou pas de sauce / d’assaisonnement, pas ou peu de viande, de gras, de sucre… Et donc plat restrictif, dans le sens moins gourmand. Je suis bien conscient que sur le plan culinaire est il est tout à fait possible de faire des plats diététiques qui soient aussi gourmands que les autres, mais le rapport “bon pour la santé” – “restrictif” reste ancré dans l’imaginaire de beaucoup j’imagine.

    Pour la seconde question, c’est plus compliqué. D’abord parce que cela recoupe plusieurs questions et plusieurs réalités.

    D’abord, cela dépend de votre mode de vie en dehors de l’alimentation ? Prenez-vous souvent la voiture ? Combien d’énergie dépensez-vous pour votre logement ? Achetez-vous beaucoup de produits textiles, cosmétiques, high tech ? Le mix énergétique de votre pays est-il plus ou moins polluant ? En résumé, si vous êtes très polluant dans votre vie quotidienne, vous avez moins de “budget pollution” à mettre dans votre alimentation (c’est une illustration caricaturale ben sûr, mais vous saisissez l’idée).

    Ensuite, cela dépend de quelle consommation de viande on parle : quel type de viande (boeuf, très polluant, ou lapin / canard / petit gibier, pas du tout polluant) ? Comment la viande est-elle élevée et produite (boeuf intensif élevé aux US et importé, ou boeuf de pâturages, élevés dans le Massif Central et consommé localement) ? Plus une viande est écolo, plus on peut en consommer sans s’inquiéter de son impact environnemental…

    Donc pas de réponse unique… Mais on peut d’ores et déjà dire qu’il faut réduire beaucoup notre consommation et produire autrement.

  • Subrahmanya Kâmadhénu

    IMPOSONS LE VEGETARISME AU LIEU D’IMPOSER LA MORT AUX ANIMAUX, NOS FRERES.

  • François MANGIN

    Comme un récent article sur l’intérêt relatif de consommer des produits écolos, qui avait déjà un titre “accrocheur”, cet article a le grand mérite me semble-t-il de poser le problème de l’articulation finalement assez problématique entre actions micro et effets macro. Est-ce qu’une somme de comportements individuels responsables mais encore minoritaires suffit à réduire les impacts environnementaux négatifs à un niveau et une vitesse suffisante pour enrayer la trajectoire assez dangereuse sur laquelle nous sommes lancés? Quelle conséquences à en tirer en termes d’actions à mener, individuellement ou par les décideurs publics.

    Est-ce que “faire sa part” dans son coin, comme consommateur, suffit? Si cela ne suffit pas, quelle est la voie la plus efficace ou rapide pour réduire ces impacts? Arrive-t-on à convertir suffisamment de consommateurs suffisamment vite pour avoir une action efficace ou faut il agir directement sur l’offre, c’est à dire les producteurs, avec une palette large d’incitations, de taxes, d’obligations ou d’interdictions?

    Dans le cas de la viande, on voit bien qu’il ne sera pas bien facile de faire évoluer la demande au niveau de la consommation, donc il faut peut être envisager d’autres moyens en complément ou en priorité, si l’objectif est de réduire l’impact environnemental de l’élevage bovin?

  • Christine “le carnet sur l’éta

    Bonjour,
    Il y a juste une chose que vous oubliez de mentionner dans cet article, c’est que les végétariens et surtout les vegans, ne mangent pas de viande pour des raisons d’abord éthiques AVANT les raisons environnementales.
    Donc, même si le fait de ne pas manger de viande, ou d’en manger peu, ne règlera probablement pas les problèmes environnementaux, il a au moins le mérite de pointer du doigt les méthodes d’élevage et d’abattage inacceptables (voir les vidéos choc de L214).
    Rien que pour ça il faut poursuivre sa pratique végétarienne au lieu de baisser les bras en se disant que de toute façon ça ne changera rien.
    De plus, les tendances dans une société ne se sont jamais propagées à grande vitesse mais lentement, par mimétisme, laissons les influenceurs (bloggeurs en l’occurrence) faire leur travail auprès de leurs lecteurs.

  • Thomas Nenna

    En même temps personne se bouge le cul pour changer ses habitudes alimentaires qui détruisent la planète…

  • GreatCatSbee

    Ça prend des années d’éducation avant de changer des mentalités. Et un seul fanatique peut détruire tout le travail accompli d’un coup.